vendredi 16 juin 2017

Burundi: Exécution extra-judiciaire du prévenu Rénovat Nimubona


Le corps inanimé de Rénovat Nimubona était au bord d'un sentier dans la vallée entre les quartiers de Shatanya et Mushasha au chef-lieu de la province de Gitega, dans la matinée du 14 décembre 2016. Les premiers passants l'ont trouvé les bras ligotés dans le dos, la tête partiellement fracassée "par un métal", le torse nu. Dans quelques instants après, la police a déclaré que Rénovat Nimubona avait été atteint par les tirs d'un codetenu. La veille, il avait obtenu une permission d'aller retirer de l'argent au bureau postal de Gitega, il était accompagné d'un policier Déo Manariyo alias NDINGA et du capita général des prisonniers de Gitega, Audace Nyandwi. Selon la police, il aurait par la suite partagé un verre avec ses deux compagnons et une femme non-identifiée dans une maison de passage à Gitega et aurait tiré sur le policier avant de s'évader. Tout l'après-midi du 13 décembre 2016, il était ardemment recherché par la police et l'administration... Comment peut-on être atteint mortellement par une balle et se retrouver ligoté? Le Focode Asbl a enquêté.

Rénovat Nimubona était policier de la garde présidentielle (API), il avait longtemps servi comme chauffeur dans le cortège présidentiel avant d'être affecté au Protocole d'Etat, toujours à la présidence de la république. Il avait été arrêté dans la soirée du 16 août 2015, torturé et secrètement détenu pendant 21 jours dans une toilette au siège du SNR (services secrets) à Rohero avant d'être transféré à la Prison de Gitega. Il était accusé d'avoir trempé dans l'assassinat du Général Adolphe Nshimirimana le 02 août 2015, accusations qu'il a toujours niées en prouvant qu'il était en congé chez lui à Rutana au moment de l'assassinat. Le Procureur n'a jamais pu prouver le contraire.

Rénovat Nimubona avait de précieuses connaissances sur des secrets des services de sécurité au Palais de Pierre Nkurunziza. Dans une correspondance intense qui aura duré 7 mois (mai 2016 à décembre 2016), Rénovat Nimubona a livré plusieurs informations au FOCODE. Il a notamment révélé l'existence d'un groupe de policiers qui serviraient à la fois de service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza ("Maneko" comme il disait) et d'escadron de la mort. C'est ce groupe de sous-officiers et d'agents de la police tout-puissants qui disposent de pick-ups, de voitures Toyota TI et Carina, de motos et d'autres moyens que leur envient mêmes des officiers commandants d'unités. Ce sont ces caporaux qui disposent d'une garde, d'armes lourdes et qui arrivent à louer de belles villas à Kigobe et Carama. Ce sont ces policiers intouchables qui peuvent commettre toutes sortes de crimes en toute impunité: enlèvements, disparitions forcées, viols de jeunes filles, exécutions extra-judiciaires, assassinats, etc. Ce sont ces noms qui deviennent de plus en plus familiers: Jonas Ndabirinde, Jean Nimenya alias John Ruhindigitero, Claude Nijimbere alias Matwi,... Selon Rénovat Nimubona, le groupe reçoit directement des ordres du Colonel Dominique Nyamugaruka (BSPI) ou du Colonel Jean-Marie Niyonzima alias Ndundi (API). Rénovat Nimubona a aussi fourni une liste de crimes qui auraient été commis par cette équipe: assassinat de Zedi feruzi en mai 2015, enlèvement et exécution du Colonel Cyprien Nihorimbere à Ngozi en décembre 2015, disparition forcée du policier Adelin Bizimana à Gitega en décembre 2015, enlèvements de beaucoup de jeunes en Mairie de Bujumbura, etc. Certaines de ces informations ont été confirmées par des enquêtes du FOCODE, d'autres cas sont encore sous enquête.

Selon les investigations du FOCODE, Rénovat Nimubona aurait été capturé dans la soirée du 13 décembre 2016 par un groupe de policiers conduits par un officier du SNR résidant à Gitega Gérard Ndayisenga (actuel responsable du SNR à Muyinga également cité dans plusieurs crimes dont ceux de Mukoni en janvier dernier). Il aurait été ligoté, interrogé et torturé avant d'être tué par le coup d'une clé de roue sur sa tête. Son corps aurait été jeté au bord du sentier dans la vallée de Gitega, dans les premières heures du 14 décembre. La police et la justice n'ont jamais enquêté sur cette exécution. Mais pourquoi ont-ils exécuté Rénovat Nimubona? Parce qu'ils ont réalisé que la justice ne sera pas capable de le condamner ou bien pour éliminer un homme qui en savait trop sur un système criminel au Palais? Seule une enquête crédible et indépendante pourra y répondre?

Rénovat Nimubona a laissé une jeune épouse et trois fillettes de 7, 5 et 2 ans qui se cacheraient depuis. Il est mort à 32 ans.

Lisez l'entièreté de l'enquête du FOCODE sur http://ndondeza.org/renovat-nimubona/

mardi 13 juin 2017

Les familles du Caporal-chef Chanel Ndikuryayo et de M. Christophe Ndabagoye appellent au secours

#Burundi #Ndondeza Le Caporal-chef Chanel Ndikuryayo et M. Christophe Ndabagoye sont introuvables depuis le 07 mai 2017. Le Caporal-chef Ndikuryayo, ex-FAB matricule 56763 et chauffeur au Camp Muzinda, était rentré en janvier 2017 de la mission des Nations-Unies en République Centrafricaine. Il était réputé proche du bureau de renseignement de l'armée G2. Christophe Ndabagoye, ancien militant du FNL selon ses proches, supervisait la construction d'une maison du Caporal-chef Ndikuryayo à Gasenyi.

C-C Chanel Ndikuryayo
Le 07 mai 2017, après avoir visité son chantier à Gasenyi, le Caporal-chef Ndikuryayo a partagé un verre avec un officier ex-FDD au Bar "Hezagirwa" (ou Chez Itonde) à Gasenyi. En fin d'après-midi, le chef de son chantier Christophe Ndabagoye est venu le prendre dans sa voiture Corona A0695A. Ils ont été vus pour la dernière fois, dans la même voiture, alors qu'ils dépassaient le Bar "Iwabo w'Abantu" à Kamenge. Depuis, leurs téléphones sont éteints, les personnes et la voiture sont introuvables.

M. Christophe Ndabagoye

Les familles appellent au secours. Focode Asbl appelle toute personne qui aurait des informations sur cette double disparition de nous écrire au whatsapp +25779910446 ou sur l'adresse email: ndondeza1@gmail.com

lundi 5 juin 2017

Burundi : Disparition forcée de Madame Belyse Ntakarutimana

#Burundi #Ndondeza Belyse Ntakarutimana n'avait que 32 ans, elle était mère célibataire d'une fillette de 7 ans. Elle avait à peine terminé l'école primaire, elle vendait du charbon de bois pour les ménages (amakara) à Mutakura. Les voisins parlent d'une jeune femme très courageuse, très dynamique et très gentille: elle pouvait s'occuper de tous les bébés de la parcelle quand il n'y avait plus de nounous. Tant qu'elle était là, toutes les mamans étaient rassurées. Et quand elle a disparu, les voisines se sont occupées de sa fillette; elles ont dû la placer dans un orphelinat car elle était traumatisée quand elle voyait des militaires. Ces militaires qui avaient brutalisé sa maman et l'avaient emportée pour toujours le 16 janvier 2016.

Belyse Ntakarutimana était une militante du parti de l'opposition MSD. Elle animait les rencontres du parti par sa voix exceptionnelle. Elle avait pris une part très active dans les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza à Mutakura, elle n'aurait raté aucun jour de la manifestation, elle l'avait animée des chants patriotiques. Rien que pour cela, elle était la cible du renseignement burundais. Son nom était évoqué dans des réunions des services de sécurité, notamment dans la réunion tenue le 14 janvier 2016 au Mess de Bujumbura par le Ministre de la Défense Nationale et le Chef d'Etat-Major Général de l'armée à l'endroit des officiers de Bujumbura. Le 16 janvier 2016, à 3 heures du matin, des militaires d'une position sise à la 3ème avenue de Mutakura conduits par le Capitaine Prudent Ntezimana, ont perquisitionné sa maison, l'ont brutalisée dans sa chambre et l'ont arrêtée nuitamment. Après un court moment à la position de la 3ème avenue Mutakura, elle a été remise à feu Lieutenant-Colonel Darius Ikurakure. Personne n'a revu Belyse Ntakarutimana.

Le FOCODE dénonce par cette occasion la confiscation de certains biens des exilés et des victimes de la répression par les services de sécurité. La position militaire à la troisième avenue de Mutakura est logée de force depuis mai 2016 dans trois parcelles d'un ressortissant rwandais, Vianney Hakizimana, qui a fui la répression. Les militaires ont pillé et vendu le matériel de la "Boulangerie Shalom" implantée dans les trois parcelles à Mutakura 3ème avenue n° 37, 39 et 44. L'armée y a d'ailleurs installé des cachots secrets et des lieux de torture. Le cas de cette boulangerie n'est pas unique, quelques autres exemples: la maison de Eddy Ndayisaba transformée en position militaire à Kinyankonge après sa disparition forcée le 29 décembre 2015. La voiture de Christa Benigne Irakoze saisie et utilisée par un élement du SNR après sa disparition forcée le 29 décembre 2015. La camionnette de Zedi Feruzi saisie et utilisée par le SNR après son assassinat le 23 mai 2015. La résidence de la famille de feu Colonel Laurent Ndabaneze à Kinindo saisie par la police en novembre 2015 et transformée en un cachot secret et lieu de torture en novembre-décembre 2016. Beaucoup de véhicules des personnes disparues n'ont jamais été restituées par le SNR aux familles des victimes. Etc. Freddy Mbonimpa, Maire de Bujumbura avait par ailleurs annoncé la saisie des maisons des exilés en fevrier 2016 (écouter sa voix sur http://infosgrandslacs.info/productions/bujumbura-toutes-les-maisons-inhabitees-seront-transformees-en-positions-militaires-et )

Le FOCODE condamne le processus en cours de légalisation de la perquisition nocturne, une pratique pourtant à l'origine des cas de viols des femmes, de vols des biens dans les ménages et des disparitions forcées des personnes arrêtées nuitamment. Le FOCODE demande la traduction en justice du Capitaine Prudent Ntezimana, le bourreau de Mutakura, et interpelle de nouveau la Cour Pénale Internationale.

Trouvez l'intégralité de la déclaration du FOCODE sur http://ndondeza.org/belyse-ntakarutimana/

mercredi 17 mai 2017

Burundi : Disparition d'Oscar Ntasano, un crime annoncé, un crime d'Etat. (1ère partie de l'enquête NDONDEZA)


#Burundi #DossierNtasano Ière Partie: Un crime annoncé, un crime d'Etat.

Oscar Ntasano a été Sénateur de 2005 à 2010, puis député de 2010 à 2015. Un grand financier du parti CNDD-FDD, certaines sources vont jusqu'à affirmer qu'il aurait offert au parti tous ses honoraires d'une décennie de parlementaire. Et bien plus. Pourtant, la disparition d'un tel homme ne préoccupe ni n'émeut aucune institution de la République, sous un pouvoir CNDD-FDD. Hon. Ntasano a disparu dans la matinée du 20 avril 2017, dans trois jours cela fera un mois. Le Sénat qu'il a servi pendant cinq ans n'a rien dit, même son président Révérien Ndikuriyo qui, dans sa campagne, aurait bénéficié des largesses d'Oscar Ntasano. L'Assemblée Nationale, qu’il fréquentait il y a moins de deux ans, n'a rien dit. Son parti, le CNDD-FDD qu'il a tant financé, ne s'est même pas souvenu de lui dans sa prière du 27 avril 2017. Le Deuxième Vice-président Joseph Butore, qui l'avait rassuré que le dossier du Nonara Beach Hotel allait rapidement trouver une solution dès le remplacement de Benomar comme envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies, n'a rien dit. Le Premier Vice-président Gaston Sindimwo, qui promettait de le rencontrer dès son retour de la retraite gouvernementale de Bukirasazi, n'a rien dit. Pierre Nkurunziza a menacé...

Hon Oscar Ntasano était menacé depuis qu'il avait signé un contrat de location de son Nonara Beach Hotel par les Nations-Unies. Selon une source proche des cercles criminels et secrets du CNDD-FDD, Oscar Ntasano a été présenté comme un ennemi du pouvoir dès décembre 2016, son nom a même été partagé dans un groupe Whatsapp de ce cercle. "Quatre mois avant sa disparition, dans notre groupe, on nous a dit qu'il collaborait avec ceux qui veulent amener des troupes étrangères. Quand une personne est accusée dans ce groupe, normalement elle doit être assassinée ou emprisonné quelques jours seulement après. Sa mort a déçu beaucoup de gens; il se dit qu'il n'avait jamais touché ses honoraires de sénateur ou de député et qu’il avait demandé que tout cela soit affecté à des projets de développement. Maintenant, chacun de nous est conscient qu'il peut être tué à tout moment."

Les futurs malheurs d'Oscar Ntasano avaient aussi été publiés par un compte Twitter pro Nkurunziza qui utilise un pseudonyme de Habona King @MariyaHabona. Une série de 11 tweets ont été publiés le 06 décembre 2016 et citait Oscar Ntasano parmi des "diables" ou des "PDC" (PDC était un parti opposé au Prince Louis Rwagasore dans les années 60) qui se cachent au sein du CNDD-FDD pour le détruire. Les tweets évoquent clairement le Nonara Beach Hotel comme ayant été acquis par fraude et demandent sa reprise par le gouvernement. Le dernier tweet est plus évocateur: "Burundi appartient à ses concitoyens et est régi par la loi, c'est inouï que ce même NTASANO s'arroge le droit d'exporter la terre du pays". Si le style des tweets rappelle les messages d'insultes extrémistes de certains Imbonerakure, il se distingue par la qualité de la rédaction qui tranche avec le niveau extrêmement bas d'autres tweets des Imbonerakure. Il est clair que l'auteur des tweets n'est pas n'importe qui.

Le 27 avril 2017, soit sept jours après la disparition d'Oscar Ntasano, le CNDD-FDD a organisé une séance de "prière" d'action de grâce deux ans après la désignation de Pierre Nkurunziza aux présidentielles de 2015. Curieusement, le parti n'a émis aucune préoccupation sur la disparition de son financier. Pierre Nkurunziza a délivré un message très proche des tweets anti-Ntasano. Il a notamment rappelé que les Judas étaient encore cachés dans le parti et que Dieu allait les détruire. Il a mis en garde tous ceux qui ne se soumettent pas aux ordres et aux conseils des dirigeants. Difficile de ne pas penser à ce moment-là au sort d'Oscar Ntasano, car il avait désobéi: il avait refusé d'annuler le contrat de location de son hôtel par l'ONU.

Avant sa disparition, Oscar Ntasano a reçu plusieurs messages, plusieurs menaces qui lui enjoignaient de mettre fin au contrat avec l'ONU. Les maçons qui rénovaient son hôtel ont été arrêtés... Mais Ntasano s'est entêté, il croyait à la protection de l'ONU et comptait sur la force de ses liens dans le parti au pouvoir. Le dernier à le menacer fut un colonel chargé du renseignement dans la police "Nubu nturaheba ya contrat?"...

Très prochainement, la 2ème partie de cette enquête du Focode Asbl dans le cadre de la Campagne NDONDEZA.

mardi 16 mai 2017

Projet de 4ème mandat de pierre Nkurunziza? Le Burundi est sérieusement en danger !

#Burundi En lançant la machine vers la révision de la Constitution, Pierre Nkurunziza ouvre la bataille contre ses généraux et renforce le risque d'une guerre civile. Simple question: "qui remplacerait Pierre Nkurunziza s'il ne briguait pas un quatrième mandat?" Dans l'immédiat ce ne serait ni un leader de l'opposition ni un membre de la société civile tant vilipendées dans les propagandes du régime de Bujumbura. Si Nkurunziza quitte, il sera remplacé par un de ses généraux; par conséquent son idée de quatrième mandat est avant tout une barrière aux ambitions des généraux ex-FDD.


La première personne dont se méfie le tyran de Bujumbura s'appelle Alain-Guillaume Bunyomi qui, d'ailleurs, n'hésite pas à se nommer par son compte email officiel "Mutama 2". Le Général Bunyoni est convaincu que son heure a sonné et que le moment de remplacer Nkurunziza est bel et bien arrivé. Nkurunziza n'est pas dupe: les dernières communications institutionnelles et médiatiques à Bujumbura sur la corruption préparaient déjà le terrain à une possible arrestation du Général de Rutana. Depuis peu, le climat semble s'apaiser entre les deux "Mutama" qui continuent à s'observer malicieusement. Les fuites organisées par le renseignement privé de Nkurunziza sur l'implication de Bunyoni dans la disparition forcée de l'honorable Oscar Ntasano est une preuve que la guerre entre les deux se poursuit. Pourtant, tout montre, que le réseau secret de Nkurunziza est derrière cette disparition.

Convaincu d'avoir neutralisé le plus imprévisible, probablement le moins réfléchi, en l'occurrence Général Evariste Ndayishimiye, Pierre Nkurunziza garde un oeil vigilant sur le Général Prime Niyongabo qui l'inquiète par son sérieux, son soutien par les deux tendances exFAB et exPMPA de l'armée ainsi que son opposition à certains abus du régime. Peu de gens savent combien le Général Niyongabo s'était opposé aux formations militaires des Imbonerakure à Kiliba-Ondes en RDC. Alors qu'il avait reçu la mission de ravitailler les Imbonerakure, il avait alors trouvé une astuce pour ne pas être impliqué directement: il avait demandé au commandant d'alors de la première région militaire, le Colonel Kabisa, de s'occuper de tout ce qui a trait à Kiliba-Ondes. Avec des gens de confiance, le Général n'a jamais cessé de se plaindre de ce qu'il prenait pour une humiliation: on ne peut pas demander au chef de l'armée régulière de s'occuper de la formation des milices. C'était tout le contraire du Général Bunyoni qui avait rapidement organisé une formation parallèle des Imbonerakure dans Bujumbura-Rural car il estimait que, sans milice à lui, il serait rapidement marginalisé par Adolphe Nshimirimana et Nkurunziza. Par son discours et son comportement, le Général Niyongabo tente de garder une certaine distance face aux abus. Seulement, Nkurunziza compte encore sur la méfiance viscérale entre Bunyoni et Niyongabo pour espérer que les deux rivaux ne se ligueront jamais contre lui.

Contrairement aux apparences, Nkurunziza surveille également le Général Etienne Ntakarutimana, patron du SNR. Rien n'oppose les deux hommes à ce jour, mais Nkurunziza reste marqué par l'audace des généraux qui lui ont écrit en 2014 et la "trahison" de celui qu'il croyait le plus faible de tous, le Général Godefroid Niyombare. Selon des sources bien informées, il se méfie aussi, parfois avec mépris, du Général Silas Ntigurigwa (le plus frustré et le plus protestataire de tous les généraux). C'est encore cette méfiance de l'armée et des généraux qui pousse Nkurunziza à accélerer la formation et l'armement des Imbonerakure, le renforcement de la puissance de frappe de la BSPI et l'organisation d'un service de renseignement parallèle. Il se prépare ainsi à un autre soulèvement de l'armée et tente de se donner les moyens d'y faire face.

L'idée d'un quatrième mandat est enfin une insulte à toute la nation burundaise et une provocation de trop. L'Accord d'Arusha du 28 août 2000 a défini le conflit burundais comme "un conflit politique avec des dimensions ethniques très prononcées". Arusha a défini comment on accède et quitte le pouvoir, et instauré un délicat partage du pouvoir (politique et militaire) entre les forces politico-ethniques du pays. En monopolisant le pouvoir et en écartant complètement des forces politico-ethniques, en bafouant les libertés citoyennes, Nkurunziza conduit le Burundi à l'abîme. Le risque est énorme: une guerre civile ne tardera pas s'il fonce vers un quatrième mandat, une guerre qui opposerait alors Nkurunziza à des éléments de son propre camp et de son opposition. Autant le troisième mandat saigne l'opposition, autant le quatrième saignera le propre camp de Nkurunziza. Beaucoup de ceux qui se réjouissent aujourd'hui quand Nkurunziza tue les "Sindumuja" ou les "Mujeri" pleureront bientôt quand il se tournera contre leurs maris, leurs parents, leurs frères. Une urgence est là pour tous, pro et anti 3ème mandat: barrer la route à la monarchie de Nkurunziza et sauver la Patrie d'un terrible naufrage imminent!

samedi 13 mai 2017

Burundi : Disparition forcée d'Armand Nsabimana, ancien officier de l'armée.

#Burundi Semaine #NDONDEZA : le Focode Asbl a enquêté sur la disparition forcée d'Armand Nsabimana alias "NKOKERO", un ancien Lieutenant des Forcées Armées Burundaises (27ème promotion de l'ISCAM), introuvable depuis son arrestation arbitraire le 24 juin 2016 au Bar "Kwa DSS" de Musaga (entre la 3è et la 4è avenue) et sa détention illégale à la position militaire dite "Ecossat".

Selon des sources militaires (essentiellement des éléments de la position Ecossat), quatre personnes sont particulièrement responsables de cette disparition forcée:
- Monsieur Manirambona alias "Gitigu", chauffeur à l'Etat-Major Général de l'Armée, qui a été chargé de surveiller et de piéger la victime;
- Brigadier Rugo, sous-officier de corps au camp de la police pénitentiaire à Musaga "Camp Jaune", qui a procédé à l'arrestation illégale, sans aucun mandat, de la victime;
- Major Jean De Lacroix Ntibagwiga, chef de la position militaire "Ecossat" qui a ordonné l'arrestation de la victime; c'est également dans la maison de ce chef de position que la victime a été horriblement torturée pendant au moins 3 heures;
- Major Pascal Minani, Commandant du Camp Muha et responsable de la répression dans les quartiers sud de la ville de Bujumbura, qui a supervisé la torture de la victime avant de l'amener vers une destination inconnue à ce jour.

La police et la justice burundaise n'ont rien fait sur ce dossier. Pour des raisons de protection de certaines personnes, les détails de ce dossier ne seront pas rendu publics mais seront transmis aux institutions et organes compétents.

Tôt ou tard, les criminels vont payer !

vendredi 12 mai 2017

Burundi : Disparition forcée d'Evariste Nyandwi, un riche homme d'affaires de Rutana

#Burundi #Ndondeza Evariste Nyandwi alias Matwi était un homme d'affaires très respecté à Rutana. Il avait commencé presqu'à néant son commerce; lentement mais sûrement il avait bâti une fortune éstimée en milliards de francs burundais. Il était très généreux et avait prêté des millions à d'autres hommes d'affaires et, selon certaines sources, à des hautes personnalités politiques. Il était membre du CNDD-FDD et avait beaucoup financé les activités du parti ainsi que les travaux de développement dans sa province. Un de ses amis s'appelait Général Alain-Guillaume Bunyoni. Pour la croisade évangélique de Pierre Nkurunziza de décembre 2016 à Rutana, il avait offert sa camionnette FUSO pour le déplacement des participants. Il ne se doutait de rien, il était en phase avec le pouvoir et les puissants. Après avoir répondu à un rendez-vous via un appel téléphonique dans la soirée du 30 décembre 2016, Evariste Nyandwi est devenu introuvable. Sa Jeep Prado a été découverte vide, le lendemain matin, non loin du stade de Rutana.

Des mystères sur cette disparition, il y en a encore. Dans la soirée du 28 décembre 2016, Evariste Nyandwi a rencontré le Ministre de l'Environnement Emmanuel Niyonkuru au Bar Ku Muco à Rutana; un autre homme d'affaires de Rutana, Adrien Ntigacika alias Ziranotse, a pris part à cette rencontre. De quoi se sont-ils dit? Le sujet de discussion devrait être très important puisque le trio (Nyandwi, Niyonkuru et Ntigacika) a tenu une deuxième rencontre le soir du 29 décembre 2016 à l'Hôtel 3M de Rutana. Le lendemain de cette deuxième rencontre, Evariste Nyandwi a été enlevé dans la nuit du 30 au 31 décembre 2016 et, un jour après, le Ministre Emmanuel Niyonkuru a été assassiné dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2017. Y a-t-il un lien entre les deux crimes? Seule une enquête indépendante et crédible peut le déterminer, mais au moins l'on sait qu'au niveau judiciaire rien n'a été fait pour retrouver les kidnappeurs d'Evariste Nyandwi et que l'enquête sur l'assassinat du ministre s'enlise. "Ziranotse" reste le seul survivant de ces deux rencontres et continue la construction d'une usine d'engrais chimiques, non loin de l'aéroport de Bujumbura. L'usine intéresse en haut lieu, au point que le Patron du SNR, Général Steve Ntakarutimana, est venu en personne filmer tous les employés sur le site de construction de l'usine.

Le 14 mars 2017, Zachée Niyomwungere, collaborateur du SNR en Province de Rutana, est mort à l'Hôpital de Gitega. Une semaine plus tôt, il avait été enlevé dans une maison qu'il louait au chef-lieu de Rutana et amené manu militari à la résidence du chef provincial du SNR Jovin Cishahayo où il a subi une séance horrible de passage à tabac. Agonisant, Zachée Niyomwungere a été amené au cachot de la police de Rutana, les policiers ont refusé de le recevoir. Après il a été admis difficilement à l'Hôpital de Rutana, puis transféré à Gitega où il a rendu son âme. Pourquoi Zachée? Parce que c'est lui qui avait appelé le commerçant Evariste Nyandwi dans la nuit fatale du 30 décembre 2016. Il savait tout de sa disparition, de son transfert la nuit dans un cachot secret qui serait installé au stade de Buye appartenant à Pierre Nkurunziza avant son exécution et enterrement - qui auraint eu lieu - dans la Kibira à Kayanza. Le SNR a voulu faire taire définitivement Zachée Niyomwungere, mais c'était déjà trop tard. Jovin Cishahayo n'a jamais été sanctionné au moins pour la torture de son collaborateur, plutôt il a été transféré à Makamba où il dirige le SNR et continue ses sales besognes.

La disparition forcée du sobre milliardaire de Rutana Evaritse Nyandwi confirmait un plan de destruction du pouvoir économique de certains hommes d'affaires Tutsi, même membres du CNDD-FDD. Au moment de cette disparition, des tweets ont annoncé, déjà en décembre 2016, la prochaine cible: Oscar Ntasano, un autre millionnaire (ou milliardaire) membre du CNDD-FDD. Bientôt les révélations de NDONDEZA sur ce cas.

jeudi 11 mai 2017

Burundi: Disparition forcée de l'OPP2 Simon Masumbuko, un officier de la Police Nationale.

#Burundi #Ndondeza OPP2 Simon Masumbuko. Le 07 avril 2016, une jeune fille a lancé #BringBackMyDad, un hashtag qui a donné des frissons à beaucoup d'entre nous. Elle avait perdu sa mère dix ans plus tôt, son père OPP2 Simon Masumbuko, chef de poste adjoint de la Police de l'Air, des Frontières et des Etrangers (PAFE) à Kobero, lui avait promis de revenir rapidement sain et sauf pour une discussion intéressante. Mystérieusement le papa de Michou Miracle avait disparu dans la nuit du 27 au 28 mars 2016 à l'Hôtel California de Kobero. La fille criait "aide-moi à retrouver mon père, c'est tout ce que je vous demande", elle a même adressé des tweets à Willy Nyamitwe le super-conseiller de Pierre Nkurunziza, nous avons été nombreux à retwitter ses messages... Hélas, il n'y avait aucune réponse des autorités burundaises. Pire, aucune enquête! La PAFE a perdu un officier, mais son Commissaire Général n'a rien dit et n'a rien fait pour le retrouver. La Police Nationale a perdu un officier, mais son Directeur Général est resté inerte et muet; son ministre n'a rien fait. Un officier du pays a disparu.

Le soir du 27 mars 2016 avait étonné les habitants et les habitués de Kobero. Le chef de poste de la PAFE, Alfred Manirakiza partageait un verre avec son adjoint OPP2 Simon Masumbuko. c'était inédit, les deux se regardaient normalement comme des chiens de faïence. Simon Masumbuko était dans un milieu très hostile qui le taxait de putschiste. Sa faute était d'être à la fois Tutsi originaire de Musaga et officier de l'ancienne police, donc assimilable aux militaires ex-FAB. C'était un homme simple, mais libre d'esprit. Il logeait dans l'Hôtel California appartenant à "POLINARI", un homme d'affaires influent dans le CNDD-FDD à Muyinga et réputé proche de Pierre Nkurunziza. Au moment où Simon Masumbuko partageait un verre avec Alfred Manirakiza, un agent du SNR (services secrets), nommé "Claude" logeait également au même hôtel depuis deux jours. il était venu de Bujumbura dans un pick-up. Après le partage du verre, Simon Masumbuko serait rentré, aurait dîné avant d'aller dormir tranquillement. Mais, curieusement, le lendemain matin il n'était plus là, sa chambre était bien faite et son véhicule était toujours garé dans le parking de l'hôtel. Le même matin, il a été constaté que le fameux "Claude" n'avait pas non plus passé la nuit à l'hôtel, il était parti, dans son pick-up. Des témoins affirment qu'il aurait enlevé Simon Masumbuko selon une enquête de la RPA.

Où est passé l'officier Simon Masumbuko? Aucune autorité burundaise ne s'est donc posé cette question. Aucune enquête n'a été menée. Alfred Manirakiza n'a jamais été convoqué pour un interrogatoire, non plus "POLINARI" et ses employés, moins encore "Claude" du SNR. La famille a tenté d'en savoir plus en se rendant à Kobero, d'autres ont contacté le SNR où l'on disait que Simon Masumbuko est détenu. Partout ceux qui ont osé ont reçu des menaces de mort. Seule la courageuse fille a bravé le danger et pu écrire #BringBackMyDad. Elle a parlé aux sourds.

Mais une chose est sûre: toutes ces autorités s'expliqueront et payeront un jour. Une question de temps. Mais, en attendant, combien de papa aurons-nous déjà perdus ?

Sur http://ndondeza.org/simon-masumbuko/ suivez l'intégralité de ce deuxième dossier de la "Semaine NDONDEZA". Deux dossiers emblématiques vont bientôt suivre: Evaritse Nyandwi alias Matwi et Oscar Ntasano. Après les jeunes, les femmes et les militaires (on n'est pas encore dans l'après je sais), c'est le tour des millionnaires, des milliardaires, des entrepreneurs. NDONDEZA !

mercredi 10 mai 2017

Burundi: Disparition forcée d'Albert Kubwimana, un élève enlevé par la garde présidentielle depuis 19 mois.

#Burundi #NDONDEZA Disparition forcée d'Albert Kubwimana. Un récit triste et révoltant.

22 ans, élève en 3ème scientifique au Lycée Municipal de Cibitoke, Albert Kubwimana était le seul, de sa famille de 5 enfants, à avoir atteint un tel niveau scolaire. Son grand frère et ses deux grandes soeurs n'avaient pas trouvé les moyens financiers pour continuer les études, sa petite soeur était encore à l'école primaire. Veuve et pauvre, sa maman avait tant investi dans son petit Albert si sage et si porté à ses cours. L'après-midi du 26 octobre 2015, il révisait ses notes de cours à la maison (Cibitoke, 7ème avenue n°46) quand des policiers de l'API (unité police de la Garde Présidentielle) ont frappé, ménaçants, à sa porte: "ouvre ou nous tirons!" Il a ouvert et il est sorti innocemment, son cahier de cours à la main. Les policiers l'ont arrêté et l'ont amené, sans explication. A l'extérieur de la parcelle, d'autres policiers ont protesté: "non, celui-là n'est pas des deux que nous poursuivons..." Un autre, un chef, a rétorqué : « Pfa kuzana n’uwo nico kimwe. Abo nibo bariko badutera ama grenades » (Amenez-le aussi, ils sont tous les mêmes. Ce sont eux qui nous lancent des grenades). Albert a été embarqué à l'arrière d'un pick-up de police, avec trois autres compagnons d'infortune, sous la responsabilité du tristement célèbre BPP1 Jonas Ndabirinde, une figure du renseignement secret de Pierre Nkurunziza.

La dernière fois qu’Albert Kubwimana a été vu, c’était à la frontière des zones Cibitoke et Kamenge au niveau de la 12ème avenue. Dans un langage codé, Jonas Ndabirinde a passé un appel téléphonique en ces termes : « Ngomba ndabasigire umuzigo, nsange mwiteguye ngaho kw’ihêmà kuko jewe nca nduga i Ngozi. Mubona harimwo igitoro co gushika i Ngozi ? » Ce qui se traduit : «Je vais vous laisser un bagage, apprêtez-vous là au niveau de la tente car moi je monte immédiatement à Ngozi. Y a-t-il assez de carburant pour le trajet vers Ngozi ? ». Les captifs auraient transité par le Centre Jeunes Kamenge avant d’être acheminés au Bar «Iwabo w’Abantu » appartenant à feu Lieutenant Général Adolphe NSHIMIRIMANA, où ils auraient été exécutés pendant la nuit du même jour. Les voisins du bar affirment avoir entendu des cris de détresse à l’intérieur dudit bar pendant la nuit du 26 au 27 octobre 2015.

La maman d’Albert n’a appris l’enlèvement de son fils que le soir en rentrant de son travail de chargé de propreté à l’église méthodiste libre de Ngagara. Effondrée, Madame Eugénie Bacamurwanko a pris, dès le lendemain matin, les photos de son fils enlevé et s’est rendue partout où elle croyait trouver la moindre bribe d’information capable de lui renseigner sur les traces de son enfant. A pieds, elle a été à tous les cachots imaginables de Bujumbura (les cachots des zones, à la PJ de Jabe, à la Prison de Mpimba, à la BAE, aux bureaux du SNR à Rohero et Ngagara), elle a sollicité la CNIDH, elle a vérifié les cadavres dans les morgues. Pendant des mois, elle s'est rendue à chaque lieu de bujumbura où un cadavre a été signalé. Dieu seul sait le nombre de cadavres qu'elle a dû retourner pour vérifier que ce n'était pas Albert Kubwimana ! Mais peine perdue, Albert est resté introuvable. Cette quête lui a laissé un trouble qu'elle risque de porter tout le reste de sa vie. Avec la disparition forcée de son fils bien-aimé, Eugénie a perdu ce qui faisait encore son bonheur sur cette terre.

Dès le lendemain de l'arrestation d'Albert Kubwimana, les élèves du Lycée Municipal de Cibitoke ont observé un mouvement de grève, soutenu pour une fois par la direction et le personnel scolaires, pour réclamer la libération immédiate et inconditionnelle de leur camarade de classe et le déplacement de la position militaire logée à l'école. Les ménaces de l'Administrateur Communal, Rémy Barampama, n'ont pas tardé: l'administration de l'école a été la première à se désister, les élèves ont tenu pendant trois semaines. Pendant des semaines, Jonas Ndabirinde n'a pas nié qu'il avait arrêté Albert Kubwimana et promettait de le libérer rapidement puisqu'il ne trouvait pas de charges à son encontre.19 mois après, il n'a toujours pas honoré sa promesse de "libération prochaine".

BPP1 Jonas Ndabirinde. Un sous-officier tout puissant, ayant le droit de vie et de mort sur des milliers de citoyens burundais. A sa disposition un pick-up offert par Pierre Nkurunziza selon des sources à l'API, une garde rapprochée d'au moins six policiers, des motos et une voiture Toyota TI pour son équipe. De nuit comme de jour, il sillonne le Burundi à la traque des "ennemis" de Pierre Nkurunziza, son dieu. Jonas a un pouvoir illimité sur tous les cachots secrets du SNR et personne ne peut le contredire. Même "Kazungu" du SNR serait un petit devant lui. Pourtant, officiellement, il n'est qu'un simple sous-officier de la garde présidentielle. La réalité est qu'il fait partie d'un système de renseignement privé de Pierre Nkurunziza, concurrentiel du SNR et des renseignements militaires et de la police. Un groupe de méchants, de tueurs, à la solde du "président-dieu".

Albert Kubwimana n'avait jamais manifesté contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Il n'appartenait à aucun parti politique. Son seul péché a été d'être un jeune résidant dans un quartier ayant fortement contesté la violation de la Constitution du Burundi par Pierre Nkurunziza.

Trouvez à ce lien l'entiereté de l'enquête du Focode Asbl sur la disparition forcée d'Albert Kubwimana: http://ndondeza.org/albert-kubwimana/

lundi 8 mai 2017

Burundi: Semaine #NDONDEZA !



La Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi souffle sa première bougie. Depuis avril 2015, les cas de disparitions forcées sont estimées entre 300 et 900 personnes. Le Focode enquête depuis une année sur plus de 150 cas qui lui ont été envoyés par des proches des victimes. Il a déjà documenté 30 cas dont 7 seront publiés cette semaine.
La disparition forcée est un crime extrêmement grave, souvent plus que la mort proprement dite. Les proches vivent, tout le restant de leur vie, dans un déchirement intérieur: faut-il l'abandonner et se convaincre qu'il est vraiment mort ou faut-il continuer à l'attendre, indéfiniment? Elle est souvent accompagnée d'une demande de rançon: on tue et on dépouille la famille des maigres ressources qui lui restent. Et puis viennent les menaces: gare à vous si vous en parlez !

Cette semaine #NDONDEZA coïncide avec la 112ème session du Groupe de Travail sur les disparitions forcées et involontaires, du 08 au 17 mai 2017 à Genève en Suisse. Focode Asbl tentera de sensibiliser le Groupe sur la gravité de la situation au Burundi. Chaque jour de cette semaine verra la publication d'un cas et un mécanisme d'alerte sera lancé.

Rappelons aux Nations-Unies que « La pratique généralisée ou systématique de la disparition forcée constitue un crime contre l'humanité, tel qu'il est défini dans le droit international applicable, et entraîne les conséquences prévues par ce droit. » - Article 5 Convention Internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. De tels crimes ne sont pas commis seulement contre les burundais, mais contre tout être humain sur cette terre. L'ONU a l'obligation d'agir. Et s'il existe, dans le droit interne, l'infraction de non assistance à personne en danger; on devrait avoir, sur le plan international, celle de non assistance à peuple à danger !

Soutenez #NDONDEZA en nous envoyant vos informations sur whatsapp +257 79 910 446 ou sur ndondeza1@gmail.com
Souvenez-vous: votre silence profite aux assassins qui ne vous épargneront pas pour votre silence. Informons, crions, dénonçons le crime ! Cela constitue également une forme de résistance.
Soutenez également #NDONDEZA par un don via http://ndondeza.org/don/
Avant que cela nous arrive, on pense parfois que cela ne concerne que les autres Jusqu'au jour de la catastrophe...

Participez à la Semaine NDONDEZA en postant les noms et les photos des disparus avec le Hashtag #NDONDEZA et #Burundi.

NDONDEZA:
- Hon Oscar Ntasano
- Evaritse Nyandwi
- Belise Ntakarutimana
- Albert Kubwimana
- Armand Nsabimana
- OPP2 Simon Masumbuko
- Adjudant François Nkurunziza
Continuez la liste...

mercredi 3 mai 2017

Burundi : Servir Nkurunziza et mourir comme un chien.




Lambert Bitangimana, Famili Ngendakuriyo, Jean Bosco Nsabimana (Maregos). Trois noms pour illustrer l'ingratitude du dictateur burundais, trois noms pour servir de leçon à tous ceux qui suivent un tyran sans réfléchir. Souvenez-vous : ces sommes indues qu'il vous paye, vous les rendrez avec votre sang ; ces crimes qu'il vous fait commettre, il vous en fera porter toute la responsabilité. Le moment venu, comme un citron complètement pressé, vous serez impitoyablement jetés à la poubelle. L'ultime récompense de la part d'un tyran sanguinaire, c'est une balle dans la tête et le refus de sépulture.

Lambert Bitangimana a tout fait pour le renseignement privé de Pierre Nkurunziza. Il a infiltré, surveillé,espionné des réfugiés au Kenya, en Ouganda, au Rwanda, en RDC et en Tanzanie. Ses informations ont entraîné l'arrestation de beaucoup de jeunes au Burundi. Au Kenya, un officier policier burundais a failli être assassiné, Lambert Bitangimana a été cité parmi les commanditaires, des policiers kenyans ont été jugés. Son nom est également cité dans l'assassinat d'un membre du MSD dans la capitale kenyane. Au Congo, il aurait trempé dans le trafic des minerais pour le compte d'une très très haute autorité burundaise. En contrepartie, il avait une vie facile, des entrées faciles au palais présidentiel et au SNR. Pour faciliter ses déplacements et son camouflage, il avait reçu des fonds de la caisse noire pour ouvrir un commerce de produits de femmes. Il était connu comme un garçon très serviable, très gentil, très croyant et gardait tout près sa Bible. Le 17 avril 2017, il a débuté sa mission ultime en contactant Oscar Ntasano. Le soir du 19 avril 2017, il a échoué le premier guet-apens et le matin du jeudi 20 avril 2017 il a enfin réussi sa mission. Honorable Ntasano est introuvable depuis, de même que ses deux employés Thierry Ngendabanka et Rémy Nsabumuremyi. Lambert attendait la récompense d'une mission bien remplie. Il en savait trop, il fallait l'éliminer. Invité et logé à l'hôtel Alléluia de Ngozi toute la journée de samedi 22 avril 2017, il a été arrêté dans la soirée par des éléments des services secrets burundais. Dimanche, son cadavre étranglé était dans le véhicule de Ntasano à Muyinga. Sa femme n'a pas été informée du décès tandis que la police mentait sur l'identité de la victime avant de publier son vrai nom mardi le 25 avril 2017. Aussitôt que sa veuve a reçu la photo du cadavre, elle a été pourchassée par le SNR. Le soir de mercredi 26 avril, elle a échappé à l'enlèvement par le famaux Joseph-Mathias Niyonzima alias Kazungu qui a longuement fouillé sa maison à Kigobe. La même nuit, elle a fui le Burundi. Le cadavre de Lambert Bitangimana n'a pas été remis à sa famille. Aux dernières nouvelles, la police compte lui imputer une tentative de vol du véhicule d'Oscar Ntasano.

Famili Ngendakuriyo est devenu célèbre pendant la répression de la manifestation contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza à Mutakura. Sa photo, en train de tirer sur des manifestants, est aussi célèbre que celle d'Alfred Museremu à Buyenzi. Le 3 août 2015, il a tiré sur Pierre Claver Mbonimpa à Kinama. Il a accompli un ordre reçu du renseignement burundais et croyait faire le plaisir de Pierre Nkurunziza. Devenu encombrant, il a commencé à recevoir des menaces de mort, allant jusqu'à appeler Mbonimpa au secours. Le 30 septembre 2015, il a été froidement abattu à Kinama. La police lui a juste réservé un tweet. Et c'est tout.

Major Jean Bosco Nsabimana alias Maregos a été un homme de terreur. Il a dirigé la torture de l'ancien Vice-président de la République Alphonse-Marie Kadege en 2006, de même que l'assassinat de l'homme d'affaires Brown Ndarishikanye le 04 novembre 2007. Il a à peine raté l'assassinat d'Alexis Sinduhije alors directeur de la RPA, au cours d'un concert au restaurant Botanika. En tant que chef du SNR à Rohero, il a commis de nombreux crimes dont des vols de voitures et des appareils téletaxes. Rentré d'exil fin 2012 après un moment de disgrâce, le Major Nsabimana a joué un rôle clé dans l'incendie du marché central de Bujumbura. Empoisonné quelque temps après, il a été envoyé à Nairobi pour des soins. Contrairement aux promesses, personne ne l'attendait à la gare à son arrivée, l'ambassadeur Ézéchiel Nibigira a également refusé de l'accueillir à l'ambassade ni de lui apporter une quelconque aide. Épuisé, il a bénéficié d'une commisération d'un compatriote burundais rencontré par hasard. Absolument seul, il s'est éteint dans un hôpital de Nairobi le 26 mai 2013. Il aurait été étouffé avec un oreiller sur son lit d'hôpital, selon une source. Son corps n'a même pas été rapatrié, les siens ne l'ont pas accompagné aux funérailles.

Nkurunziza ne dit pas merci. Il jette à la poubelle les citrons usés. À bon entendeur salut !

#Sindumuja

samedi 29 avril 2017

Le meurtre de Lambert Bitangimana rappelle la nature du régime NKURUNZIZA

#Burundi Lambert Bitangimana, le crime qui rappelle le vrai visage de Pierre Nkurunziza à la veille du 45ème anniversaire d' "IKIZA de 1972".

Ngozi, Hôtel Alleluia, samedi 22 avril 2017, 21 heures. Un jeune homme crie au secours, des hommes en tenue de police le tirent de force alors qu'il vient de commander son repas au restaurant de l'hôtel. Des clients reconnaissent des hommes du Service National de Renseignement (SNR) parmi ceux qui tirent le jeune homme. A 75 kilomètres de là, au quartier Kigobe de la capitale Bujumbura, une jeune femme de 22 ans vient de recevoir un texto "NSENGERA" (prie pour moi). Anxieuse, la jeune femme appelle rapidement son mari, le téléphone décroche mais personne ne répond, il entend son mari crier "muntwaye he? Nakoze iki?" (où m'amenez-vous, qu'est-ce que j'ai fait?). Puis le téléphone est éteint, pour toujours. Le lendemain, une camionnette double cabine blanche est découverte à Gashoho, sur le croisement des routes Ngozi-Muyinga et Ngozi-Kirundo. La camionnette semble avoir fait un accident, un corps sans vie se trouve à côté (certains disent à l'intérieur), la plaque du véhicule sur le corps de la victime, une carte d'identité de Thierry Ngendabanka et une carte sim rwandaise à l'intérieur de la camionnette. Le véhicule est vite identifié par la police: c'est la camionnette de l'Honorable Oscar Ntasano, ancien parlementaire du CNDD-FDD (sénateur de 2005 à 2010, député de 2010 à 2015) et patron de l'Hôtel Nonara Beach, porté disparu depuis jeudi 20 avril 2017. L'identification de la victime n'a pas non plus tardé le même dimanche, il s'agit de Lambert Bitangimana, le jeune homme arrêté la veille par le SNR à l'Hôtel Alleluia de Ngozi.

Jusqu'en octobre 2016, Lambert Bitangimana a vécu au Kenya où, bible à la main, il se présentait souvent comme un militant anti-troisième mandat recherché par les agents de Nkurunziza. Mais, curieusement, il avait été vu à plusieurs reprises avec des éléments de l'Ambassade du Burundi à Nairobi. La réalité est que Lambert se trouvait dans une mission du service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza; il infiltrait les opposants et surveillaient en même temps les "pro-Nkurunziza". Il était revenu au Burundi en octobre 2016, s'affichait ouvertement cette fois-ci avec des agents du renseignement burundais et habitait une villa de luxe à Kigobe sans que son emploi soit connu. Le 17 avril 2017, il s'est présenté à l'Honorable Oscar Ntasano comme "un vacancier burundais résidant au Canada" qui voulait investir au Burundi: ainsi il voulait louer une parcelle non exploitée de Ntasano. Le jeudi matin, 20 avril 2017, Oscar Ntasano accompagné de deux de ses employés (dont Thierry Ngendabanka) est allé montrer sa parcelle à Lambert Bitangimana. Depuis, Oscar Ntasano et ses deux employés sont introuvables. selon des sources, pendant cette opération, Lambert Bitangimana est resté en communication avec l'OPC1 Gaston Uwimana, chef du bureau renseignement de la police nationale.

Vendredi 21 avril 2017 à 23 heures, Lambert Bitangimana a reçu l'appel du Major Noël Banyiyezako, chef du renseignement privé de Pierre Nkurunziza. L'officier l'invitait à se rendre immédiatement à Ngozi (donc la même nuit) car une mission "très onéreuse" l'attendait le lendemain matin. L'épouse de Lambert se serait opposé à ce déplacement de nuit et Lambert a promis de s'y rendre le lendemain matin. A 1 heure, un autre appel du Brigadier Jonas Ndabirinde (le terrible bourreau au service de Nkurunziza) fait savoir que ce dernier attendait Lambert Bitangimana à côté des bureaux de la PAFE. Encore une fois, Lambert a refusé de se déplacer nuitamment et a formulé la même promesse de partir à Ngozi très tôt le matin de samedi. Comme promis, Lambert Bitangimana a pris le bus de 5h45 à la Gare du Nord à Kamenge et est arrivé à Ngozi deux heures plus tard. Rapidement reçu par le Major Noël Banyiyezako, Lambert a été logé à l'Hôtel Alleluia en attendant le retour du Major "qui aurait été appelé pour une urgence à Bujumbura". La journée, Lambert l'a passé en conversations téléphoniques avec beaucoup de ses proches: il était heureux, il était dans un bel hôtel, il était proche des puissants. Las d'attendre un Major qui ne venait pas, il a commandé son repas à 21 heures et l'attendait au restaurant de l'hôtel quand des éléments du SNR l'ont amené de force. Il a crié au secours, mais en vain. Dans un hôtel baptisé "Alleluia", on ne porte pas du secours à des gens enlevés par le SNR...En effet, au Burundi depuis 2005, "Alleluia" signifie "appartenant à Nkurunziza". Il n'y a pas que des hôtels, il existe aussi des équipes sportives "Alleluia". Chez Nkurunziza, on joue et on tue la Bible à la main.

Lambert Bitangimana est hutu. A 30 ans, il est mort étranglé dans la nuit du 22 au 23 avril 2017. Un accident de véhicule a été simulé par ses assassins, mais les traces de la corde sont restées dans sa gorge. Dimanche, un communiqué du porte-parole adjoint de la police l'a fait passer pour le chauffeur de l'Honorable Oscar Ntasano; mardi le porte-parole a rectifié qu'il s'agissait de Lambert Bitangimana. Sa famille n'a pas été informée officiellement du décès de Lambert; au contraire dès dimanche sa femme a été convoquée à expliquer au SNR la disparition de son mari. Elle n'a appris qu'elle était devenue veuve que mercredi matin. Le corps de Lambert Bitangimana n'a pas été remis à sa famille. De même, la famille n'a pas pu organiser le deuil car dès que la veuve a appris la mort de son mari, des éléments du SNR sont venus la chercher. La nuit, le tristement célèbre Mathias-Joseph Niyonzima alias "Kazungu" a fouillé la maison à la recherche de l'épouse de feu Lambert Bitangimana. Elle n'avait plus de choix, elle a fui le Burundi. Lambert s'était marié en décembre 2015, il laisse un bébé de 7 mois.

Il y a 45 ans, un jeune burundais de 8 ans a perdu étrangement son père Eustache Ngabisha. Hutu, ancien député et ancien gouverneur, (sûrement dans la trentaine) Eustache Ngabisha est mort étranglé par les services de sécurité de Michel Micombero en avril 1972. Sa famille n'a pas eu droit au deuil, a vécu des moments de desespoir et de pauvreté après cette disparition. Je ne sais pas si elle a eu l'occasion d'enterrer dignement le père de famille, mais nombre de familles hutu de l'époque n'ont jamais revu les leurs arrêtés par l'armée ou la milice. Son fils de 8 ans à l'époque s'appelle Pierre Nkurunziza et est devenu Président du Burundi en 2005. 45 ans après l'IKIZA, c'est lui qui inflige aujourd'hui les mêmes horreurs à de nombreuses familles. Des citoyens sont enlevés chaque jour, se font exécuter ou disparaissent carrément. Les familles n'ont pas droit ni aux corps des leurs exécutés par les sbires de Nkurunziza, ni au deuil. Hutu et Tutsi, opposants ou serviteurs comme Lambert Bitangimana ne cessent d'être victimes de cette barbarie sans nom. Dans 45 ans, le bébé de Lambert Bitangimana sera une grande personne, peut-être autant puissante que Pierre Nkurunziza aujourd'hui... Décidément, s'il n'y a pas de justice, il voudra probablement ressembler à Pierre Nkurunziza!

Chaque jour j'ai envie de demander à Nkurunziza: pourquoi as-tu tellement envie de ressembler à Michel Micombero? Et combien de morts te faudra-t-il pour comprendre que tu lui ressembles déjà?

Aux hutu, tutsi, ganwa et twa victimes de l'IKIZA de 1972; à toutes les victimes des tragédies burundaises et à leurs familles, j'adresse ma sympathie et ma solidarité. Notre génération a un devoir: mettre fin à ce cycle infernal, par la vérité et la justice.


Pacifique Nininahazwe, 29 avril 2017.

lundi 24 avril 2017

Hommage à l'écrivain burundais Sébastien Katihabwa une année après sa disparition

#Burundi Il y a une année disparaissait Sébastien Katihabwa. Un Homme, un patriote, un sage, un écrivain, un fervent défenseur de la culture burundaise. Une "bibliothèque" a brûlé le 24 avril 2016, comme dirait Hamadou Hâmpaté Bâ. Un grand homme s'est éteint, dans l'anonymat total, aussi simplement qu'il avait vécu.

Je ne me souviens plus dans quelles circonstances j'avais rencontré pour la première fois l'écrivain Sébastien Katihabwa, je pense que c'était au Centre Culturel Français de Bujumbura (CCF de l'époque). J'avais lu, dans mon adolescence, son recueil de nouvelles "Magume ou les Ombres du Sentier", il m'impressionnait par son humilité. Aussitôt que nous avons échangé, il est devenu un grand ami à moi et, très rapidement, au Focode Asbl. Il nous a souvent rendu visite et flattaient nos membres en les comparant à la génération des militants de l'indépendance. Quand il parlait, c'était avec une telle douceur et une telle sagesse qu'on avait envie de le supplier de ne pas s'arrêter. Il avait offert à notre école deux de ses livres "Magume ou les Ombres du Sentier" et la "Revanche du Destin". Nous garderons précieusement ces dons.

Sébastien Katihabwa avait initié l'association des écrivains du Burundi qu'il a continué à animer dans le dénuement, participait assidûment à l'animation des cafés littéraires comme "Samandari". Très attaché à la préservation de nos valeurs culturelles, il avait notamment participé au processus de réhabilitation de l'institution d'Ubushingantahe, aux côtés de l'Abbé Adrien Ntabona. Il avait un sens de l'honneur à la burundaise et méprisait la course effrénée aux richesses matérielles. L'Etat du Burundi n'a jamais compris la valeur des hommes comme Sébastien Katihabwa, les résultats on les voit par la déchéance morale dans la direction du pays. Le peu de richesses qu'il avait lui suffisait pour vivre, mais à lui seul il était tout un trésor. Je n'ai pas connu ses derniers moments, sûrement qu'il souffrait énormément de la crise actuelle.Le 24 avril 2016, un grand patriote burundais a terminé son parcours sur cette terre à 69 ans. Il est rentré en noble. J'espère que la postérité finira par reconnaître son oeuvre, à titre posthume comme souvent malheureusement.

Repose en paix cher Sébastien !

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Un extrait de "Magume ou les Ombres du Sentier" :

[...] il faut que tu le saches, si tu veux t'élever, te détacher du présent qui se meurt, tu devras en payer le prix. La société ne pardonne pas à qui veut émerger du cercle des tourneurs en rond. Elle est agacée, voire irriter. Tes faits et gestes seront interprétés avec zèle, d'une façon malveillante. La plus petite de tes faiblesses sera démesurément gonflée. Les gens s'évertueront à établir la vanité de ton entreprise, mettront en cause ta loyauté.

Des histoires rocambolesques seront inventées de toutes pièces et propagées, alimenteront leurs commérages dans le but de te saper le moral, t'éloigner de tes amis et te couper de tes branches. bref, en n'adhérant pas à la folie collective ambiante, c'est toi qui sera traité de fou.

Mais si tu te tiens ferme, tu finiras par te faire respecter en te montrant ferme et déterminé dans toutes les circonstances et toutes les sphères. Au milieu des conflits d'intérêts et des difficultés entrecroisées, va, la tête haute mais sans étourderie, toujours droits aux faits. Ne cherche pas l'unanimité, ne crains pas de te faire des ennemis sur le chemin de ta droiture.

Tu dois éviter la complaisance et la compromission avec tout venant. De toutes les façons, ne t'en fais pas, pendant que les troupes du mal utiliseront leurs armes basses pour te punir pour avoir agiter leurs mauvaises consciences, les agents anonymes du bien, où qu'ils seront, se joindront à ton action.
Ta persévérance finira aussi par te faire gagner la partie passive qui se ralliera tôt ou tard à toi. Les graines que tu auras semées, sans même le savoir, dans le sillon des cœurs encore rocailleux, seront en train de germer, croître et former peut-être de grands ficus dressés et dominant cet espace apparemment monotone, insouciant, voire hostile.

Ne t'avoues jamais vaincu, même si les ennemis réussissent sur toi quelques coups. Considère cela comme la perte d'une bataille qui ne fera que te stimuler pour poursuivre la guerre. Car, pour un homme courageux, la chance et l'adversité sont comme sa main droite et sa main gauche. Il se sert de l'une comme de l'autre. Les incompréhensions, tu les rencontreras même dans ta famille. En effet, la famille est une société en miniature [...]

Sébastien Katihabwa (1990); Magume ou les ombres du sentier.

24-30 avril 2017: la semaine des tristesses au Burundi !

#Burundi La semaine des tristesses. Elle sera dure la semaine du 24 avril au 30 avril 2017, elle sera celle d'augubres souvenirs qui divisent les burundais.

- Mardi 25 avril ce sera le premier anniversaire de l'assassinat du Général Athanase KARARUZA, son épouse, un agent de sécurité et sa fille. La veille au soir, l'officier du SNR, OPC 2 Daniel NDABIGEZE avait été attaqué chez lui à Gatanguru et avait été grièvement blessé tandisque son épouse et son beau-frère ont laissé la vie dans l'attaque. Aucune lumière n'a été faite sur ces deux crimes.

- Mercredi 26 avril, ce sera le deuxième anniversaire du début des manifestations pacifiques contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Dès le premier jour, la répression de la contestation a été sanglante: deux ans après, on compte près de 3000 morts, environ un millier de victimes de disparitions forcées, plus de 8.000 prisonniers politiques, des milliers de victimes de torture et plus de 400.000 réfugiés.


- Samedi le 29 avril, ce sera le 45 ème anniversaire de la "crise de 1972" que certains nomment "evénements de 1972" et d'autres "génocide de 1972": une crise très grave qui aura fait plus de 300.000 morts, Hutu, Tutsi, Ganwa et Twa. La crise commence par une attaque d'un mouvement rebelle hutu, des massacres des familles Tutsi au sud du Burundi et entraînera une "répression aveugle" d'abord contre les monarchistes (dont le derneir roi du Burundi exécuté froidement à 24 ans et enterré dans une fosse commune jusqu'ici introuvable), ensuite contre l'élite Hutu (fonctionnaires, étudiants, ecclésiastiques, commerçants, militaires, etc). Disparitions forcées, exécutions sommaires, emprisonnements arbitraires, expropriation, stigmatisation... aucune lumière n'a jamais été faite sur ces crimes.

- Dimanche le 30 avril, ce sera enfin le 20 ème anniversaire de l'attaque du Petit Séminaire de Buta par des rebelles du CNDD qui tuèrent aveuglement 40 séminaristes ayant refusé de se scinder en groupes Hutu et Tutsi. 20 ans après, nombre des tueurs sont dans les instances du pouvoir, aucune lumière, aucune justice n'a été faite pour ces "martyrs de la fraternité".

La semaine s'annonce par de terribles manipulations du pouvoir. Deux axes de manipulations sont à l'ordre du jour: la criminalisation et l'ethnicisation de la contestation populaire et pacifique du 26 avril 2015, l'instrumentalisation politique et l'actualisation de la crise de 1972. D'un côté, Pierre Nkurunziza tente de faire croire que les manifestations de 2015 étaient violentes et s'opposaient au pouvoir Hutu comme s'il est plus hutu que Pierre-Claver Mbonimpa, Agathon Rwasa, Charles Nditije, Jean Minani, Frédéric Bamvuginyumvira, Léonidas Hatungimana, Sylvestre Ntibantunganya et plein d'autres leaders qui ont appuyé ou participé à la coordination des manifestations. D'un autre côté, Nkurunziza et les siens vont manipuler la mémoire des burundais sur la crise de 1972 en rappelant les nombreux crimes innommables de l'époque dans l'espoir de faire oublier les crimes ignobles en cours depuis le 26 avril 2015. Ils vont tenter de faire oublier que les jeunes que les services de Nkurunziza enlèvent, torturent et tuent tous les jours sont nés pour la plupart vingt ans après 1972 et qu'ils ne savent rien de cette époque. Ils vont absolument taire que parmis les opposants au troisième mandat de Nkurunziza, la majorité est faite des victimes de 1972 ! Mais surtout ils ne diront pas que Pierre Nkurunziza a bloqué, pendant une décennie, la mise en place consensuelle des mécanismes de justice transitionnelle: CVR et Tribunal Spécial.

Toutes ces dates noires de notre histoire nous rappellent le sang versé du peuple burundais (dans toutes nos diversités). Nous avons besoin de la vérité et de la justice sur toutes ces dates, et bien d'autres. Et les crimes du passé ne compensent pas ceux d'aujourd'hui. Le moment est venu au peuple burundais de faire barrage aux pouvoirs de menteurs qui nous divisent et nous tuent depuis notre indépendance. L'heure de la dignité a sonné, ensemble crions: #SINDUMUJA !



Hier, le journal IKIRIHO de Pierre Nkurunziza a tenté de ternir l'image de Mutama Pierre-Claver Mbonimpa et, du coup, celle de la contestation populaire et pacifique. Mais j'aimerais lui dire que Pierre-Claver Mbonimpa est le symbole de la résistance courageuse du peuple burundais contre la tyrannie de Pierre Nkurunziza. La flamme de la résistance contre la tyrannie de Nkurunziza a été allumée le 26 avril 2015, elle ne s'éteindra pas. Je souhaite à tous mes compatriotes plus de courage et de lucidité au cours de cette semaine difficile !

mardi 18 avril 2017

Assassinat de Lydia NIBOGORA: le couple BUNYONI devrait être auditionné !

#Burundi 17 février - 17 avril, deux mois déjà depuis l'assassinat de Lydia NIBOGORA et rien n'est fait pour retrouver ses assassins. Menacé à son tour, son mari (et leurs deux enfants) a fui le Burundi il y a un mois. La police a feint d'enquêter sur le dossier : deux femmes employées à la REGIDESO et deux vigiles ont été détenus pour n'avoir pas alerté après l'enlèvement de Lydia Nibogora mais en réalité c'était pour se rassurer qu'ils ne connaissaient pas ses ravisseurs. Les derniers détenus ont été libérés le 10 mars. Depuis, personne n'est poursuivi pour le meurtre de Lydia Nibogora.
Lydia était connue comme une très grande amie des Bunyoni. Dans un premier temps elle était très proche de Hyacinthe Bunyoni avec qui elle partageait assidûment des prières. Puis elle est rentrée dans les bonnes grâces du Général Alain-Guillaume Bunyoni. On l'a souvent vue venir au service ou rentrer à la maison dans les jeeps du redouté général de Rutana. De ce couple, elle aurait eu tant et tant de secrets, y compris ceux de la fameuse cave de la résidence Bunyoni à Gasekebuye.
Peu avant sa disparition, les relations entre Lydia et la famille Bunyoni se seraient brusquement estompées. Lydia a par la suite vécu des moments de terreur, des peurs insoutenables et s'est réfugiée dans la prière. Son mari aurait même tenté de réconcilier sa femme et le couple Bunyoni, mais en vain.

Le 17 février 2017 vers midi, Lydia Nibogora a dirigé un moment de prière avec des collègues au bureau (Regideso). Peu avant 13 heures, elle devait rentrer à la maison pour un moment de sieste avant de participer à 16 heures à une répétition de la chorale francophone de l'église pentecôtiste de Ntahangwa. Elle n'est jamais revenue à la maison ; son cadavre sera retrouvé -ligoté et blessé à la tête - dans la soirée, à Kanyosha au Sud de Bujumbura. Un témoin a affirmé qu'elle était partie avec un véhicule dont les occupants semblaient être des connaissances puisqu'elles auraient longuement ri à son entrée.


La famille Bunyoni n'a pas participé aux obsèques de Lydia Nibogora ni aux soirées de deuil...

Le Focode Asbl a reçu des révélations hallucinantes sur ce dossier et poursuit l'enquête. Il est prêt à les fournir à une justice indépendante qui devrait auditionner notamment le couple Hyacinthe et Alain-Guillaume Bunyoni.

dimanche 16 avril 2017

Gaston Gahungu, un juste en prison à Gitega !

#Burundi Gaston Gahungu, le sage de #Songa est en prison depuis deux jours, au cachot de la police à Gitega. En janvier 2013, il avait reçu le Prix FOCODE du Bon Citoyen en raison de son courage exceptionnelle dans la protection de la population de sa colline. 2011 et 2012 avaient été des années terribles: plusieurs dizaines de militants de l'opposition, spécialement les militants du FNL et du MSD, avaient été victimes d'exécutions extrajudiciaires. À Gitega, un sous-commissaire provincial de la police, Michel Nurweze alias Rwembe (le rasoir), faisait la pluie et le bon temps. Mais, dans sa folie meurtrière, Rwembe avait connu échec cuisant sur une seule colline: Songa en Commune de Gitega. Un chef de colline - un vrai - avait résisté à Rwembe : Gaston Gahungu. 

Gaston Gahungu a même refusé d'obtempérer aux ordres de l'administrateur communal de Gitega qui lui demandait de collaborer avec Rwembe. Limogé quelques semaines plus tard, Gaston Gahungu a été soutenu par sa population qui, chose impensable à l'époque, a manifesté des semaines pour réclamer le retour du chef de colline. Face à ce soutien spectaculaire de la population, une poursuite judiciaire a été lancée par le Parquet près la Cour anti-corruption : Gaston Gahungu était accusé d'avoir collecté des taxes sans quittances. Inédit pour un chef de colline quand la Cour résistait à poursuivre nombre de corrompus bien connus et souvent dénoncés. La population de Songa a de nouveau dénoncé une machination contre l'ancien chef de colline.

Sept ans après les faits dont il serait accusé, Gaston Gahungu est de nouveau poursuivi par le même parquet. La présomption d'innocence ne joue pas pour lui: il est détenu au cachot depuis deux jours alors qu'il n'avait jamais refusé de comparaître devant la justice. Juste pour le déstabiliser et l'empêcher de continuer à être le protecteur de la population de Songa.

Pâques nous rappelle que les justes comme Jésus sont souvent en prison et les criminels comme Barabas en liberté. Mais Pâques témoigne que la victoire appartient aux justes en fin de compte. En cette Pâques de 2017, ma pensée va à l'Honorable Gaston Gahungu et à plein d'autres burundais qui souffrent les affres de l'injustice. Je leur dédie cette conviction : "quelle que soit la longueur de la nuit, le soleil finit par se lever".

À tous les miens, à mes compatriotes et à mes amis, joyeuse fête pascale !