samedi 29 avril 2017

Le meurtre de Lambert Bitangimana rappelle la nature du régime NKURUNZIZA

#Burundi Lambert Bitangimana, le crime qui rappelle le vrai visage de Pierre Nkurunziza à la veille du 45ème anniversaire d' "IKIZA de 1972".

Ngozi, Hôtel Alleluia, samedi 22 avril 2017, 21 heures. Un jeune homme crie au secours, des hommes en tenue de police le tirent de force alors qu'il vient de commander son repas au restaurant de l'hôtel. Des clients reconnaissent des hommes du Service National de Renseignement (SNR) parmi ceux qui tirent le jeune homme. A 75 kilomètres de là, au quartier Kigobe de la capitale Bujumbura, une jeune femme de 22 ans vient de recevoir un texto "NSENGERA" (prie pour moi). Anxieuse, la jeune femme appelle rapidement son mari, le téléphone décroche mais personne ne répond, il entend son mari crier "muntwaye he? Nakoze iki?" (où m'amenez-vous, qu'est-ce que j'ai fait?). Puis le téléphone est éteint, pour toujours. Le lendemain, une camionnette double cabine blanche est découverte à Gashoho, sur le croisement des routes Ngozi-Muyinga et Ngozi-Kirundo. La camionnette semble avoir fait un accident, un corps sans vie se trouve à côté (certains disent à l'intérieur), la plaque du véhicule sur le corps de la victime, une carte d'identité de Thierry Ngendabanka et une carte sim rwandaise à l'intérieur de la camionnette. Le véhicule est vite identifié par la police: c'est la camionnette de l'Honorable Oscar Ntasano, ancien parlementaire du CNDD-FDD (sénateur de 2005 à 2010, député de 2010 à 2015) et patron de l'Hôtel Nonara Beach, porté disparu depuis jeudi 20 avril 2017. L'identification de la victime n'a pas non plus tardé le même dimanche, il s'agit de Lambert Bitangimana, le jeune homme arrêté la veille par le SNR à l'Hôtel Alleluia de Ngozi.

Jusqu'en octobre 2016, Lambert Bitangimana a vécu au Kenya où, bible à la main, il se présentait souvent comme un militant anti-troisième mandat recherché par les agents de Nkurunziza. Mais, curieusement, il avait été vu à plusieurs reprises avec des éléments de l'Ambassade du Burundi à Nairobi. La réalité est que Lambert se trouvait dans une mission du service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza; il infiltrait les opposants et surveillaient en même temps les "pro-Nkurunziza". Il était revenu au Burundi en octobre 2016, s'affichait ouvertement cette fois-ci avec des agents du renseignement burundais et habitait une villa de luxe à Kigobe sans que son emploi soit connu. Le 17 avril 2017, il s'est présenté à l'Honorable Oscar Ntasano comme "un vacancier burundais résidant au Canada" qui voulait investir au Burundi: ainsi il voulait louer une parcelle non exploitée de Ntasano. Le jeudi matin, 20 avril 2017, Oscar Ntasano accompagné de deux de ses employés (dont Thierry Ngendabanka) est allé montrer sa parcelle à Lambert Bitangimana. Depuis, Oscar Ntasano et ses deux employés sont introuvables. selon des sources, pendant cette opération, Lambert Bitangimana est resté en communication avec l'OPC1 Gaston Uwimana, chef du bureau renseignement de la police nationale.

Vendredi 21 avril 2017 à 23 heures, Lambert Bitangimana a reçu l'appel du Major Noël Banyiyezako, chef du renseignement privé de Pierre Nkurunziza. L'officier l'invitait à se rendre immédiatement à Ngozi (donc la même nuit) car une mission "très onéreuse" l'attendait le lendemain matin. L'épouse de Lambert se serait opposé à ce déplacement de nuit et Lambert a promis de s'y rendre le lendemain matin. A 1 heure, un autre appel du Brigadier Jonas Ndabirinde (le terrible bourreau au service de Nkurunziza) fait savoir que ce dernier attendait Lambert Bitangimana à côté des bureaux de la PAFE. Encore une fois, Lambert a refusé de se déplacer nuitamment et a formulé la même promesse de partir à Ngozi très tôt le matin de samedi. Comme promis, Lambert Bitangimana a pris le bus de 5h45 à la Gare du Nord à Kamenge et est arrivé à Ngozi deux heures plus tard. Rapidement reçu par le Major Noël Banyiyezako, Lambert a été logé à l'Hôtel Alleluia en attendant le retour du Major "qui aurait été appelé pour une urgence à Bujumbura". La journée, Lambert l'a passé en conversations téléphoniques avec beaucoup de ses proches: il était heureux, il était dans un bel hôtel, il était proche des puissants. Las d'attendre un Major qui ne venait pas, il a commandé son repas à 21 heures et l'attendait au restaurant de l'hôtel quand des éléments du SNR l'ont amené de force. Il a crié au secours, mais en vain. Dans un hôtel baptisé "Alleluia", on ne porte pas du secours à des gens enlevés par le SNR...En effet, au Burundi depuis 2005, "Alleluia" signifie "appartenant à Nkurunziza". Il n'y a pas que des hôtels, il existe aussi des équipes sportives "Alleluia". Chez Nkurunziza, on joue et on tue la Bible à la main.

Lambert Bitangimana est hutu. A 30 ans, il est mort étranglé dans la nuit du 22 au 23 avril 2017. Un accident de véhicule a été simulé par ses assassins, mais les traces de la corde sont restées dans sa gorge. Dimanche, un communiqué du porte-parole adjoint de la police l'a fait passer pour le chauffeur de l'Honorable Oscar Ntasano; mardi le porte-parole a rectifié qu'il s'agissait de Lambert Bitangimana. Sa famille n'a pas été informée officiellement du décès de Lambert; au contraire dès dimanche sa femme a été convoquée à expliquer au SNR la disparition de son mari. Elle n'a appris qu'elle était devenue veuve que mercredi matin. Le corps de Lambert Bitangimana n'a pas été remis à sa famille. De même, la famille n'a pas pu organiser le deuil car dès que la veuve a appris la mort de son mari, des éléments du SNR sont venus la chercher. La nuit, le tristement célèbre Mathias-Joseph Niyonzima alias "Kazungu" a fouillé la maison à la recherche de l'épouse de feu Lambert Bitangimana. Elle n'avait plus de choix, elle a fui le Burundi. Lambert s'était marié en décembre 2015, il laisse un bébé de 7 mois.

Il y a 45 ans, un jeune burundais de 8 ans a perdu étrangement son père Eustache Ngabisha. Hutu, ancien député et ancien gouverneur, (sûrement dans la trentaine) Eustache Ngabisha est mort étranglé par les services de sécurité de Michel Micombero en avril 1972. Sa famille n'a pas eu droit au deuil, a vécu des moments de desespoir et de pauvreté après cette disparition. Je ne sais pas si elle a eu l'occasion d'enterrer dignement le père de famille, mais nombre de familles hutu de l'époque n'ont jamais revu les leurs arrêtés par l'armée ou la milice. Son fils de 8 ans à l'époque s'appelle Pierre Nkurunziza et est devenu Président du Burundi en 2005. 45 ans après l'IKIZA, c'est lui qui inflige aujourd'hui les mêmes horreurs à de nombreuses familles. Des citoyens sont enlevés chaque jour, se font exécuter ou disparaissent carrément. Les familles n'ont pas droit ni aux corps des leurs exécutés par les sbires de Nkurunziza, ni au deuil. Hutu et Tutsi, opposants ou serviteurs comme Lambert Bitangimana ne cessent d'être victimes de cette barbarie sans nom. Dans 45 ans, le bébé de Lambert Bitangimana sera une grande personne, peut-être autant puissante que Pierre Nkurunziza aujourd'hui... Décidément, s'il n'y a pas de justice, il voudra probablement ressembler à Pierre Nkurunziza!

Chaque jour j'ai envie de demander à Nkurunziza: pourquoi as-tu tellement envie de ressembler à Michel Micombero? Et combien de morts te faudra-t-il pour comprendre que tu lui ressembles déjà?

Aux hutu, tutsi, ganwa et twa victimes de l'IKIZA de 1972; à toutes les victimes des tragédies burundaises et à leurs familles, j'adresse ma sympathie et ma solidarité. Notre génération a un devoir: mettre fin à ce cycle infernal, par la vérité et la justice.


Pacifique Nininahazwe, 29 avril 2017.

lundi 24 avril 2017

Hommage à l'écrivain burundais Sébastien Katihabwa une année après sa disparition

#Burundi Il y a une année disparaissait Sébastien Katihabwa. Un Homme, un patriote, un sage, un écrivain, un fervent défenseur de la culture burundaise. Une "bibliothèque" a brûlé le 24 avril 2016, comme dirait Hamadou Hâmpaté Bâ. Un grand homme s'est éteint, dans l'anonymat total, aussi simplement qu'il avait vécu.

Je ne me souviens plus dans quelles circonstances j'avais rencontré pour la première fois l'écrivain Sébastien Katihabwa, je pense que c'était au Centre Culturel Français de Bujumbura (CCF de l'époque). J'avais lu, dans mon adolescence, son recueil de nouvelles "Magume ou les Ombres du Sentier", il m'impressionnait par son humilité. Aussitôt que nous avons échangé, il est devenu un grand ami à moi et, très rapidement, au Focode Asbl. Il nous a souvent rendu visite et flattaient nos membres en les comparant à la génération des militants de l'indépendance. Quand il parlait, c'était avec une telle douceur et une telle sagesse qu'on avait envie de le supplier de ne pas s'arrêter. Il avait offert à notre école deux de ses livres "Magume ou les Ombres du Sentier" et la "Revanche du Destin". Nous garderons précieusement ces dons.

Sébastien Katihabwa avait initié l'association des écrivains du Burundi qu'il a continué à animer dans le dénuement, participait assidûment à l'animation des cafés littéraires comme "Samandari". Très attaché à la préservation de nos valeurs culturelles, il avait notamment participé au processus de réhabilitation de l'institution d'Ubushingantahe, aux côtés de l'Abbé Adrien Ntabona. Il avait un sens de l'honneur à la burundaise et méprisait la course effrénée aux richesses matérielles. L'Etat du Burundi n'a jamais compris la valeur des hommes comme Sébastien Katihabwa, les résultats on les voit par la déchéance morale dans la direction du pays. Le peu de richesses qu'il avait lui suffisait pour vivre, mais à lui seul il était tout un trésor. Je n'ai pas connu ses derniers moments, sûrement qu'il souffrait énormément de la crise actuelle.Le 24 avril 2016, un grand patriote burundais a terminé son parcours sur cette terre à 69 ans. Il est rentré en noble. J'espère que la postérité finira par reconnaître son oeuvre, à titre posthume comme souvent malheureusement.

Repose en paix cher Sébastien !

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Un extrait de "Magume ou les Ombres du Sentier" :

[...] il faut que tu le saches, si tu veux t'élever, te détacher du présent qui se meurt, tu devras en payer le prix. La société ne pardonne pas à qui veut émerger du cercle des tourneurs en rond. Elle est agacée, voire irriter. Tes faits et gestes seront interprétés avec zèle, d'une façon malveillante. La plus petite de tes faiblesses sera démesurément gonflée. Les gens s'évertueront à établir la vanité de ton entreprise, mettront en cause ta loyauté.

Des histoires rocambolesques seront inventées de toutes pièces et propagées, alimenteront leurs commérages dans le but de te saper le moral, t'éloigner de tes amis et te couper de tes branches. bref, en n'adhérant pas à la folie collective ambiante, c'est toi qui sera traité de fou.

Mais si tu te tiens ferme, tu finiras par te faire respecter en te montrant ferme et déterminé dans toutes les circonstances et toutes les sphères. Au milieu des conflits d'intérêts et des difficultés entrecroisées, va, la tête haute mais sans étourderie, toujours droits aux faits. Ne cherche pas l'unanimité, ne crains pas de te faire des ennemis sur le chemin de ta droiture.

Tu dois éviter la complaisance et la compromission avec tout venant. De toutes les façons, ne t'en fais pas, pendant que les troupes du mal utiliseront leurs armes basses pour te punir pour avoir agiter leurs mauvaises consciences, les agents anonymes du bien, où qu'ils seront, se joindront à ton action.
Ta persévérance finira aussi par te faire gagner la partie passive qui se ralliera tôt ou tard à toi. Les graines que tu auras semées, sans même le savoir, dans le sillon des cœurs encore rocailleux, seront en train de germer, croître et former peut-être de grands ficus dressés et dominant cet espace apparemment monotone, insouciant, voire hostile.

Ne t'avoues jamais vaincu, même si les ennemis réussissent sur toi quelques coups. Considère cela comme la perte d'une bataille qui ne fera que te stimuler pour poursuivre la guerre. Car, pour un homme courageux, la chance et l'adversité sont comme sa main droite et sa main gauche. Il se sert de l'une comme de l'autre. Les incompréhensions, tu les rencontreras même dans ta famille. En effet, la famille est une société en miniature [...]

Sébastien Katihabwa (1990); Magume ou les ombres du sentier.

24-30 avril 2017: la semaine des tristesses au Burundi !

#Burundi La semaine des tristesses. Elle sera dure la semaine du 24 avril au 30 avril 2017, elle sera celle d'augubres souvenirs qui divisent les burundais.

- Mardi 25 avril ce sera le premier anniversaire de l'assassinat du Général Athanase KARARUZA, son épouse, un agent de sécurité et sa fille. La veille au soir, l'officier du SNR, OPC 2 Daniel NDABIGEZE avait été attaqué chez lui à Gatanguru et avait été grièvement blessé tandisque son épouse et son beau-frère ont laissé la vie dans l'attaque. Aucune lumière n'a été faite sur ces deux crimes.

- Mercredi 26 avril, ce sera le deuxième anniversaire du début des manifestations pacifiques contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Dès le premier jour, la répression de la contestation a été sanglante: deux ans après, on compte près de 3000 morts, environ un millier de victimes de disparitions forcées, plus de 8.000 prisonniers politiques, des milliers de victimes de torture et plus de 400.000 réfugiés.


- Samedi le 29 avril, ce sera le 45 ème anniversaire de la "crise de 1972" que certains nomment "evénements de 1972" et d'autres "génocide de 1972": une crise très grave qui aura fait plus de 300.000 morts, Hutu, Tutsi, Ganwa et Twa. La crise commence par une attaque d'un mouvement rebelle hutu, des massacres des familles Tutsi au sud du Burundi et entraînera une "répression aveugle" d'abord contre les monarchistes (dont le derneir roi du Burundi exécuté froidement à 24 ans et enterré dans une fosse commune jusqu'ici introuvable), ensuite contre l'élite Hutu (fonctionnaires, étudiants, ecclésiastiques, commerçants, militaires, etc). Disparitions forcées, exécutions sommaires, emprisonnements arbitraires, expropriation, stigmatisation... aucune lumière n'a jamais été faite sur ces crimes.

- Dimanche le 30 avril, ce sera enfin le 20 ème anniversaire de l'attaque du Petit Séminaire de Buta par des rebelles du CNDD qui tuèrent aveuglement 40 séminaristes ayant refusé de se scinder en groupes Hutu et Tutsi. 20 ans après, nombre des tueurs sont dans les instances du pouvoir, aucune lumière, aucune justice n'a été faite pour ces "martyrs de la fraternité".

La semaine s'annonce par de terribles manipulations du pouvoir. Deux axes de manipulations sont à l'ordre du jour: la criminalisation et l'ethnicisation de la contestation populaire et pacifique du 26 avril 2015, l'instrumentalisation politique et l'actualisation de la crise de 1972. D'un côté, Pierre Nkurunziza tente de faire croire que les manifestations de 2015 étaient violentes et s'opposaient au pouvoir Hutu comme s'il est plus hutu que Pierre-Claver Mbonimpa, Agathon Rwasa, Charles Nditije, Jean Minani, Frédéric Bamvuginyumvira, Léonidas Hatungimana, Sylvestre Ntibantunganya et plein d'autres leaders qui ont appuyé ou participé à la coordination des manifestations. D'un autre côté, Nkurunziza et les siens vont manipuler la mémoire des burundais sur la crise de 1972 en rappelant les nombreux crimes innommables de l'époque dans l'espoir de faire oublier les crimes ignobles en cours depuis le 26 avril 2015. Ils vont tenter de faire oublier que les jeunes que les services de Nkurunziza enlèvent, torturent et tuent tous les jours sont nés pour la plupart vingt ans après 1972 et qu'ils ne savent rien de cette époque. Ils vont absolument taire que parmis les opposants au troisième mandat de Nkurunziza, la majorité est faite des victimes de 1972 ! Mais surtout ils ne diront pas que Pierre Nkurunziza a bloqué, pendant une décennie, la mise en place consensuelle des mécanismes de justice transitionnelle: CVR et Tribunal Spécial.

Toutes ces dates noires de notre histoire nous rappellent le sang versé du peuple burundais (dans toutes nos diversités). Nous avons besoin de la vérité et de la justice sur toutes ces dates, et bien d'autres. Et les crimes du passé ne compensent pas ceux d'aujourd'hui. Le moment est venu au peuple burundais de faire barrage aux pouvoirs de menteurs qui nous divisent et nous tuent depuis notre indépendance. L'heure de la dignité a sonné, ensemble crions: #SINDUMUJA !



Hier, le journal IKIRIHO de Pierre Nkurunziza a tenté de ternir l'image de Mutama Pierre-Claver Mbonimpa et, du coup, celle de la contestation populaire et pacifique. Mais j'aimerais lui dire que Pierre-Claver Mbonimpa est le symbole de la résistance courageuse du peuple burundais contre la tyrannie de Pierre Nkurunziza. La flamme de la résistance contre la tyrannie de Nkurunziza a été allumée le 26 avril 2015, elle ne s'éteindra pas. Je souhaite à tous mes compatriotes plus de courage et de lucidité au cours de cette semaine difficile !

mardi 18 avril 2017

Assassinat de Lydia NIBOGORA: le couple BUNYONI devrait être auditionné !

#Burundi 17 février - 17 avril, deux mois déjà depuis l'assassinat de Lydia NIBOGORA et rien n'est fait pour retrouver ses assassins. Menacé à son tour, son mari (et leurs deux enfants) a fui le Burundi il y a un mois. La police a feint d'enquêter sur le dossier : deux femmes employées à la REGIDESO et deux vigiles ont été détenus pour n'avoir pas alerté après l'enlèvement de Lydia Nibogora mais en réalité c'était pour se rassurer qu'ils ne connaissaient pas ses ravisseurs. Les derniers détenus ont été libérés le 10 mars. Depuis, personne n'est poursuivi pour le meurtre de Lydia Nibogora.
Lydia était connue comme une très grande amie des Bunyoni. Dans un premier temps elle était très proche de Hyacinthe Bunyoni avec qui elle partageait assidûment des prières. Puis elle est rentrée dans les bonnes grâces du Général Alain-Guillaume Bunyoni. On l'a souvent vue venir au service ou rentrer à la maison dans les jeeps du redouté général de Rutana. De ce couple, elle aurait eu tant et tant de secrets, y compris ceux de la fameuse cave de la résidence Bunyoni à Gasekebuye.
Peu avant sa disparition, les relations entre Lydia et la famille Bunyoni se seraient brusquement estompées. Lydia a par la suite vécu des moments de terreur, des peurs insoutenables et s'est réfugiée dans la prière. Son mari aurait même tenté de réconcilier sa femme et le couple Bunyoni, mais en vain.

Le 17 février 2017 vers midi, Lydia Nibogora a dirigé un moment de prière avec des collègues au bureau (Regideso). Peu avant 13 heures, elle devait rentrer à la maison pour un moment de sieste avant de participer à 16 heures à une répétition de la chorale francophone de l'église pentecôtiste de Ntahangwa. Elle n'est jamais revenue à la maison ; son cadavre sera retrouvé -ligoté et blessé à la tête - dans la soirée, à Kanyosha au Sud de Bujumbura. Un témoin a affirmé qu'elle était partie avec un véhicule dont les occupants semblaient être des connaissances puisqu'elles auraient longuement ri à son entrée.


La famille Bunyoni n'a pas participé aux obsèques de Lydia Nibogora ni aux soirées de deuil...

Le Focode Asbl a reçu des révélations hallucinantes sur ce dossier et poursuit l'enquête. Il est prêt à les fournir à une justice indépendante qui devrait auditionner notamment le couple Hyacinthe et Alain-Guillaume Bunyoni.

dimanche 16 avril 2017

Gaston Gahungu, un juste en prison à Gitega !

#Burundi Gaston Gahungu, le sage de #Songa est en prison depuis deux jours, au cachot de la police à Gitega. En janvier 2013, il avait reçu le Prix FOCODE du Bon Citoyen en raison de son courage exceptionnelle dans la protection de la population de sa colline. 2011 et 2012 avaient été des années terribles: plusieurs dizaines de militants de l'opposition, spécialement les militants du FNL et du MSD, avaient été victimes d'exécutions extrajudiciaires. À Gitega, un sous-commissaire provincial de la police, Michel Nurweze alias Rwembe (le rasoir), faisait la pluie et le bon temps. Mais, dans sa folie meurtrière, Rwembe avait connu échec cuisant sur une seule colline: Songa en Commune de Gitega. Un chef de colline - un vrai - avait résisté à Rwembe : Gaston Gahungu. 

Gaston Gahungu a même refusé d'obtempérer aux ordres de l'administrateur communal de Gitega qui lui demandait de collaborer avec Rwembe. Limogé quelques semaines plus tard, Gaston Gahungu a été soutenu par sa population qui, chose impensable à l'époque, a manifesté des semaines pour réclamer le retour du chef de colline. Face à ce soutien spectaculaire de la population, une poursuite judiciaire a été lancée par le Parquet près la Cour anti-corruption : Gaston Gahungu était accusé d'avoir collecté des taxes sans quittances. Inédit pour un chef de colline quand la Cour résistait à poursuivre nombre de corrompus bien connus et souvent dénoncés. La population de Songa a de nouveau dénoncé une machination contre l'ancien chef de colline.

Sept ans après les faits dont il serait accusé, Gaston Gahungu est de nouveau poursuivi par le même parquet. La présomption d'innocence ne joue pas pour lui: il est détenu au cachot depuis deux jours alors qu'il n'avait jamais refusé de comparaître devant la justice. Juste pour le déstabiliser et l'empêcher de continuer à être le protecteur de la population de Songa.

Pâques nous rappelle que les justes comme Jésus sont souvent en prison et les criminels comme Barabas en liberté. Mais Pâques témoigne que la victoire appartient aux justes en fin de compte. En cette Pâques de 2017, ma pensée va à l'Honorable Gaston Gahungu et à plein d'autres burundais qui souffrent les affres de l'injustice. Je leur dédie cette conviction : "quelle que soit la longueur de la nuit, le soleil finit par se lever".

À tous les miens, à mes compatriotes et à mes amis, joyeuse fête pascale !

vendredi 14 avril 2017

Disparition de Ferdinand Vyimana

#Burundi Où est Ferdinand Vyimana ? 33 ans, 10 mois de mariage, un bébé de 1 mois. Ferdinand Vyimana, résidant du quartier Gihosha (rural) à Bujumbura, s'est rendu en province de Rutana dans l'après-midi du 23 Mars 2017. Il avait rendez-vous à la SOSUMO (société sucrière du Moso) et il y est arrivé, dans sa voiture TI, à 16 heures. Il y serait parti avec une personne connue comme un membre du FNL et qui reste également introuvable. À la fin de son entretien à 16h30, il a repris le chemin retour et à pu converser au téléphone avec des proches. À 18 heures, ses téléphones ont été éteints et son WhatsApp a été déconnecté. Depuis, aucune trace du jeune papa. 

Selon des sources, la géolocalisation de ses téléphones montre que dans la même soirée, Ferdinand Vyimana a été à Bukemba, puis à Giharo avant de revenir à Bukemba. Son appareil a été de nouveau utilisé, avec un numéro Lumitel non enregistré, le 27 mars 2017, de 7 heures à 11 heures. Ce fut la dernière fois que son appareil téléphonique a fonctionné. Des soupçons pèsent sur le chef du SNR à Rutana, Jovin Cishahayo , autrement connu comme le "bourreau de Rutana".

Sympathisant du parti MSD, Ferdinand Vyimana avait déjà reçu des menaces de mort extrêmement graves et son petit-frère a pu s'échapper des geôles de Pierre Nkurunziza. Depuis 22 jours, la famille et les amis de Ferdinand Vyimana ne savent pas à quel saint se vouer : il n'y aucune trace de Ferdinand et de sa voiture.

lundi 10 avril 2017

Hommage à Antime BARANSHAKAJE

Antime BARANSHAKAJE n'est plus, un monument de la culture #Burundi-aise disparaît. Le Focode Asbl lui avait décérné le 8ème Prix FOCODE du Bon Citoyen en janvier 2014 en reconnaissance de son combat pour la conservation de la culture burundaise. Le célèbre tembourinaire octogénaire faisait l'uninamité des burundais et apparaissait comme le meilleur représentant de notre culture. Sa mort est une grande perte pour le Burundi.

En battant du tambour, il avait été le meilleur ambassadeur du Burundi dans tous les coins du monde. Le tambour pour lui, ce n'était pas que du folklore, c'était plutôt le symbole sacré de la Nation burundaise. Pour cette raison, il s'opposait à la nouvelle tendance de jouer du tambour dans des cérémonies de mariage ou autres festivités privées: "on ne dance du tambour qu'en présence du roi!", aimait-il rappeler. Le tambour devrait donc être le clairon du Chef de l'Etat burundais. Il parlait du tambour comme d'une femme et s'opposait à ce que la femme tape du tambour car elle n'aurait pas d'"umurisho".

Il était d'une lignée légendaire qui avait sauvé le Roi Mwezi Gisabo. Il était le gardien d'un grand secret sur le tambour burundais. Il avait constitué un sanctuaire du tambour chez lui à Gishora et rêvait de le voir reconnu et appuyé par l'Etat du Burundi. Maigre consolation, il décède après l'inscription du tambour burundais "INGOMA" au patrimoine culturel de l'humanité. Mais l'Etat a encore du mal à donner la place qu'il faut à la culture burundaise. Généralement, il faut un grand président pour reconnaître la valeur de la culture... Un grand président, nous l'attendons encore.
Un Grand est mort. Antime BARANSHAKAJE est un véritable héros national. Un monument, une avenue, une grande réflexion nationale sur l'INGOMA...c'est le minimum que je souhaite pour saluer son immense contribution au rayonnement de la culture burundaise.

Adieu Antime, repose en paix!

Paris, 10 avril 2017
Pacifique NININAHAZWE

dimanche 2 avril 2017

Disparition forcée de l'OPC2 Jérôme NDIKURIYO

#Burundi #Ndondeza OPC2 Jérôme Ndikuriyo. En quittant les Forces Armées Burundaises (FAB) en 1996 pour rejoindre les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), branche armée de la rébellion du CNDD-FDD, il avait tout sacrifié et voulait se battre pour la démocratie. Un adjudant des FAB, ce n'était pas n'importe qui en 1996; rejoindre une rébellion qui n'avait rien, c'était un acte de courage et de conviction. Trois ans plus tôt, Melchior Ndadaye, premier Président démocratiquement élu au Burundi, avait été assassiné par l'armée à majorité Tutsi, trois mois seulement après sa prise de pouvoir.. Cet assassinat rappelait à la majorité Hutu la grave tragédie de 1972. Des milliers de personnes arrêtées par les services de sécurité et qui n'ont jamais été retrouvées (donc des disparitions forcées), les exécutions extrajudiciaires, plusieurs fosses communes, des procès rares et iniques, un État sanguinaire, la terreur. Une petite clique de militaires avait pris le pays en otage et tous ceux qui s'opposaient à Michel Micombero étaient des "ennemis du Burundi ", "Inyankaburundi", "Abamenja". 1993 avait réveillé les vieux démons du Burundi. En 1996, Adjudant Jérôme Ndikuriyo a quitté l'armée qui avait "décapité la démocratie" et espérait que les FDD allaient libérer le Burundi et instaurer définitivement un système démocratique, un pays de justice. 4 ans plus tard, l'Accord d'Arusha a été signé et a jeté les bases d'un État de droit, d'un pays démocratique et réconcilié. Sur cette base, le mouvement de Jérôme Ndikuriyo, le CNDD-FDD a signé un accord de cessez-le-feu en 2003 et a largement gagné les élections générales de 2005. L'ancien adjudant des FAB est devenu officier dans la nouvelle Police Nationale du Burundi (PNB). Son dernier grade est OPC2, équivalent de Lieutenant-colonel dans l'armée.

Le 26 mai 2016, vers 21 heures, l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo rentrait à pieds de son bar "KWIBUYE" sis sur la RN1 à la Gare du Nord, à Kamenge, pas très loin de sa résidence à Gasenyi. Une camionnette du SNR (services secrets) l'a suivi discrètement et l'a doublé à moins de 100 mètres de chez lui, une deuxième camionnette était garée à quelques mètres de la première. Des personnes en uniforme de la police nationale et en tenue civile se trouvaient à bord des deux véhicules. Une personne dans la cabine de la première camionnette l'a appelé, c'était une voix connue. Aussitôt que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo a répondu à l'appel, des personnes à l'arrière de la camionnette ont sauté pour le saisir et l'embarquer de force. Le colonel a crié et a appelé au secours, il n'y avait personne pour le secourir. Les deux camionnettes se sont engagées, à toute allure, sur la route Bujumbura - Bugarama. Personne n'a plus revu l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo. Ainsi, un père de famille de 5 enfants, un officier supérieur de la police nationale, un grand combattant de la démocratie a brusquement disparu en moins de cinq minutes. Le lendemain, le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye a juste annoncé que la police avait une piste privilégiée : un conflit sur une parcelle à Gihanga. La police n'a même pas poursuivi la personne en conflit avec le colonel disparu. Des sources au SNR ont confié que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo aurait été exécuté et enterré à Mutimbuzi. Les deux camionnettes du SNR étaient sous la responsabilité de deux grands bourreaux : Mathias Niyonzima alias "Kazungu" et Mathias Nduwimana alias "Atiya".

Loin du "conflit foncier " brandi par la police, les proches de l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo sont convaincus qu'il a disparu à cause de ses convictions politiques. Il était opposé au troisième mandat inconstitutionnel de Pierre Nkurunziza. Son oncle et son demi-frère étaient déjà détenus à la prison centrale de Mpimba, accusés de participation aux mouvements rebelles. Jérôme Ndikuriyo avait reçu des menaces des responsables du CNDD-FDD à Makamba (sa province d'origine), de certains parlementaires de Makamba, et surtout de Reverien Ndikuriyo. On l'accusait de "frondeur" et de "putschiste". Oui, l'ancien adjudant n'avait pas changé, même devenu Colonel. Il tenait encore à l'idéal de la démocratie, de la réconciliation et de l'Etat de droit.

En disparaissant le 26 mai 2016, l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo a laissé un Burundi qui lui rappelle celui de 1972. Les prisons sont pleines à claquer, les procès sont rares et iniques. Plusieurs centaines de personnes arrêtées par les services de sécurité et aujourd'hui introuvables (disparitions forcées). Des milliers d'assassinats et d'exécutions extrajudiciaires. Plusieurs fosses communes. La milice Imbonerakure quadrille les quartiers et les villages, arrête et fait l'ordre, comme la JRR il y a 45 ans. Des centaines de milliers de réfugiés burundais dans les pays limitrophes. Une clique de généraux à la tête du pays et un système policier de terreur sur la population. Un président vénéré comme un dieu qui, lui seul, est devenu la démocratie et la patrie. S'opposer à Pierre Nkurunziza s'appelle devenir "ennemi du Burundi", "ennemi de la démocratie", "ennemi de Dieu" et "chien errant" (Mujeri). Ce que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo n'a pas su : comme en 1972, sa famille n'a pas droit au deuil, elle est très surveillée pour ça.

Trouvez les résultats de l'enquête du FOCODE sur cette disparition forcée en cliquant sur http://ndondeza.org/jerome-ndikuriyo/

mardi 28 mars 2017

APC Claude Nijimbere, un "tout puissant" caporal au service de Nkurunziza

#Burundi APC Claude Nijimbere alias "Matwi', un caporal de la garde de @pnkurunziza plus puissant que des officiers commandants d'unités.

Il est caporal, dans la police on dit APC. Son surnom est très connu: "Matwi" (les oreilles). Officiellement, c'est un simple agent de la police nationale (Matricule 03214) affecté à l'API (Appui à la Protection des Institutions) ou la version police de la garde présidentielle. Mais ce n'est pas qu'un caporal. A sa disposition, il a, du moins jusque très récemment, une camionnette pick-up et une garde d'au-moins six policiers. Parfois aussi, une moto et une voiture TI partagés avec des membres d'une équipe constitué en véritable escadron de la mort. Jusque très récemment, il avait loué une belle villa au chic quartier de Kigobe, non loin des bureaux de l'ANSS. Une aisance matérielle et financière, surtout une puissance, que lui envient des officiers. Il est également craint: son nom a été cité dans de nombreux crimes d'assassinats, de disparitions forcées, d'exécutions extra-judiciaires. Particulièrement dans l'assassinat de Zedi Feruzi et de la famille du journaliste Christophe Nkezabahizi. Son seul alter ego, dans le crime et dans la proximité avec Pierre Nkurunziza, s'appelle BPP1 Jonas Ndabirinde (Matricule BPN 1503). Nous reviendrons bientôt sur ce deuxième cas.


Le 08 mars 2017, nous avons été nombreux a être bouleversés par le témoignage de A.N., une jeune fille dont le père a été enlevé de chez lui, par des policiers, le 17 décembre 2015 à 19h30 et n'a jamais été retrouvé. Deux mois plus tard, le soir du 06 février 2016 alors qu'elle rentrait des cours du soir, la fille a été enlevée à son tour par les même policiers qui l'ont droguée et violée pendant trois jours. Violée par trois policers pendant trois jours tout en apprenant qu'elle allait mourir comme son père. Jetée dans la rue et laissée pour morte, elle a été reconnue par un taximan qui l'a ramenée à la maison le 09 février 2017. Traumatisée, réfugiée et soignée au Rwanda, A.N. a mis au monde un enfant issu de ce viol.

" ils étaient trois policiers policiers, mais un d'eux était en uniforme et les deux autres en tenues civiles. Ils nous ont commandé d'ouvrir la porte, faute de quoi ils allaient ouvrir le feu. Ma mère ne voulait pas ouvrir, mais mon père nous a ordonné d'ouvrir pour éviter la mort de ses enfants. Ils nous ont dit qu'ils cherchaient mon père et qu'ils le rameneraient.... Ma mère a tenté de résister, mais en vain. Ils l'ont amené et ils n'est jamais revenu. (...)
C’est en février [2016] qu'on m'a enlevée à mon tour en rentrant de l'école. J'étudiais en 9ème année [c'est-à-dire trois ans après l'école primaire]. Après la disparition de mon père, nous avions déménagé à la 10ème avenue de Buyenzi. Alors que je rentrais de l'étude du soir et que j'essayais de traverser la route au niveau du Foyer [de la Charité], j'ai vu une camionnette stopper devant moi et j'ai essayé de la contourner par derrière, on m'a attrappée et enlevée. Ils m'ont mise dans la camionnette et m'ont bandé les yeux. Arrivés dans leur maison, ils m'ont enlevé le bandeau et ils ont enlevé leurs cagoules. J'ai reconnu le quartier, c'était à Kigobe, près de l'endroit où les séropositifs récupèrent leurs médicaments [ANSS]. Ils se sont drogués, ils m'ont fait boire de l'alcool et m'ont fait des piqûres avec une seringue. (...) Ils m'ont violée pendant trois jour dans cette maison, chacun à son tour. J'ai pu reconnître un des trois, celui qui avait arrêté mon père. En me violant, il disait qu'il voulait que je retrouve mon père dans la tombe, c'est à ce moment que j'ai su que mon papa était mort. (...)
Ils m'ont violée jusqu'à ce je perde connaissance. Je ne sais pas comment je suis retournée à la maison (...). Quand j'ai repris conscience, ma mère venait de me ramener de l'hôpital. Puis, nous avons fui en province, parce que ma mère était recherchée à son tour. (...) Ma mère s'est arrangée pour me trouver discrètement des documents de voyage et je me suis enfuie au Rwanda. (...) Dès que je suis arrivée ici, j'ai raconté mon histoire au HCR et aux organisations de droits de l'homme. Ils m'ont amenée au centre de dépistage: je n'avais pas le SIDA, mais j'étais enceinte."
Témoignage à retrouver sur https://www.youtube.com/watch…

Qui est le père de cet enfant? Est-ce le "tout puissant" Caporal Claude Nijimbere? Est-ce l'APC Samson Nzohabonimana qui promettait à la victime de retrouver son père dans la tombe? Est-ce le troisième policier dont nous n'avons pas encore le nom?

Entretemps, Caporal Claude Nijimbere continue à gambader gaillardemment au palais de Nkurunziza, sous des airs de Rambo, parfois dans cette tenue inconnue de l'armée et de la police burundaise. Parce qu'il appartient à une autre armée parallèle, celle où les grades militaires n'ont aucun sens, là où compte seulement la fidelité à Nkurunziza et la férocité dans le crime. Oui s'il est caporal dans la police nationale, il est probablement général dans l'escadron de la mort au service de Pierre Nkurunziza. Jusque quand?

mercredi 22 mars 2017

Quand la justice burundaise s'incline devant Nkurunziza...


Quand un magistrat d'une haute cour s'incline ainsi devant Pierre Nkurunziza, cela s'appelle "indépendance de la justice" au Burundi.

 
La justice, c'est la plus grave maladie du Burundi depuis notre indépendance. Un cinquantenaire de crimes inouïs qui n'ont jamais été éclaircis, jugés. Déjà, notre indépendance commence dans le sang avec l'assassinat du Premier Ministre Louis Rwagasore le 13 octobre 1961; la justice ne saura pas dire toute la vérité. Moins de 4 ans plus tard, le 15 janvier 1965, un autre Premier Ministre et compagnon de Rwagasore, Pierre Ngendandumwe, tombe sous les balles; la justice ne dira jamais qui l'a tué. Son successeur Joseph Bamina périt dans le cycle des massacres et répression d'octobre 1965. La justice n'a pas su juger les "événements" sanglants de 1965. La dictature militaire de 1966 à 1993 a empiré la situation des juges qui ne sont devenus que de simples fonctionnaires placés généralemnt sous l'autorité du gouverneur de province et du responsable provincial de l'UPRONA. A un moment le ministre de l'Intérieur était à la fois celui de la Justice sous le régime Micombero. Le rubicon a été atteint en 1971 quand, dans l'affaire Ntungumburanye, les juges ont lu des arrêts sur de bouts de papiers rédigés la nuit précédente par un groupe influent d'autorités militaires et civiles. Certains membres des familles des prévenus se sont vu condamnés à de lourdes peines sans avoir eu à se faire convoquer ni à comparaitre devant le juge. Bien plus grave, la justice n' a rien dit face à la tragédie de 1972; ainsi 45 ans plus tard, les orphelins de l'époque l'utilisent comme un gourdin contre leurs adversaires. De même, la justice a été tantôt muette tantôt instrumentalisée face à l'assassinat du Président Melchior Ndadaye en 1993 et des massacres qui en ont suivi. la conséquence en a été une décennie horrible de guerre civile. La justice a toujours été du côté des puissants: les adversaires du pouvoir en place ont de tout temps été considérés comme des ennemis du pays à châtier tandis que les tenants du pouvoir étaient propres, très propres.

L'accord d'Arusha n'a rien changé à la situation de la Justice à part un soupoudrage éthnique asséné à cette institution. Si le siège d'hier était composé de magistrats tutsi pour lire les instructions d'un président tutsi, le siège d'aujourd'hui est généralement composé de magistrats hutu-tutsi pour lire les instructions d'un président hutu. Les sentances se ressemblent: injustes et nauséabondes de la même manière. Les juges sont nommés par le président de la république avec l'approbation d'un sénat complètement soumis aux volontés de l'exécutif. Le conseil supérieur de la magistrature est présidé par le président de la république secondé de son ministre de la justice tandis que la majorité du conseil est nommé par le même président. Les magistrats sont recrutés de manière occulte, généralement sur base du militantisme; le même critère prévaut dans la gestion de la carrière des magistrats. Le ministre de la justice fait et défait des carrières comme bon lui semble. Chez les magistrats, le Président Nkurunziza est "un dieu tout puissant" qui se fait vénérer comme on le voit sur la photo.

Cette justice soumise à Nkurunziza n'a pas pu juger la vente illégale de l'avion présidentielle en 2005, la torture de l'ancien Vice-président de la république Alphonse-Marie Kadege en 2006, les massacres des militants du FNL de Muyinga en 2007, l'assassinat d'Ernest Manirumva en 2009, les exécutions extra-judiciares des militants du FNL et du MSD en 2010-2012, etc. La Cour Suprême a jugé en catimini Pierre Nkurunziza le 08 juillet 2011 pour lui enlever une peine capitale qui lui pesait depuis le 11 février 1998. La justice a été incapable de dire à Nkurunziza qu'il n'a pas droit à un troisième mandat présidentiel et cela a entraîné la crise actuelle. Cette justice soumise est utilisée comme un instrument de la répression et de la limitation des libertés publiques en emprisonnant arbitrairement les opposants et en sévissant contre les organisations citoyennes. Encore une fois, la justice est incapable de juger les auteurs des crimes de disparitions forcées, de torture, d'assassinats et d'exécutions extra-judiciaires. Les puissants nagent dans une impunité totale. Les juges n'hésitent même plus à condamner des victimes de torture, incapables de se tenir debout devant eux, comme à Muyinga le 26 février 2017.

Ainsi vient cette image du 21 mars 2017: un juge chargé de vérifier l'utilisation régulière des comptes de l'Etat par Pierre Nkurunziza s'incline devant le même Nkurunziza! Comme un signe de respect des institutions disent certains. Comme si la justice n'est pas une Institution. A mon avis, Nkurunziza ne devrait pas trop se plaire d'une telle posture car le même juge s'inclinera de la même manière devant un autre dictateur quand il s'agira de juger Pierre Nkurunziza.

La réforme de la justice est plus qu'un impératif, un passage obligé sur le chemin de la démocratie burundaise.

lundi 6 février 2017

Sauvez l'Adjudant-chef Ildephonse Nimubona !

#Burundi #DossierMukoni Mobilisons-nous pour sauver l'Adjudant-chef Ildephonse Nimubona ! Malgré un état de santé préoccupant, Ildephonse Nimubona ne trouve pas de soins dans le dispensaire de la prison de Ngozi et n'a pas le droit de sortir pour se faire soigner en dehors de la prison. La responsabilité de la Ministre Aimée-Laurentine Kanyana sera engagée si le pire arrive au détenu Ildéphonse Nimubona.


L'adjudant-chef Ildéphonse Nimubona a été arrêté le 24 janvier 2017 au camp de Mutukura dans le cadre des enquêtes sur l'attaque du camp Mukoni. Comme la majorité des prévenus du #DossierMukoni, il a été torturé par des agents des services secrets (SNR) de Muyinga. Le 26 janvier 2017, sans aucune assistance judiciaire, il a été condamné à 30 ans de prison et à une amende de 5 millions de francs burundais dans l'un des procès les plus iniques de l'histoire du Burundi. Comme lui, 17 autres prévenus dont 7 militaires et un policier ont écopé du même châtiement sans que le juge arrive à démontrer la part de responsabilité de chacun des prévenus, tandisque les prisonniers présentaient des signes évidents de torture (certains ne pouvaient même pas se tenir debout). Ildephonse Nimubona a été transféré à la prison de Ngozi le 29 janvier 2017.

Suite aux coups reçus, une des fesses de l'Adjudant-chef Ildéphonse Nimubona est trouée et saigne beaucoup. Ce matin, il s'est présenté au dispensaire de la prison de Ngozi et l'infirmier lui a fait savoir qu'il n'avait pas de traitement pour lui. Pire, Ildephonse Nimubona n'a pas le droit de recevoir des soins en dehors de la prison. Chaque jour et chaque nuit, sa blessure s'aggrave et continue à saigner. Tout peut lui arriver s'il ne reçoit pas rapidement du secours.


La Ministre Aimée Laurentine Kanyana a réfuté la semaine passée que les prisonniers de Mukoni avaient été torturés. Leurs souffrances seraient du fait de la "poussière" et des "rats" des plafonds! Madame Kanyana portera l'entière responsabilité de tout ce qui arrivera à l'Adjudant-chef Ildéphonse Nimubona.

dimanche 5 février 2017

Les Pays-Bas accordent un 2ème moratoire sur les déportants des burundais!

#Burundi #Nederland Les Pays-Bas ont sorti cette semaine un 2ème moratoire sur les déportations des burundais demandeurs d'asile. Ainsi jusqu'au 1er juillet 2017, aucun burundais ne sera déporté des Pays-Bas vers le Burundi en raison de la situation sécuritaire qui y règne. Un premier moratoire de six mois était sorti en juin dernier et avait sauvé des burundais, dont certains quelques minutes seulement avant l'embarquement dans un avion retour.

Nos remerciements aux autorités hollandaises pour cette décision juste et pertinente. Je leur adresse un appel à régulariser la situation des demandeurs d'asile burundais qui fuient une tyrannie sans nom et je continue mon appel aux autres pays à faciliter le processus de demande d'asile pour des réfugiés burundais.



Vives félicitations à mon ami Adrien Rugambara pour son implication personnelle et à son équipe de la diaspora burundaise aux Pays-Bas pour tout le plaidoyer mené en vue de sauver leurs compatriotes. Il est des combats qui ne font pas du bruit mais qui sont très efficaces. Bravo Adrien !

samedi 4 février 2017

Une pensée pour Léonidas Nkeshimana exécuté dans la nuit du 27 au 28 janvier 2017

#Burundi Une pensée à Léonidas Nkeshimana, mon ancien collègue, horriblement exécuté la semaine passée.


Le matin de samedi dernier (28 janvier 2017), un corps sans vie, menotté et sans son pantalon, a été retrouvé à #Ngagara Quartier 10. La photo a fait le tour des réseaux sociaux, l'homme n'était pas identifié. Fait rarissime, l'administration a décidé que le corps soit déposé à la morgue de l'hôpital Roi Khaled. Une mort atroce: "l'homme avait visiblement été étranglé avec une corde, sa poitrine écrasée os après os, l'une des malléoles latérales (ijisho ry'ikirenge) broyée, des traces d'un objet ayant frappé la tête" selon un témoignage. 

Non loin de là, à Gatunguru, une jeune femme et trois enfants étaient anxieux : le père de famille n'était pas rentré et restait injoignable. Il s'appelait Léonidas Nkeshimana. La veille autour de 19 heures du soir, alors qu'il sortait d'un bus, il avait été enlevé par des gens à bord d'une voiture TI. Un modèle classique d'enlèvement des personnes par les services secrets de Pierre Nkurunziza.
Je connaissais Léonidas Nkeshimana depuis quelques années. De 2010 à 2012, je l'ai quotidiennement côtoyé à la COSOME (Coalition de la Société Civile pour le Monitoring Électoral) où il était Responsable des Programmes. Avant la COSOME, il avait presté au PSI-Burundi et dans une banque. Licencié en économie, Il avait également fréquenté l'Institut Supérieur des Cadres Militaires (ISCAM).

Léonidas Nkeshimana ne militait dans aucun parti politique. Un esprit libre qui pouvait dire tout ce qu'il pense, de manière tranchante. Il pouvait défendre obstinément son idée contre tous. Mais c'était un homme du bien. Un homme comme lui ne pouvait que s'attirer la colère des extrémistes du pouvoir Nkurunziza.



Méthodiquement, un à un, le régime Nkurunziza tue. Il sait que tant qu'on ne montrera pas des masses de cadavres, la condamnation internationale sera mesurée. Un à un, des burundais se font horriblement exécuter. Pour la simple raison qu'ils ont dit NON à la violation de la Constitution. Aucune enquête officielle ne suit, chacun attend son tour. Jusque quand ?
Léonidas Nkeshimana était né en 1964 en commune Vyanda de la Province Bururi. Paix à son âme, beaucoup de courage à la jeune famille qu'il laisse.

Pacifique Nininahazwe, 04 février 2017.

mardi 31 janvier 2017

#DossierMukoni : Aimée Laurentine Kanyana couvre les tortionnaires et s'en prend à Pierre Claver Mbonimpa

#Burundi #DossierMukoni Aimée Laurentine Kanyana prend fait et cause pour des tortionnaires et s'en prend à Pierre Claver Mbonimpa. Madame Kanyana est ministre de la justice de Pierre Nkurunziza. S'exprimant sur le procès de jeudi dernier à Muyinga, Aimée Laurentine Kanyana a réfuté catégoriquement hier que les prévenus avaient été torturés, allant jusqu'à avancer que les souffrances du caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse seraient le fait de la poussière et des rats du plafond de la maison où il s'était caché avant son arrestation. Que des gens soient condamnés en une journée à 30 ans de prison et sans aucune assistance d'un avocat, la ministre Kanyana estime que cela n'est pas grave et que ce sera corrigé en appel. Silence sur l'exécution de l'adjudant François Nkurunziza et de deux autres personnes non identifiées, rapidement enterrés sur ordre de l'administration de Muyinga. Aucune enquête en vue sur les allégations de torture. Kanyana sait tout à l'avance, et tout est bien!


Dans une interview donnée à RFI, Aimée Laurentine Kanyana s'en est pris ensuite, dans des termes graves et méchants, à Pierre-Claver Mbonimpa, le célèbre défenseur de droits humains qui ne demandait que des soins à procurer aux victimes de torture et rappelait la nullité des aveux obtenus sous torture.
Réponse de Kanyana sur RFI:
"Personne n'a été malmenée, ils ont été traités d'une façon humaine. Cet homme qui se dit défenseur des droits de l'homme, il ne faut pas qu'il continue à victimiser certains burundais en leur montrant qu'ils seront toujours dégagés de leur responsabilité. Il a trompé les jeunes burundais; ils croupissent en prison; il est à l'étranger et il continue à les victimiser... ça s'est pas vraiment honnête, qu'il le sache!"
Des propos graves. D'une part, elle reconnaît que son gouvernement détient injustement et de ma nière indigne ("qui croupissent") des jeunes en prison qui auraient été "trompés". D'autre part, elle feint d'ignorer les raisons de la présence de Mbonimpa à l'étranger. Mbonimpa est là pour se faire soigner après une tentative d'assassinat tandisque que les auteurs de ce crime n'ont jamais été poursuivis par la justice d'Aimée Laurentine Kanyana.

Le journal en ligne SOS Media Burundi a rapporté mot par mot les mots de Madame Kanyana:

Question de la presse - Il y a une dizaine de personnes qui ont été condamnées à trente ans de prison dernièrement à Muyinga, une peine que certains considèrent comme lourde, on dit qu’elles ont volé. Qu’ont-elles volé au juste ?

Réponse de la ministre - "Ils étaient accusés de tentative de vol à main armée en bande organisée. Et le juge a constaté que c’était vrai. Il est vrai qu’ils n’avaient pas encore soutiré aucun bien mais l’intention était là, ils avaient commencé l’exécution de l’infraction, donc l’infraction était déjà consommée".

Q - Certains des militaires arrêtés n’étaient pas à Muyinga, l’un était à Gitega, un autre à Ngozi. Comment peuvent-ils participer à un vol commis à Muyinga alors qu’ils n’étaient pas sur place ?

R - "Ça peut arriver. Lorsqu’on organise un crime comme celui-là, c’est tout à fait normal qu’il y ait des planificateurs, ceux qui donnent des moyens matériel et financiers, ceux qui contribuent à l’espionnage. Il y a toute une planification de l’opération, même de l’extérieur, on peut planifier un crime qui va se commettre au Burundi".

Q - Un juge est normalement censé garantir le droit. Or les informations que nous avons font état de personnes qui ont comparu avec des signes de torture, certains ne pouvant même pas se mettre débout. Est-ce qu’il est normal qu’un juge puisse entendre des personnes dans un tel état ?

R. "D'après les informations que j’ai, il n’y avait aucun prévenu qui avait été torturé et l’audience était publique".

Q - Madame la ministre vous le dites justement, l’audience était publique. Et les témoins ont justement vu le caporal Fulgence Ndayikengurukiye qui ne pouvait pas s’asseoir ni se mettre debout. Que dites-vous ?

R. "Nous considérons les circonstances dans lesquelles ce monsieur a été arrêté. Je crois que c’est tout à fait normal qu’il ait un malaise. Imaginez quelqu’un qui est resté dans le plafond d’une maison des heures et des heures, détenant des fusils et grenades, il n’était pas à l’aise. Et vous savez à l’intérieur du pays, dans des plafonds il y a de la poussière, il y a des rats. Et puis aussi quand il devait quitter ce lieu là il devait tomber à partir du plafond, tout cela pouvait créer un certain malaise de sa part….. et puis aussi il y a les circonstances dans lesquelles d’autres ont été arrêtés. Ils étaient entrain de courir, tentant de se sauver, quand ils tiraient ils étaient dans un endroit de roche".

Q - Et pourquoi est ce qu’on leur a refusé l'assistance d’un avocat ?

R - "Heureusement, il y a encore une voie de recours. Ils pourront interjeter appel et demander à ce qu’ils puissent être assistés par un avocat".

Fin de l'entretien.

Les propos d'Aimée Laurentine Kanyana me rappellent une anecdote africaine. Un ami d'un président africain lui avait demandé la faveur d'être nommé Ministre du Pétrole.. Et le Président de s'étonner:
- Ministre du Pétrole alors que nous n'avons pas de Pétrole?
- Pourtant, Monsieur le Président, vous avez nommé un ministre de la Justice!

lundi 30 janvier 2017

Après Lassalle, voici Delahousse !

29 janvier 2017

Comme Jean Lassalle sur les crimes commis en Syrie, Laurent Delahousse doute, lui aussi, de la réalité des crimes commis au Burundi.


On a assisté récemment dans l’émission de Ruquier, «On n’est pas couché», à une scène surréaliste : Jean Lassalle, de retour de Syrie, est interrogé par Yann Moix et Vanessa Burggraf : «Est-ce que oui ou non vous croyez que Bachar el-Assad a gazé des populations?». Réponse de Lassalle devant un public interloqué : «Je ne sais pas. Sur les gazages, je ne sais pas. (…) J’ai cru que les bombardements étaient avérés. (…) Maintenant j’ai beaucoup de doutes… (…) Il (Bachar) m’a dit : ‘Si j’avais fait cela, est-ce que vous pensez que je pourrais rester à la tête de mon peuple ?»

Loin, bien loin des projecteurs des caméras parisiens, l’Ambassadeur de France au Burundi, pays également martyrisé par son tyranneau local, vient d’accorder une interview dans la même veine, à un site web pro-gouvernemental. Titre de l’entretien : «Ambassadeur Laurent Delahousse : ‘Je me sens en sécurité dans ce pays’». Pour info, le jour même de la publication de cette interview, plusieurs cas d’arrestations, de tortures et de disparitions répertoriés au sein de l’armée burundaise, des corps sans vie retrouvés, jetés dans les rues et les eaux du Tanganyika.

Et pour rappel, à ce jour, depuis le 25 avril 2015, on comptabilise, dans ce petit bout de terre perdu au cœur de l’Afrique, des centaines de personnes assassinées (au moins 2.000 morts déjà), des centaines d’autres portées disparues, des milliers de prisonniers, de multiples cas de torture et de viol et plus de 350.000 réfugiés dans les pays voisins. Et l’air quotidien est saturé non pas de légèreté et de joie de vivre, mais de discours nauséabonds, haineux propagés par les partisans du régime via les voies officielles et officieuses, des discours n’hésitant pas à traiter les Tutsis de mujeri – chiens errants – responsables de tous les maux du Burundi et qualifiant les démocrates Hutus, de traîtres.

La tragique réalité est bien celle-là : le Burundi est devenu au fil des mois, un pays clos sur lui-même, interdit aux médias internationaux, interdit aux observateurs des droits de l’homme, un pays où tout citoyen peut être arrêté, torturé, assassiné pour délit de faciès, délit de naissance ou délit d’opinion.
Alors au regard de ces faits, si les propos attribués à l’Ambassadeur s’avèrent véridiques et non-traficotés par le site ayant réalisé l’entretien, si ces propos sont entièrement authentiques, ils sont tout simplement scandaleux et indignes d’un représentant d’une puissance qui se veut démocratique.

Car que dit M. Delahousse ? Il doute. Comme Lassalle, il doute, lui aussi, de la réalité des crimes commis ; il doute de leur nature ; il doute de la véracité des rapports publiés sur les violations des Droits de l’Homme par les différentes organisations internationales (FIDH, Human Rights Watch, Amnesty International) ; il doute de la véracité du rapport des experts des Nations Unies. En vérité, il fait plus que douter : le verbe alambiqué, il reprend en écho la propagande du régime burundais et l’avalise. D’une pierre, il fait deux coups : d’un côté, il décrédibilise le travail des organisations internationales de défense des Droits de l’Homme et de l’autre, du même coup, donne du crédit au discours des tueurs de Bujumbura, discours mâtiné d’une grosse dose de complotiste aiguë et qualifiant à tout-va de fable, les rapports des organisations internationales documentant les crimes commis par le régime.

La question qu’on est alors en droit de se poser est la suivante : ces propos sont-ils ceux d’un diplomate à la raison en défection sous l’effet de la chaleur des Tropiques ou plus grave, plus inquiétant la traduction, l’expression fidèle d’une ligne politique, officielle, française, non assumée publiquement jusque-là, par rapport au régime burundais ? Une ligne politique et diplomatique visant désormais à rendre fréquentable le régime de Bujumbura et à relativiser ses crimes ? Ou alors M. Delahousse énonce-t-il tout haut, et ce à titre personnel, ce que certains milieux de l’hexagone obnubilés par leur haine des Tutsis du Rwanda murmurent tout bas dans les coulisses ? Des milieux négationnistes impénitents, connus pour leur détermination à sauver du naufrage le régime de Bujumbura, prompts en conseil communicationnel et stratégique, jouant les agents d’influence et les propagandistes chocs d’un régime représentant à leurs yeux, une potentielle et précieuse base-arrière dans leur douteux combat contre Kigali.

N’empêche : les propos de Laurent Delahousse demeurent énigmatiques car comment comprendre cette sortie médiatique d’un diplomate au bord de présenter des excuses sur le rôle actif joué par la France dans l’adoption de la résolution des Nations-Unies sur le Burundi, rôle qui n’aurait été selon notre cher Ambassadeur, que celui d’un «pen holder» conciliateur? Comment un diplomate de carrière, représentant un Etat qui se proclame mère-patrie des Droits de l’Homme peut-il également, péremptoirement, affirmer que son rôle bien compris est de «rabibocher» les relations entre Paris et le régime des tueurs de Bujumbura : «L’expérience que j’ai acquise au Zimbabwe dans ce travail de décrispation des relations, de contribution à recréer les conditions d’un travail commun, du contact, de la confiance, je veux absolument l’utiliser ici au Burundi pour contribuer à rabibocher en quelque sorte nos gouvernements».

Mais qu’importent en définitive les raisons de Delahousse, le fait est qu’au regard du rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda, Paris ne peut pas se permettre aujourd’hui d’avancer le pas oblique, la démarche ambiguë au Burundi, disant un jour une chose et le lendemain, son contraire; faisant avec la main gauche, une chose et avec la main droite, tout l’inverse. Je dirais même que la France doit être exemplaire dans le rejet de toute dérive génocidaire. Or les propos prêtés à l’Ambassadeur ne vont pas, hélas, dans ce sens. Ces propos de M. Delahousse – propos sommaires, équivoques, malavisés – ont simplement honteux et jettent de nouveau l’opprobre sur l’image de la France dans la région des Grands-Lacs.

Par David Gakunzi

http://laregledujeu.org/2017/01/29/30753/apres-lassalle-voici-delahousse/

dimanche 29 janvier 2017

#DossierMukoni: le pouvoir disperse les prévenus après l'appel à leur identification!

#Burundi #DossierMukoni Le régime @pnkurunziza s'empresse de disperser les militaires arrêtés après l'appel de leur identification lancé hier par le #FOCODE. Au moins 12 militaires et policiers détenus à la prison de Muyinga ont sorti ce matin pour être dispatchés dans plusieurs prisons du pays dont celles de Ngozi, Muramvya, Mpimba et Rumonge. Cette décision est d'autant plus surprenante que, selon RFI, seuls sept détenus de ce groupe avaient été présentés au juge jeudi dernier. Si c'est le cas, au moins cinq des détenus transférés ailleurs n'ont pas plaidé devant le juge et ceux qui ont été jugés n'ont pas eu l'occasion d'interjeter appel. Nous craignons que cette décision est prise dans l'intention d'empêcher l'identification des militaires exécutés après leur arrestation. En effet, du moment que le groupe n'est plus ensemble, il ne sera pas aisé de découvrir ceux qui ont disparu!
 

Un autre constat macabre: tous les militaires ont été torturés par des agents de la police et du SNR. Des récits horribles ont été faits au FOCODE indiquant que les détenus ont été attachés à des arbres dans la forêt et battus impitoyablement. Presque tous les détenus présentent les traces de ces tortures, certains nécessitent encore des soins. Selon plusieurs sources un cadre du SNR à Muyinga aurait supervisé la torture des prévenus: monsieur Gérard Ntakirutimana. Les informations qui proviennent des quatre prisons qui viennent de recevoir ces prisonniers signalent de manière alarmante que les arrivants sont dans un mauvais état. L'administration pénitentiaire de Muramvya aurait refusé de recevoir des détenus en très mauvais état et n'aurait accepté que l'Adjudant Félicien Harerimana. Selon les mêmes informations:
- un seul prisonnier du groupe est resté à Muyinga: caporal-chef Richard Nkurunziza.
- Trois sont à la prison de Ngozi: Major José Runyange, Adjudant Ildéphonse Nimubona et Adjudant Ernest Nzojiyobiri.
- Caporal-chef Eric Ndagijimana alias "Soleil" vient d'être remis à la prison de Mpimba dans un état critique.
- Les caporaux Fulgence Ndayikengurutse et Ezechiel Havyarimana viennent d'arriver à Rumonge.
- Adjudant-chef Félicien Harerimana est à la Prison de Muramvya.
Nous savons pas encore le nombre de détenus remis à la Prison de Mpimba et si d'autres ont été envoyés à Gitega ou Rutana.

Voici la liste actualisée (parvenue au FOCODE) des militaires et policiers arrêtés dans le #DossierMukoni:
1. Major José Runyange arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mukoni. Il est détenu à la Prison de Ngozi.
2. Lieutenant Moïse Nimubona arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mukoni.
3. Adjudant Ernest Nzojiyobiri arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni. Il est détenu à la Prison de Ngozi.
4. Adjudant Félicien Harerimana arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni. Il est détenu à la Prison de Muramvya.
5. Adjudant François Nkurunziza arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni et remis à la police. Exécuté le 25 janvier et enterré avec deux autres corps non identifiés.
6. Adjudant Ildéphonse Nimubona arrêté mercredi 25 janvier 2017 au Camp Mutukura en Province Cankuzo. Il est détenu à la Prison de Ngozi.
7. Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse arrêté au Camp Mukoni mardi 24 janvier 2017. Jeudi il est resté couché dans la salle d'audience, il avait été torturé et privé de nourriture. Il est détenu à la Prison de Rumonge.
8. Caporal-chef Eric Ndagijimana alias "Soleil" arrêté mardi 24 janvier 2017 au 221ème Bataillon Commando de Gitega et transféré le lendemain à Muyinga. Il ne peut plus tenir debout à cause de la torture. Il est détenu à la Prison de Mpimba.
9. Caporal-chef Richard Nkurunziza du 22ème bataillon blindé de Gitega a été arrêté mardi 24 janvier 2017 sur une position militaire à Nyanzari. Transféré à Muyinga le lendemain, il a été torturé et aurait trois dents cassées. Il reste détenu à la Prison de Muyinga.
10. Caporal-chef Emmanuel Bizimana arrêté mercredi 25 janvier 2017 par des policiers et des Imbonerakure alors qu'il était en congé à Rumonge.
11. Caporal-chef Amédée Niyukuri arrêté mercredi 25 janvier 2017 au 312ème Bataillon Commando de Ngozi. Selon des sources, Amédée a été torturé avec un fer à repasser.
12. Caporal Ntahomvukiye (prénom inconnu) a été arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mutukura. Le caporal aurait tiré à mort sur le Major Dieudonné Karashira qui venait l'arrêter avant de se rendre.
13. Caporal Ezechiel Havyarimana. Il est détenu à la Prison de Rumonge.
14. Le policier Innocent Ndereyimana (équivalent caporal chef) arrêté le 25 janvier 2017 à Ngozi.
15. Caporal-chef Adelin Nkunzimana arrêté à Kirundo jeudi le 26 janvier 2017. Torturé nu selon ses proches.
16. Caporal Egide Ngomirakiza du Camp Mutukura arrêté mercredi 25 janvier 2017.
17-18. Deux autres corps qui seraient des militaires ont été trouvés à côté de celui de l'Adjudant François Nkurunziza.

Il importe de signaler également l'arrestation de l'Adjudant-major Elysée Nduwumukama vendredi soir 21 janvier 2017 à l'aéroport de Bujumbura alors qu'il rentrait de mission de paix en République Centrafricaine. Il est détenu à la police militaire de Bujumbura. Nous ne savons pas si son arrestation a un quelconque lien avec le #
DossierMukoni.

Il est important et urgent que les autorités burundaises communiquent sur la liste de tous les militaires et policiers arrêtés et leur situation actuelle.
Nous remercions ceux qui ont fourni ces informations. Nous sommes toujours à votre disposition sur whatsapp +25779910446.

samedi 28 janvier 2017

#DossierMukoni : FOCODE appelle à l'identification des militaires détenus

#Burundi #DossierMukoni Aidez-nous à connaître tous les militaires arrêtés et leur sort sur whatsapp +25779910446!
Dusavye uworonka amakuru ku basirikare bariko barafatwa n'amabi bakorewe kubiturungikira kuri whatsapp +25779910446

Au moins 18 militaires et policiers ex-FAB avaient été arrêtés jusque jeudi. Ils proviennent de plusieurs camps militaires et sont accusés de "vol à main armée" la nuit du 23 au 24 janvier 2017 à Mukoni. Certains ont été horriblement torturés, parfois dans la forêt, par des agents du SNR. D'autres ont été tués et enterrés à la va-vite sur ordre de l'administration, à l'instar de l'Adjudant François NKURUNZIZA. Sur les 18 militaires et policiers arrêtés, seuls 7 ont été présentés devant le juge jeudi 26 janvier 2017 à Muyinga. Ils ont été condamnés, sans aucune assistance judiciaire, à une peine de 30 ans de prison et à une amende trop élevée. Le procureur a annoncé que les arrestations vont se poursuivre dans plusieurs camps militaires. Tout se fait en catimini et l'armée ne communique aucune information. Le silence ne profite qu'aux tortionnaires. Mobilisons-nous, agissons pour que l'information sur ces arrestations soit connue.

Voici la liste des militaires arrêtés déjà parvenue au FOCODE:
1. Major José Runyange arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mukoni. Il avait été récemment muté du Camp Nyanza-Lac.
2. Lieutenant Moïse Nimubona arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mukoni.
3. Adjudant Nzojiyobiri (prénom inconnu) arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni.
4. Adjudant Harerimana (prénom inconnu) arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni.
5. Adjudant François Nkurunziza arrêté mardi 24 janvier 2017 au Camp Mukoni et remis à la police. Le lendemain, son corps criblé de balles a été trouvé à deux kilomètres du camp avec deux autres cadavres non identifiés. L'administration a ordonné leur enterrement sans en informer les familles. Leurs fosses seraient gardées par des Imbonerakure. François Nkurunziza avait été muté du Camp Bururi vers le Camp Mukoni en septembre 2016; en décembre il a obtenu le retour au camp Bururi mais n'avait jamais reçu de feuille de route pour l'exécution de sa deuxième mutation.
6. Adjudant Ildéphonse Nimubona arrêté mercredi 25 janvier 2017 au Camp Mutukura en Province Cankuzo.
7. Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse arrêté au Camp Mukoni mardi 24 janvier 2017. Les proches indiquent qu'il a été horriblement torturé et privé de nourriture. Son bras serait cassé. Jeudi devant les juges, il ne pouvait pas se tenir debout, il est resté couché à bas ventre dans la salle d'audience. Fulgence Ndayikengurutse avait été chauffeur dans la garde présidentielle BSPI avant d'être muté à Muyinga en 2015.
8. Caporal-chef Eric Ndagijimana arrêté mardi 24 janvier 2017 au 221ème Bataillon Commando de Gitega et transféré le lendemain à Muyinga. Ses proches indiquent qu'il a été horriblement torturé par des agents du SNR et qu'il ne tiendrait plus debout.
9. Caporal-chef Richard Nkurunziza du 22ème bataillon blindé de Gitega a été arrêté mardi 24 janvier 2017 sur une position militaire à Nyanzari. Transféré à Muyinga le lendemain, il a été torturé et aurait trois dents cassées.
10. Caporal-chef Emmanuel Bizimana arrêté mercredi 25 janvier 2017 par des policiers et des Imbonerakure alors qu'il était en congé à Rumonge.
11. Caporal-chef Amédée Niyukuri arrêté mercredi 25 janvier 2017 au 312ème Bataillon Commando de Ngozi. Selon des sources, Amédée a été torturé avec un fer à repasser.
12. Caporal Ntahomvukiye (prénom inconnu) a été arrêté jeudi 26 janvier 2017 au Camp Mutukura. Le caporal aurait tiré à mort sur le Major Dieudonné Karashira qui venait l'arrêter avant de se rendre.
13-14. Deux autres corps qui seraient des militaires ont été trouvés à côté de celui de l'Adjudant François Nkurunziza.

Il importe de signaler également l'arrestation de l'Adjudant-major Elysée Nduwumukama vendredi soir 21 janvier 2017 à l'aéroport de Bujumbura alors qu'il rentrait de mission de paix en République Centrafricaine.
Il est important que tous les cas soient connus et communiqués rapidement. Nous demandons à toute personne qui détiendrait une information y relative de nous l'envoyer au +25779910446 (whatsapp seulement).

Turashimiye abadushikirije amakuru ajanye n'ifatwa ry'abasirikare ririko riraba. Mu gihe Umushikirizamanza w'i Muyinga yemeza ko hagiye gufatwa n'abandi benshi, dusavye uworonka amakuru y'abafashwe ko yoca ayaturungikira kuri +25779910446 (whatsapp gusa). Kubika ibanga ku bariko barafatwa n'ugukamira mu coze abariko barabatoteza!

Torture du Caporal-chef Fulgence Ndayikengurukiye

#Burundi #DossierMukoni Les proches du Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse appelle au secours. Après son arrestation le 24 janvier 2017 à Muyinga, Fulgence Ndayikengurutse a été horriblement torturé. Le lendemain, mercredi 25 janvier 2017, il a comparu devant le Tribunal de Grande Instance de Muyinga: il ne pouvait même pas tenir debout et il n'avait pas reçu de nourriture depuis son arrestation. Durant toute l'audience, il était couché à bas ventre devant le siège des juges. Le juge n'a posé aucune question sur cette situation. Fulgence Ndayikengurutse a juste demandé le droit d'être assisté par un avocat, le juge a plutôt noté que le prévenu avait refusé de plaider!

L'alerte de la famille est ainsi libérée en Kirundi
"Hari umusoda bashaka kwicisha inzara muri barya b'i Muyinga. Yagiye kuburana adashobora no guhagarara. No muri sentare yavuze ko hari itegeko ko ataco gufungura na kimwe kimushikira. Yitwa Fulgence Ndayikengurutse. Ejo (25/01/2017), abandi baburana aryamye muri salle d'audience kubera torture. Nta sentare vraiment yemera kuburanisha umuntu ameze uko nugu cautiona torture. Yaranse kuburana asaba ko yobanza kurondera uwumuburanira barabimwankira".

Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse est chauffeur du Commandant de la 4ème Région Militaire. Avant d'être muté à Muyinga en 2015, il était chauffeur dans la BSPI, la garde présidentielle de Pierre Nkurunziza. Il a été arrêté dans le cadre d'une vague d'arrestation de plusieurs militaires et policiers ex-FAB en cours depuis mardi dernier.

Je lance un appel à la CICR de tenter de secourir Fulgence Ndakengurutse et d'autres militaires torturés comme lui.
 
Pacifique Nininahazwe, 28 janvier 2017