lundi 18 septembre 2017

Panique dans la maison CNDD-FDD après le rapport des Nations-unies

Les autorités burundaises adoptent un argumentaire de panique pour répondre au rapport de la Commission indépendante d'enquête. Au lieu de répondre à chacune des allégations contenues dans le rapport, les autorités n'expriment que la peur d'être traduites devant la CPI. Insultes, menaces, messages de haine, un faux nationalisme, une irrationalité totale confondant Dieu au CNDD-FDD et le diable à l'Occident; voilà le contenu des arguments de la clique Nkurunziza contre un rapport bien fouillé et bien précis. Quand on les écoute, on n'entend qu'un son : "au secours, nous sommes foutus!"

De tout le rapport, les autorités semblent avoir lu une seule phrase: "la Commission demande donc à la Cour pénale internationale d’ouvrir dans les plus brefs délais une enquête sur la situation au Burundi depuis avril 2015". Elles n'ont pas lu le plus important: "la Commission est en mesure de confirmer la persistance d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de tortures et traitements cruels, inhumains ou dégradants, et de violences sexuelles depuis avril 2015 au Burundi". Ainsi donc, les autorités burundaises ne nient pas la persistance de ces crimes graves et ne s'engagent pas à les arrêter.

Cinq principaux arguments reviennent dans les communications de Willy Nyamitwe, d'Evariste Ndayishimiye, de Valentin Bagorikunda, de Sylvestre Nyandwi, de Jean-Baptiste Baribonekeza, et de pas mal d'autres communicants du régime:

1. L'histoire du Burundi et les crimes du passé. On lui parle de crimes bien précis sur une période bien précise, le pouvoir de Bujumbura répond que de nombreux crimes similaires ont été commis depuis l'indépendance du Burundi et n'ont pas été punis. Le régime Nkurunziza oublie que l'Accord d'Arusha a prévu des mécanismes pour traiter les crimes du passé et que le même régime les a bloqués. Avec un tel argument, Nkurunziza et le CNDD-FDD s'accusent eux-mêmes : ils sont en train de revendiquer le droit de tuer, de torturer, de faire disparaître des gens, d'arrêter arbitrairerement des citoyens et de violer les femmes en toute impunité comme l'auraient fait leurs prédécesseurs ! Ainsi donc, ils confirment eux-mêmes les allégations de la Commission.

2. Les limites du rapport de la commission d'enquête. Les communicants du régime de Bujumbura ne cessent de rappeler que la commission n'aurait interrogé qu'une partie et ne s'est pas rendu au Burundi. Inimaginable comme argument pour un régime qui a refusé toute collaboration avec la commission d'enquête. Curieusement certaines autorités, comme l'ambassadeur du Burundi en Turquie, ont informé que le régime a envoyé des informations à la CPI sur les crimes de l'opposition et ne comprenent pas pourquoi la commission d'enquête n'a pas tenu en considération ces informations. Une aberration: les autorités ne reconnaissent plus la CPI mais lui envoie des informations sur l'opposition, ne collabore pas avec la Commission mais lui demande d'utiliser les informations envoyées à un autre organe ! Ici encore le régime Nkurunziza confirment qu'il a commis des crimes graves mais se désole que l'opposition ne serait pas également épinglée.

3. La justice burundaise peut poursuivre tous ces crimes. Le rapport a montré clairement la soumission de la justice burundaise à l'exécutif. Des milliers de burundais sont victimes depuis deux ans et cinq mois des crimes graves évoqués dans le rapport, mais c'est après la publication du rapport que les communicants du régime évoquent la possibilité de poursuites des crimes par la justice burundaise. Entretemps, les mêmes crimes se poursuivent et la réaction de la justice reste la même depuis avril 2015. Ici également, le régime Nkurunziza confirme les allégations du rapport et s'accuse: la justice burundaise "peut" poursuivre ces cas mais n'a rien fait ! En insistant sur la justice burundaise, Nkurunziza dit: "laissez-moi dans les mains d'une justice que je contrôle !" Sinon, il dirait : "je ne m'accuse de rien, amenez votre CPI, elle ne trouvera rien."

4. Le néo-colonialisme, le panafricanisme. Les mots "colonisation", "colons", "les blancs" reviennent tout le temps dans l'argumentaire du régime. Le régime se met dans une lutte contre la colonisation. Pourtant le rapport parle des burundais victimes des atrocités commises par les agents de l'Etat et coordonnées par les plus hauts dirigeants du pays à travers une chaine de commandement parallèle. Ce ne sont pas des crimes sur des blancs, ce sont des crimes sur des burundais. Bien plus, on n'oublie que la Commission d'enquête est majoritairement africaine: deux membres sur trois sont africains et connaissent mieux que quiconque les mécanismes africains de protection des droits humains. Son président, Professeur Fatsah Ougouergouz, est un algérien ancien vice-président de la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. Un deuxième membre, Madame Reine Alapini Gansou, est originaire du Bénin et a présidé la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples dont elle est toujours commissaire. Seule Madame Françoise Hampson est non africaine, elle est d'origine britannique. Si une telle commission n'a pas recommandé la saisine des mécanismes africains, elle l'a fait en connaissance de cause, elle connaît leurs faiblesses. En cherchant à noyer sa responsabilité par un discours nationaliste et panafricaniste de mauvais goût, le régime Nkurunziza s'accuse et se ridiculise: on ne fait pas honneur à sa Patrie et à l'Afrique en martyrisant son peuple. Nkurunziza est un ennemi de la dignité africaine en réconfortant les arguments de ceux qui insultent l'Afrique: il est le bel exemple de tous les clichés sur les noirs et l'Afrique. Pour notre dignité, nous devons plutôt nous désolidariser avec des régimes irresponsables et criminels.

5. Dieu et diable. Les arguments les plus irrationnels ont été avancés ce weekend par Evariste Ndayishimiye, président du CNDD-FDD. Pour lui, "le CNDD-FDD a été créé par Dieu et le combattre c'est combattre Dieu", les occidentaux sont des diables et Dieu va les exterminer, les 228 policiers de l'ONU seront anéantis en deux heures s'ils foulent le sol burundais, l'acceptation du rapport de la COI-Burundi sera le début de la destruction de l'ONU, les Nations-unies ne soutiennent que des pouvoirs criminels, etc. "Voyez-vous vraiment la CPI se saisir des dirigeants du CNDD-FDD?" "Le moment est venu de chasser ces démons...Je sais que Dieu aime les burundais plus que les européens, la preuve ces blancs sont des voleurs, ce sont des démons", "nous avons Dieu et des anges qui les détruiront".
Bref, panique dans la maison CNDD-FDD. Un discours de panique qui confirme plutôt les conclusions du rapport.

La seule chose qui reste à la communauté internationale, en face de dirigeants autant irrationnels, c'est de soutenir le rapport de la COI-Burundi et d'arrêter le plus urgemment possible la commission des crimes contre l'humanité au Burundi. Si la CPI ne poursuit pas les crames graves en cours au Burundi, je ne vois pas pour quelle raison elle existerait encore !

Aucun commentaire: