vendredi 18 août 2017

Elie Kwizera, un milicien Imbonerakure de Gitega assassiné

#Burundi L'horreur. Le corps sans vie du milicien Imbonerakure Elie Kwizera, 29 ans, a été découvert avant hier en province de Karuzi. Il était introuvable depuis samedi 12 août 2017. Pourtant responsable des Imbonerakure sur une bonne partie de la ville de Gitega (de Masanganzira, Rutonde à Songa) et informateur du Service National de Renseignement, Elie Kwizera a été déclaré comme un inconnu par le commissaire provincial de la police à Karusi et sa disparition n'a pas préoccupé la milice Imbonerakure de même que son parti CNDD-FDD.

Le mariage d'Elie Kwizera était prévu en décembre prochain, sa pré-dot dans deux semaines, soit le 02 septembre 2017. Samedi matin il aurait dit qu'il allait faire du sport. Autour de midi, sa fiancée s'est rendue chez lui et a trouvé les affaires de son fiancé sens dessus dessous, c'est elle qui les a arrangées. Personne n'a plus revu Elie Kwizera. Quand elle a appris la découverte d'un corps sans vie à Karusi, elle s'est précipitée, avec un membre de sa famille, à la morgue de Karusi. C'est là qu'elle a découvert l'horreur: le corps était bel et bien de son fiancé, Elie Kwizera.
Mercredi, 16 août 2017. Le journal en ligne SOS Media Burundi a rapporté la découverte de ce corps inconnu:
"Un corps a été découvert ce matin, dans la rivière Ndurumu séparant les communes Buhiga et Bugenyuzi (province de Karusi, au nord-est du pays). Selon le commissaire provincial de la police à Karusi, Donatien Bizimana, ce cadavre était emballé dans un moustiquaire, les mains et pieds liés avec une corde. Le corps n'a pas été identifié. Il a été conduit à la morgue de l'hôpital de Karusi, indique le commissaire de police. Selon certains habitants de cette localité, cet homme aurait été tué ailleurs puis jeté dans la rivière Ndurumu."

Elie Kwizera était né en 1988 dans la commune Buraza en province de Gitega. Rescapée des massacres de 1993, sa famille réside dans le site des déplacés de Buraza. Nombre des siens n'avaient jamais compris son adhésion dans la milice Imbonerakure. Il disait que c'était son seul moyen de se protéger. De 2014 à 2016, il avait séjourné au Sud-Soudan, pour "une mission du renseignement burundais" selon certains, pour des affaires selon d'autres. Depuis son retour au Burundi en 2016, il travaillait au "Gym-Tonic Chez Karim" à Gitega selon ses proches.

Ainsi Elie Kwizera figure désormais sur une longue liste de miliciens Imbonerakure, très actifs dans la délation des opposants et liés au SNR, assassinés ou disparus ces derniers jours. Leurs morts ont quasiment en commun de ne pas préoccuper leurs dirigeants, les leurs restent dans la peur. Les proches d'Elie Kwizera craignent ses funérailles et se demandent si le SNR ne sera pas là pour les surveiller. Qui tue les Imbonerakure de cette façon atroce et pour quelle raison? Et pourquoi le CNDD-FDD ne s'en préoccupas pas? Ceux qui restent dans la milice devraient sérieusement commencer à se poser ces questions.

La seule faveur laissée à Elie Kwizera est qu'au moins son corps a été déposé à la morgue de Karuzi, qu'il n'a pas été enterré à la va-vite. Ainsi il a pu être identifié par les siens et il sera inhumé dignement. Nous nous abstenons de publier l'image horrible de son corps à sa découverte.

Pacifique Nininahazwe.

mercredi 9 août 2017

"Sinzi ivyo ndimwo" ou la dernière opération d'un Imbonerakure.

Le 11 août 2016, Abel Ahishakiye, milicien Imbonerakure de Muramvya, a écrit un dernier message à ses proches: "sinzi ivyo ndimwo" ou "je ne sais pas dans quelle affaire je suis embarqué". Il avait peur. Il avait reçu un appel des ses patrons du SNR et il venait d'embarquer à bord d'une belle Jeep aux vitres teintées, pour une destination jusqu'ici inconnue. Certaines sources affirment qu'il aurait passé par la permanence nationale du parti CNDD-FDD. Il était fier, puissant, craint. Trois semaines plus tôt, il avait participé à une opération très importante: il avait réussi à piéger le journaliste d'Iwacu Jean Bigirimana, introuvable depuis le 22 juillet 2016. Il ne savait pas que, en guise de récempense, une dernière opération l'attendait: celle de sa propre disparition.

Le 22 avril 2017, autour de 21 heures, le milicien Imbonerakure Lambert Bitangimana a écrit un dernier message à son épouse: "nsengera" ou "prie pour moi". La femme a rappelé le numéro de son mari qui a juste pu décrocher mais n'a rien dit, la femme a entendu son mari crier "muntwaye he, nabagize iki?" (où m'emmenez-vous, qu'est-ce que je vous ai fait?). La veille autour de 23 heures, Lambert avait reçu un appel du Major Noël Banyiyezako, officier chargé du renseignement au palais de Pierre Nkurunziza, qui lui demandait de se rendre illico à Ngozi pour une mission très urgente et très "bénéfique". Le lendemain, très tôt le matin, il était dans le premier bus Bujumbura-Ngozi. Arrivé à Ngozi, il a été logé et nourri toute la journée dans un très bel hôtel en attendant la dernière opération de sa vie. A 21 heures, il a été arrêté brutalement par des agents du SNR Ngozi. Le lendemain, son corps étranglé était à côté du véhicule de l'Honorable Oscar Ntasano à Muyinga. La police n'a jamais remis le cadavre à la famille, sa femme et son bébé de 7 mois ont pris le chemin de l'exil alors qu'ils étaient recherchés par le tristement célèbre Kazungu. Le 20 avril 2017, soit deux jours avant son assassinat, Lambert Bitangimana vait su piéger l'Honorable Oscar Ntasano avant sa disparition forcée.
 

Famili Ngendakuriyo avait servi dans beaucoup d'opérations du SNR. Il était fier, courageux, puissant. Il aimait la vie. Le 03 août 2015, il a reçu la mission de tirer sur Pierre-Claver Mbonimpa et il l'a fait même si "Mutama National" n'en est pas mort. Trois mois plus tôt, sa photo, en tenue militaire alors qu'il tirait à balles réelles sur des manifestants de Mutakura, avait fait le tour des réseaux sociaux. Parmi ses amis, il était devenu presqu'un héros: il cassait du "Mujeri", il était le meilleur des militants de "Mutama Nkurunziza". Pourtant, début septembre 2015, il ne savait plus à quel saint se vouer. Il sentait sa mort venir et sollicitait le secours de Pierre Claver Mbonimpa sa victime. Il a finalement réalisé que celui qu'il prenait pour ennemi à abattre, c'était plutôt lui le véritable ami des mauvais jours. Malheureusement, Mbonimpa était si loin, sur un lit d'hôpital et ne pouvait rien pour le sauver. Le 30 septembre 2015, il a été abattu par balles à Kinama. La police lui a juste réservé un tweet. C'était sa dernière opération.
 

Le 25 mai 2017, Eddy Uwimana, milicien imbonerakure très actif de Musaga, a reçu un appel de son collègue Pascal Minani alias Mabiya: une opération très importante l'attendait et il devait recevoir les instructions à la barrière municipale de Kanyosha. La barrière était tenue par deux Imbonerakure qu'il connaissait très bien: Mabiya et Samson Manirambona. Arrivé sur les lieux, Eddy Uwimana a appris qu'il devait appeler son ami et collègue Aimé-Aloys Manirakiza alias "Musaga" parce que l'opération était commune. Aussitôt que "Musaga" est arrivé, les deux miliciens ont été ligotés et remis au Brigadier Jonas Ndabirinde de la garde présidentielle. Musaga et Eddy étaient très puissants à Musaga: ils avaient le pouvoir de dénoncer, d'arrêter, de voler et de tuer. Ils étaient les bras droits du Major Pascal Minani alias "Mababa", commandant du Camp Muha et coordinateur de la répression dans les quartiers sud de la ville de Bujumbura. Ils étaient également très liés au Maire Freddy Mbonimpa et au député Lewis Niyongabo. L'avenir était prometteur. La "grande opération" du 25 Mai 2017 s'est révélée n'être qu'un guet-apens: ils auraient été conduits au camp de l'API (unité d'appui à la protection des institutions) à Ngagara Q.9 et auraient été exécutés dans la nuit. Le sort de leurs corps n'a pas été élucidé: soit incinérés, soit jetés dans une longue fosse "chez sebatutsi" à Kanyosha, selon les sources. Leurs familles sont restées dans la tourmente, l'épouse de "Musaga" est ardemment recherchée et menacée de mort. Il importe de signaler ici qu'une semaine avant la disparition de Musaga et eddy, trois de leurs collègues avaient été tués à la grenade: Audifax Ndayizeye, Cédric Kwizera et Ligan Harerimana.

Chaque Imbonerakure devait tirer une leçon de ces situations: il y aura une dernière opération, ce sera celle de son assassinat. Nkurunziza ne badinera pas en laissant des témoins gênants. A bon entendeur, salut !

Cliquez sur http://ndondeza.org/aime-aloys-manirakiza/ et lisez l'enquête du FOCODE sur la disparition forcée d'Aimé-Aloys Manirakiza, plus connu sous le pseudonyme d'Aimé Arakaza alias Musaga. #NDONDEZA.

vendredi 4 août 2017

Sauvez le Colonel Adrien Kadende !


Notre #Burundi a complètement perdu son âme! Le Colonel Adrien Kadende est en grave danger de santé, le pays joue avec sa vie.

Colonel Adrien Kadende
Echauffourées hier à la prison de Rumonge entre des prisonniers et des policiers. Les détenus réclamaient l'amélioration de leur nourriture. La police n'a pas hésité à tirer à balles réelles. des balles ont touché les hanches du Colonel Adrien Kadende, officier ex-FAB détenu depuis quelques mois dans cet établissement pénitentiaire. Son état est critique. L'hôpital de Rumonge a aussitôt ordonné son transfert immédiat à Bujumbura. Malgré cela, il a passé toute la soirée d'hier et la matinée d'aujourd'hui à attendre l'autorisation de son évacuation. Autour de 15 heures cet après-midi, l'ambulance transportant le Colonel Kadende a pu quitter Rumonge à destination de Bujumbura. Ouf de soulagement chez les proches et les amis du Colonel qui espéraient qu'enfin Adrien Kadende allait recevoir des soins.

17 heures environ. L'ambulance arrive à Bujumbura et trouve la route bloquée par la police à Kinindo. L'ordre est donné de passer par la prison de Mpimba pour l'enregistrement du détenu. Puis une camionnette de la police arrive, selon des proches, et ordonne au Colonel de quitter l'ambulance et de monter dans le pick-up. Arrivé à Mpimba, le directeur-adjoint ordonne l'incarcération du Colonel Adrien Kadende. Plus de 24 heures après avoir été gravement blessé par balles, le Colonel Kadende n'a toujours pas de soins. C'est inhumain !

La vie du Colonel Kadende est désormais dans les mains d'Aimé-Laurentine Kanyana, ministre de la justice, d'Emmanuel Ntahomvukiye, ministre de la défense et d'Alain-Guillaume Bunyoni. Tout ce qui arrivera au Colonel Kadende sera sur leurs têtes.

jeudi 3 août 2017

Burundi 03 août 2015- 03 août 2017. Deux ans après, Pierre-Claver Mbonimpa est en vie.

Quand je l'ai revu pour la première fois en septembre 2015, ses premiers mots étaient "Pacifique, j'ai pris ta balle". Et il le disait avec un sourire. Pourtant il souffrait encore, terriblement, des suites de la tentative d'assassinat du 03 août 2015. Rapidement il m'a raconté que l'homme qui avait tiré sur lui, Famili Ngendakuriyo, le suppliait de l'aider à quitter le Burundi. Famili était à son tour menacé de mort et savait que le seul qui pouvait l'aider c'était plutôt sa victime. Pierre-Claver Mbonimpa peinait de ne pas pouvoir l'aider. Même Famili, il voulait l'aider. Malheureusement, Famili a été abattu le 30 septembre 2015.


Cet homme a tant souffert; en réalité il est, à lui seul, le concentré des malheurs des burundais. C'est à peine qu'il a échappé aux tueries de 1972, des amis tutsi l'ont caché, ses amis ont péri, il a abandonné ses études et son rêve de devenir géomètre. En 1993, il était l'un des plus proches collaborateurs de Melchior Ndadaye dans sa marche vers la victoire, par moments il était son chauffeur. Quelques mois plus tard, c'est à lui que les militaires ont remis le corps du président assassiné. Avec amertume, Mbonimpa dit dans son livre récemment publié: "Nous avons reçu tous les corps sauf celui de Gilles Bimazubute. A ce jour, personne ne sait où son corps a été jeté." Plus tard, Mbonimpa s'est retrouvé injustement en prison, dans la même cellule que l'homme qui avait étranglé le président de la république. Son frère qui avait barré des routes après l'assassinat du Président Ndadaye a été tué par des militaires. Son père, hutu, est mort en exil au Rwanda. Sa mère, tutsi, a été assassinée dans un camp de déplacés internes à Vyerwa. Tout comme sa belle soeur et son neveu. Mbonimpa dénonce aussi, dans son livre, les massacres des tutsi de sa localité en 1993: "dans notre coin, les Tutsi et les Rwandais ont été regroupés au centre de négoce de Kiziba et tués. Dans ce seul coin, que je connais très bien, au moins 200 personnes d'ethnie tutsi ont été tuées après la mort de Ndadaye".

Son long séjour en prison lui a ouvert les yeux sur les injustices et les traitements inhumains de l'univers carcéral burundais. Il en est sorti sans amertume pour s'engager dans la lutte pour les droits des prisonniers et les droits humains en général. En 2005, l'ancien mouvement rebelle CNDD-FDD a gagné les élections, son propre fils était un officier du même mouvement. L'espoir suscité au départ a été de courte durée. Mbonimpa a découvert les massacres de Muyinga en 2006 et les a dénoncés avec un courage exceptionnel. Extraits de son livre: "Le CNDD-FDD ne me pardonnera jamais d'avoir fait connaître le crime qui devait passer incognito" (...) "Ce crime m'a fort marqué. Pour moi, c'est un crime fondateur qui nous a montré le visage que l'on ne connaissait pas, ou que l'on pensait avoir oublié de l'ancien mouvement rebelle.."

Et puis il y aura l'assassinat d'Ernest Manirumva en 2009, le plan "Safisha' contre les FNL après les élections de 2010, les formations paramilitaires des Imbonerakure à l'Est de la République Démocratique du Congo, etc. Il est retourné en prison en mai 2014 et en est sorti quatre mois plus tard grâce à un mouvement citoyen inédit "Campagne du Vendredi Vert", prélude de la contestation du troisième mandat de Nkurunziza, et à la mobilisation de la communauté internationale. En tant que leader du Mouvement Halte au Troisième Mandat, il a été blessé de deux balles à la tête le 03 août 2015, sur ordre du SNR (services secrets) qui voulait venger la mort du Général Adolphe Nshimirimana tué la veille. "Ils ont dit que j'étais plus Tutsi que les Tutsi", m'a-t-il confié un jour. Comme si cela ne suffisait pas, son gendre et son fils seront également tués en octobre et novembre 2015.

Cet homme qui a tant souffert n'a aucune parcelle de haine ou de rancune dans son coeur. Je l'ai côtoyé à plusieurs reprises, il ne veut du mal à personne. Pierre Nkurunziza s'est gravement trompé de cible le 03 août 2015, je ne doute pas que Pierre-Claver Mbonimpa sera son meilleur avocat le moment venu. Et le Dieu que Nkurunziza cite souvent en a décidé autrement: Mbonimpa devait survivre et rester témoin ! Décidément, le Dieu n'appartient pas à Nkurunziza comme il aime le raconter, c'est le Dieu de tous les burundais et du Burundi.

Ma récente découverte sur Mbonimpa: il a appris le maniement des armes avec Denise Nkurunziza alors qu'ils étaient en formation d'officiers de la PAFE ! Qui l'aurait imaginé?

Longue vie à Mutama. Restons debout.

mercredi 2 août 2017

#Justice4Burundi: un appel à la CPI.


#Justice4Burundi Justice pour le #Burundi Un appel citoyen pour l'ouverture de l'enquête de la #CPI.

Le 27 octobre 2017, le retrait du Burundi de la Cour Pénale Internationale deviendra effectif. Du 17 juillet au 27 octobre, nous avons compté 100 jours qui restaient à la #CPI pour l'ouverture de l'enquête sur les crimes ignobles en cours au Burundi et en toute impunité depuis le 26 avril 2015: enlèvements, torture, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, viols des femmes, enterrement des victimes dans des fosses communes, etc. Les victimes se comptent en termes de milliers, certains sur base de leurs convictions politiques, d'autres pour leur origine ethnique. 


Dix organisations burundaises Acat-Burundi, Aprodh, Coalition Burundaise pour la CPI, Cosome, Focode, Forsc, Ligue Iteka, MFFPS, RCP et SOSTorture-Burundi ont lancé la "Campagne des 100 jours" pour interpeller la CPI sur l'urgence de l'ouverture des enquêtes sur le Burundi. Chaque mercredi, des témoignages des victimes et des messages de la société civile passeront sur différents médias pour rappeler la gravité de la situation. Plusieurs activités de plaidoyer et de mobilisation sont prévues au cours des 100 jours. Le hashtag #Justice4Burundi est lancé pour cette campagne.
Vendredi dernier, le pouvoir de Nkurunziza a exprimé sa panique, via un communiqué de la CNIDH, face à la perspective de l'ouverture de l'enquête de la CPI. Pour la CNIDH, la CPI doit éviter l'enquête pour donner la chance aux négociations de paix. Juste après cette déclaration, une délégation de Nkurunziza conduite par Édouard Ndwimana a pris l'avion pour #Helsinki en Finlande pour rencontrer une délégation du CNARED en vue de s'entendre sur le processus de négociation. Probablement qu'au retour d'Helsinki Édouard Nduwimana demandera la même chose : " voilà désormais nous voulons négocier, arrêtez l'enquête de la CPI". Le temps d'attendre que le 27 octobre 2017 passe, et le tour sera joué. Entretemps, les crimes du régime Nkurunziza se poursuivent et les victimes continuent à crier Justice.

En défendant les bourreaux dont elle était déjà complaisante, la CNIDH a perdu tout ce qui pouvait lui rester comme crédibilité. Des crimes contre l'humanité sont en cours au Burundi, la CPI doit agir. C'est notre cri. Soyons nombreux à le dire en utilisant le hashtag #Justice4Burundi (Justice pour le Burundi) sur nos comptes Twitter.

Adolphe Nshimirimana, 2 ans déja: héros et bourreau à la fois.

Adolphe Nshimirimana, 2 ans déjà. Un homme des paradoxes, héros et bourreau. Il a refusé la justice aux autres, le régime Nkurunziza la lui refuse aussi. Il y a 2 ans, j'ai publié un texte le jour de son enterrement que je reproduis ici. Je comprends la douleur immense de ses proches, je donne un écho aux cris de ses nombreuses victimes.

------------------------------------------

Il a été inhumé aujourd'hui. Il était l'un des trois officiers à avoir porté le grade le plus élevé de l'armée burundaise depuis notre indépendance: Lieutenant-Général Michel Micombero, Lieutenant-Général Germain Niyoyankana et Lieutenant-Général Adolphe Nshimirimana. Il s'était durement battu toute une décennie pour le rétablissement de la démocratie après l'assassinat du Président Ndadaye, il s'est ardemment attelé pendant la décennie suivante à détruire tout ce qui faisait la démocratie burundaise. Avec le Général Niyoyankana à l'Etat-Major Général de l'Armée il avait brillamment contribué à la construction d'une armée nationale au sortir de la guerre civile, avec le projet de troisième mandat de Nkurunziza il s'est systématiquement transformé en un véritable fossoyeur de l'armée nationale. Il était très généreux, aux bons soins de tous ceux qui lui demandaient de l'aide, très affable, bon enfant parfois. Il savait aussi être impitoyable, son nom était cité dans les crimes les plus innommables des dix dernières années. Pour Kamenge il avait construit un très bon hôpital qui soignaient gratuitement les misérables, contre Kamenge il aurait commandité l'assassinat de trois soeurs octogénaires italiennes qui soutenaient et soignaient des misérables. Il aurait planifié et raté l'assassinat de l'Archevêque catholique de Bujumbura (qui pour le moment n'est pas au pays), ce matin il a reçu les bénédictions de l'Eglise Catholique à la Cathédrale Regina Mundi pour son dernier voyage. Il est probable qu'il était à la fois catholique et pas catholique (il fréquentait plus des églises évangéliques). Comme l'indique cette tenue inconnue de l'armée burundaise et pourtant portée un mois avant sa disparition, Adolphe était toujours à la fois dedans et dehors, très bon et extrêmement méchant!

D'où vient en effet la tenue militaire qu'il portait le 29 juin 2015? L'homme portait rarement une tenue militaire, détaché comme Chargé de missions à la présidence de la République il n'avait plus de fonction qui explique une tenue militaire. Curieusement, le jour de la mascarade des législatives, il a été voter à Kamenge dans une tenue inconnue de l'armée nationale burundaise. Une belle uniforme taillée sur mesure, des bottines très souples de couleur beige. Seul le béret était burundais, mais pas porté à la burundaise. Quel message voulait-il donner ce jour-là? A quelle armée appartenait-il en réalité? A une armée ou à un groupe armé? Les généraux ont-ils le droit de porter une tenue non officielle? Malheureusement, il n'y aura jamais de réponses à ces questions comme il n'a jamais été possible qu'il comparaisse en justice sur le dossier de l'assassinat d'Ernest Manirumva, sur le dossier des massacres de Gatumba, sur les nombreux dossiers d'exécutions extrajudiciaires des militants de l'opposition, sur le dossier de l'assassinat des trois soeurs italiennes. Il n'y a même pas de dossiers sur l'incendie du marché central de Bujumbura ou sur les exécutions des manifestants anti-troisième mandat. A lui seul il était la terreur et la loi.

Je garde jalousement et douloureusement un message que j'ai reçu d'une maman en détresse un jour après le drame du 1er juillet à Mutakura: "...ntiyari bwice amahasa, ariko arya azomuhumira" (il n'avait pas encore tué des jumeaux, mais ceux-là seront une malédiction pour lui). Sans enquête, on ne peut rien confirmer mais ces mots m'ont semblé prémonitoires juste un mois plus tard.

Personne sur terre ne mérite la mort ignoble qui l'a emporté. Aucun enfant du Burundi ne devrait voir son père disparaitre de cette manière-là, aucune femme ne devrait perdre son mari aussi inhumainement. A mon avis, il s'est courageusement sacrifié pour la Patrie, il a aussi gravement trahi la Patrie. Seul Dieu, le Très juste, est désormais son juge.

Je condamne son assassinat, je regrette qu'il part sans être jugé.

#Sindumuja

P.S: J'apprends qu'il y a un autre Lieutenant-Général, Vincent Niyungeko, dernier ministre de la défense sous Buyoya et Ndayizeye.

Pacifique Nininahazwe, 22 août 2015

lundi 24 juillet 2017

"Tuzogukorerako" : le chef des Imbonerakure menace le Président Domitien Ndayizeye

#Burundi #Kora « Tuzomukorerako » : « nous allons travailler sur lui ».

Les mots utilisés par Sylvestre Ndayizeye contre l'ancien Président Domitien Ndayizeye sont choquants et d'une extrême violence. Ces mots vont au-delà d'une simple menace, c'est un nouveau vocabulaire très usité dans les milieux des tortionnaires et qui se répand de plus en plus dans la société burundaise: "tuzogukorerako" (nous allons travailler sur toi). A une fille qui refuse des avances sexuelles d’un Imbonerakure, on dit « tuzogukorerako ». A une personne qui refuse de payer une rançon ou d’exécuter un acte illégal, on dit désormais « tuzogukorerako ». A toute personne soupçonnée d’être un opposant au régime, on dit « tuzogukorerako ». Pour n’importe quelle critique à l’endroit d’un détenteur d’une petite parcelle de pouvoir au Burundi, on dit désormais « tuzogukorerako ». Dans la dic
tature CNDD-FDD, les citoyens doivent se taire, obéir à toutes les volontés d’un dirigeant ou d’un milicien, sinon « tuzogukorerako ». Alors que le vocabulaire était jusqu'ici utilisé par des éléments du SNR (services secrets) ou des Imbonerakure en menaçant des individus, samedi dernier il a été utilisé publiquement pour la toute première fois par un responsable national du CNDD-FDD, contre un ancien Président de la République. C’est grave.

Domitien Ndayizeye “tuzomukorerako”!

Les mots ont été utilisés samedi 22 juillet 2017 par Sylvestre Ndayizeye, secrétaire national chargé des ligues du CNDD-FDD, au cours de la marche de "démonstration de force des Imbonerakure" en Mairie de Bujumbura. L'ancien Président de la République aurait prodigué des conseils aux Imbonerakure en les prévenant sur les conséquences de leurs abus. La réponse de Sylvestre Ndayizeye n’a pas tardé:
« ...il [Domitien Ndayizeye] s'est d'ailleurs joint aux ennemis du pays en 2015; nous l'avons vu comme un très bon militant du CNARED, CNARED étant à la tête de ceux qui ont voulu détruire le pays en 2015. Nous le mettons en garde même s'il est notre grand-père. Nous lui disons "Trop c'est trop", nous le mettons en garde. S'il ose reprendre ce genre de propos, TUZOMUKORERAKO (nous allons travailler sur lui), TUZOMUKORERAKO pour qu'il sache ce qu'il doit respecter. S'il veut être le pion des ennemis de la patrie, qu'il parte ! ... Nous voulons également mettre en garde tous ceux qui sont comme lui, qui pensent donner des conseils sur ce qui ne les regarde pas. Il n'a pas d'enfant parmi nous, nous ne l'avons jamais vu et nous ne le voulons pas... Chers Imbonerakure, tenez-vous bien, n'écoutez jamais ceux qui veulent vous détourner, ainsi notre règne durera à jamais !"

Encore une fois, les mots utilisés par Sylvestre Ndayizeye, comme l’opération #KORA préconisée par Révérien Ndikuriyo, s’apparentent aux discours des génocidaires rwandais. Chez eux "travailler" est un mot codé qui évoque la mise à mort d'une personne ou de groupes de personnes. Les génocidaires pensent toujours qu’ils sont dans une mission historique et qu'ils sont en train de créer les conditions d'un pouvoir éternel par l'élimination de l'autre. Comme si l'éternité appartenait aux simples mortels. Décevante orientation d'un homme qui, au départ, était carrément opposé au troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Il aura suffi que Pierre Nkurunziza rappelle à Sylvestre Ndayizeye qu'au sortir de la rébellion il avait été chargé de cacher des armes et toutes les autres missions aussi secrètes que criminelles auxquelles il avait participé pour que l'ancien gouverneur de Karusi retourne la veste. Sylvestre Ndayizeye est désormais perdu dans un langage outrancier de haine, peut-être pour retrouver toute la confiance d’un Nkurunziza qui n'oublie jamais ceux qui l'ont trahi. Malheureusement, en enseignant la haine, il trahit la Patrie et l'humanité entière. Enfin… l'idée d'un pouvoir éternel n'est pas éloignée de la folie.

dimanche 23 juillet 2017

Disparitions forcée des Imbonerakure..

#Burundi #Ndondeza « Aimé Arakaza » et Eddy Uwimana n'étaient pas à la marche des #Imbonerakure hier à #Bujumbura. Depuis deux ans Aimé-Aloys Manirakiza, plus connu sous le pseudonyme de « Aimé Arakaza » alias « Musaga », est probablement le milicien Imbonerakure le plus craint en Mairie de Bujumbura. Tantôt rabatteur sur les parkings de Musaga, tantôt milicien, tantôt dans les véhicules de police et bien encadré, "Aimé Arakaza" faisait la pluie et le bon temps jusqu'au 25 mai 2017. Mais où est-il passé depuis? Sa famille s'interroge et ne trouve aucune réponse. Aucune autorité ne veut répondre à la question. Ses proches vivent dans la peur, sa femme se cache et vit sous des menaces de mort. Leurs amis Imbonerakure se sont volatilisés. Ancien militaire de l’armée burundaise (exFAB), démobilisé à la naissance de la FDN, Aimé-Aloys Manirakiza était entré dans la milice Imbonerakure depuis 2011. Il disparaît après 6 ans de graves et funestes services rendus au régime Nkurunziza.


Eddy Uwimana avait été très actif dans les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Il défendait la Constitution et l'Accord d'Arusha, il défendait la justice et la légalité. Désespéré après la fin des manifestations pacifiques, il aurait pris le chemin de la lutte armée. Le 16 février 2016, avec quatre de ses amis, il s’est rendu aux autorités burundaises en présence de la télévision nationale. Eddy a changé de camp, il a trahi ses anciens amis, ses frères de lutte. Beaucoup de jeunes ont été livrés au SNR par Eddy Uwimana et son groupe. Il est devenu un puissant milicien Imbonerakure, bien protégé par la police et le SNR. Comme Musaga, il faisait désormais la pluie et le bon temps. Depuis le 25 mai 2017, il a disparu après avoir répondu à un appel de ses camarades Imbonerakure. Sa fille de 8 ans attend indéfiniment son papa et s’interroge, sa famille s'inquiète et personne ne veut répondre.


Abel Ahishakiye, encore jeune élève à l’école paramédicale de Muramvya, était un informateur du SNR et un fier milicien Imbonerakure. Le 22 juillet 2016, il a appelé le journaliste d'Iwacu Jean Bigirimana pour une petite rencontre à Bugarama. Jean Bigirimana n'est plus revenu, sa famille et ses collègues ne savent plus ce qu'il est devenu. Le pouvoir d'Abel Ahishakiye était si important, lui qui pouvait désormais faire disparaître même un vrai journaliste, sans suite. Trois semaines après Jean Bigirimana, Abel Ahishakiye a reçu un appel à son tour le 11 août 2016, une belle Jeep aux vitres teintées est venue le prendre. Il aurait passé par la permanence nationale du parti CNDD-FDD à Bujumbura. Puis rien, aucune trace. Sa famille compte d'autres membres du CNDD-FDD, mais personne ne peut lui dire où est le fils bien-aimé. Abel Ahishakiye a disparu dans les mains du SNR.
Aimé-Aloys Manirakiza alias Aimé Arakaza alias Musaga et son ami Eddy Uwimana ont reçu un appel d'un collègue Imbonerakure dans l'après-midi du 25 mai 2017. Ils sont allés à une barrière tenue par des Imbonerakure à Kanyosha au sud de Bujumbura. Le Brigadier Jonas Ndabirinde de la garde présidentielle est venu les prendre. Personne ne sait plus ce qu'ils sont réellement devenus. Une certaine version dit que leurs corps auraient été brûlés, une autre dit que les corps auraient été jetés dans une longue fosse commune "chez Sebatutsi" à Kanyosha. D'autres versions existent, mais aucune ne dit précisément où se trouvent aujourd'hui les deux Imbonerakure.

Abel Ahishakiye, Imbonerakure disparu le 11 août 2016

Hier on parlait de "démonstration de force" des Imbonerakure à Bujumbura. Personne n'a parlé d'Aimé Arakaza, d'Eddy uwimana ou d'Abel Ahishakiye. S'ils étaient encore libres, les trois Imbonerakure allaient être devant les autres, bien vigoureux, bien joyeux pour démontrer "la force" et "la paix totale". Hier, leurs familles étaient encore recroquevillées dans une peur sans nom, ne sachant pas à quel moment elles vont se faire attaquer à leur tour. Décidément, la force démontrée hier est donc celle de Nkurunziza d'enlever chacun des Imbonerakure, de le broyer comme il veut et de menacer sa famille inquiète, sans aucune suite. Donc, les Imbonerakure ont démontré la terrible force qui existe désormais contre eux-mêmes. J'espère qu'ils comprendront vite qu'ils doivent s'associer aux autres forces citoyennes pour se libérer et libérer la Patrie.

Au début de la semaine prochaine, sur http://ndondeza.org/category/rapports-ndondeza/, la Campagne NDONDEZA rendra public son rapport sur la disparition forcée des deux Imbonerakure de Musaga.

vendredi 21 juillet 2017

Burundi - Tanzanie Et s'il y avait un "non-dit" ?

Tout était fin prêt à #Mutambu. Pierre Nkurunziza devait ouvrir hier, jeudi 20 juillet 2017, le site d'extraction des minerais "terres rares" de Rainbow Mining Burundi (RMB). La sécurité était déployée depuis trois jours. L'événement était annoncé et les invitations déjà envoyées. Mais changement de dernière minute: les patrons de RMB ne sont pas encore arrivés et Nkurunziza doit se rendre dare dare à Ngara le même 20 juillet. Jeudi après-midi les dirigeants de Rainbow atterrissent sur Bujumbura. Nkurunziza sera enfin à Mutambu ce vendredi 21 juillet pour lancer officiellement l'exploitation. Une certaine nervosité est perceptible, Nkurunziza est méfiant du coin, des chiens sont amenés pour inspecter chaque endroit où il va poser les pieds. Mais on retiendra qu'il a dû se rendre à Ngara avant l'ouverture du site. Simple hasard de calendrier ?
En février dernier, David Gakunzi avait dénoncé des connexions burundaises, tanzaniennes et sud-africaines dans l'extraction des "terres rares" de Gakara, au détriment du peuple burundais. Encore des minerais du sang....

En bas, je reprends la publication de David.
(encore une fois j'attends des insultes en lieu et place d'une explication).

---------------------------------------------------------

#Burundi : DECIVILISATION ET TERRES RARES

Les dernières images et nouvelles en provenance du Burundi sont toujours effroyables et insoutenables : corps brutalisés, torturés, mutilés, jetés, décapités... Et ces nombreux témoignages de rescapés des geôles - connues ou inconnues du pouvoir - ayant subis des actes de torture monstrueux...

C'est ainsi hélas: le Burundi récemment classé "pays le plus malheureux du monde", est désormais une terre-jungle engluée dans la barbarie la plus sauvage. Loin des yeux du monde, on continue d'arrêter, de torturer, de violer, de tuer quotidiennement dans le huis clos absolu. Triomphe de la bestialité.

Et le régime sanguinaire de Bujumbura, jubilatoire dans le sang versé, sait qu’il peut continuer à écraser et détruire la vie en toute impunité; il sait que s'il ne tue pas en gros tas, s'il n'égorge pas en masse, il a les mains libres, il a la sauvagerie libre ; il sait qu’il peut continuer à pourchasser et abattre lentement, les uns après les autres, les uns à la suite des autres, les uns pour délit de faciès, les autres pour délit d’opinion. Droit national-souverain de tuer accordé tant que la démolition et la profanation de la vie jusque dans la mort, est conduite à petites doses quotidiennes, le souci de discrétion respecté.

Dans ces conditions-là, alors, les hommes et les femmes peuvent continuer à être brutalisés, terrorisés, détruits, assassinés et les yeux du monde, et l'Ambassadeur de France par exemple à Bujumbura, peut déclarer tranquillement, le vocabulaire débonnaire, qu'il se sent en sécurité, que seul ne l'inquiète que l'insécurité routière nocturne "avec ces gros camions sur des petites routes qui tournicotent et des animaux qui traversent un peu partout"!

Hier comme aujourd'hui, hier au Chili sous la férule de Pinochet, hier en Ouganda sous la cruauté d'Idi Amin, hier à Port-au-Prince sous les machettes des macoutes de Papa et Baby Doc, et aujourd'hui au Burundi, les tyrannies les plus sauvages, les plus sanguinaires se nourrissent toujours de cette passivité, de cette lâcheté qui vaut complicité de tous ceux qui savent et laissent faire, de tous ceux qui voient et font semblant de ne pas voir. Et de tous ceux qui, l'éthique longtemps dissoute par la rapacité, font affaires et commerce dans l'opacité avec les tueurs.

Je pense ici notamment à Rainbow Rare Earths et ses obscures connections tanzaniennes et sud-africaines; Rainbow Rare Earths, avaleur des terres rares du Burundi; Rainbow Rare Earths qui vient de lever plus de 9,2 millions d’euros à la Bourse de Londres pour financer l’extraction des réserves de Gakara, gisement présentant une teneur exceptionnelle en oxydes; Rainbow Rare Earths qui a signé avec le groupe allemand ThyssenKrupp, un accord de fourniture de l’entièreté de sa production; les premières livraisons au groupe allemand devant être effectuées à la fin de cette année.
Mais oui, la décivilisation avance au Burundi et les affaires continuent dans l'obscurité. Il y avait les diamants du sang de Sierra-Léone, nous voici maintenant avec les terres rares du Burundi puant la mort à ciel ouvert.

Mais qui sauvera donc les Burundais de l'emprise des bêtes sauvages actuels? Ou alors est-ce ainsi, les Burundais seraient-ils condamnés encore et encore à être brutalisés, écrasés dans l'indifférence générale? Y'aurait-il - tout compte fait, tout simplement - des vies humaines qui ne comptent pas? Des vies qui ne comptent alors vraiment pas?

jeudi 20 juillet 2017

Gestion familiale de l'ambassade du Burundi aux Pays-Bas

#Burundi L'Ambassadrice Vestine Nahimana a déjà defrayé la chronique par le niveau deshonorant de ses correspondances et de ses déclarations, un niveau parfois digne d'un écolier du primaire. Cela est peut-être tolérable, elle ne fait plus exception quand on écoute les déclarations de certains ministres ou d'un vice-président de la république. La médiocrité ne gêne pas Nkurunziza. Mais les dernières accusations soulevées par des membres de la diaspora burundaise aux Pays-Bas, particulièrement par Monsieur Adrien Rugambarara, méritent une attention particulière. Est-ce vrai que l'Ambassade du Burundi à La haye est gérée comme une propriété familiale de l'Ambassadrice, souvent en violation des lois du pays hôte?


Les accusations publiées hier par Adrien Rugambarara sont graves. L'Ambassadrice Vestine Nahimana "engage et vire des employés comme elle veut". Ainsi elle aurait récemment viré un homme régulièrement employé à la résidence pour "engager au noir, en toute illégalité, son amie Françoise". Françoise n'est pas n'importe qui, elle est très connue sur les réseaux sociaux comme une des prédicatrices de la haine. Sous son pseudonyme Fammy Mtiza, Madame Françoise Ntimpirangeza anime sur Facebook un compte très virulent. La dame travaillerait "au noir" à l'Ambassade depuis quatre mois. Bien plus, l'Ambassadrice employerait son fils Brice Irambona comme chauffeur (à d'autres tâches aussi) et le fils l'accompagnerait parfois dans des rendez-vous officiels. Pire, le fils (récemment rentré de France où il était étudiant) n'aurait même pas de permis de travail ni celui de résidence. "Imaginez le scandale si un jour il fait un accident", s'exclame Adrien Rugambarara. Pourtant l'Ambassade dispose d'un chauffeur régulièrement employé que Madame l'Ambassadrice préfererait ignorer.


Ce genre de questionnements des citoyens portés au grand jour ne devraient jamais passer inaperçus. C'est vrai que cela peut sembler superflu de poser des questions de bonne gouvernance à un régime qui n'hésite pas à tuer et à faire disparaître des citoyens au vu et au su de tous. Je n'attends même pas une vraie réponse d'Alain-Aimé Nyamitwe, il nous dira que cela ne nous regarde pas et que nous sommes seulement intéressés à ternir l'image du régime "très très démocratique" de Pierre Nkurunziza, comme si on peut noircir ce qui est déjà complètement sombre ! Chez les Nyamitwe, la communication c'est une arène de boxe ou de karaté où les coups réussis ne seraient que des insultes et des grossieretés. Mais je reste convaincu que même dans une dictature sanguinaire, j'allais dire irrationnelle comme celle de Nkurunziza, il y a des limites à s'abstenir de dépasser. Ou bien les accusations contre Madame Vestine Nahimana sont fausses et il faut communiquer pour éclairer l'opinion, ou bien ces accusations sont vérifiables et il faut la sanctionner. Espérons au moins que la présence du fils venu de France améliorera le niveau des correspondances de Madame l'Ambassadrice. Et que le cri d'Adrien Rugambarara améliorera les conditions de travail de Fammy Mtiza.

lundi 17 juillet 2017

Burundi: Disparition forcée de Pacifique Birikumana, chauffeur de l'Eglise Catholique à Ngozi

#Burundi #Ndondeza Pacifique Birukumana, un jeune homme de 32 ans, chauffeur de l’Economat Général du Diocèse Catholique de Ngozi, a disparu depuis trois mois. Des pistes sérieuses pouvant mener aux auteurs de sa disparition existent mais n’ont jamais été explorées par les différents organes de l’Etat, y compris la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme, CNIDH. L’Eglise Catholique qui l’employait s’est étrangement tue, probablement en raison des relations difficiles qu’elle a avec le pouvoir de Pierre Nkurunziza. Le patron du SNR (services secrets) à Ngozi, Venant Miburo semble avoir joué un rôle de premier plan dans cette disparition forcée (son bureau était déjà cité dans plusieurs autres crimes graves), mais il reste jusqu'ici intouchable.



Le samedi 08 avril 2017, Pacifique Birukumana a reçu une mission précise de ses supérieurs : aller-retour à Gitega au volant du bus de type Coaster du Diocèse Ngozi pour transporter des militaires du Camp Ngozi qui avaient loué le véhicule. De retour à Ngozi dans la soirée, il a normalement ramené le bus au parking de l’Economat Général, puis il est rentré chez lui. A 20 mètres de sa résidence, il s’est arrêté au Bar Kukabasore où il a pris un verre avec des « amis ». Au sortir du bistrot, Pacifique Birikumana a été enlevé par quatre miliciens Imbonerakure dont trois ont été identifiés selon l’enquête du FOCODE : « BUTOYI résidant à Gatare (présenté comme le chef de ce groupe de bourreaux), Régis Ndizeye alias MAJEWUSI (agent de la Mutuelle de la Fonction Publique à Ngozi) et un nommé MANWANGARI. Dès son enlèvement, Pacifique Birikumana aurait été embarqué dans la voiture Toyota de type TI appartenant au responsable provincial du SNR à Ngozi, Venant Miburo ».

Dans leurs efforts de recherche, des proches et des activistes de droits humains ont appelé le numéro téléphonique de Pacifique Birikunama. Eteint dès la soirée de l’enlèvement, le téléphone a sonné et décroché au troisième jour de la disparition. Une personne inconnue prénommée « Elie » a répondu et s’est présentée comme un domestique récemment recruté chez Venant Miburo selon les descriptions qu’il a faites de la résidence et du bureau de son « boss ». « Le contenu de la conversation en Kirundi (langue nationale) est traduit en français dans les lignes qui suivent, tel que rapporté au FOCODE. L’interlocuteur du prénommé « Elie » est désigné par la lettre grecque alpha Ω:
Elie: Allo!
Ω: Allo! Est-ce que ce téléphone est le tien?
Elie: Non, ce téléphone n’est pas le mien, je viens de le trouver dans les vêtements appartenant à mon patron. Il me les a laissés pour que je les lave.
Ω: Est-ce que ton patron serait par hasard Pacifique le chauffeur à l’Economat Général?
Elie: Non, mon patron n’est pas chauffeur à l’économat, son bureau se trouve “Kurya Gitega” tout près du Rond-Point .
Ω: Comment s’appelle votre patron?
Elie: ça fait juste quelques jours que je suis son travailleur domestique, je ne connais pas encore son nom.
Ω: Et toi comment t’appelles-tu?
Elie: Je m’appelle Elie
Ω: Est-ce que tu possèdes ton propre téléphone?
Elie: Non je ne l’ai pas encore acheté.
Ω: Où êtes-vous en ce moment?
Elie: Ici au quartier Kinyami, tout près de la REGIDESO au numéro 75.
Par après “Elie” a répondu à au moins trois autres appels sur ce téléphone de Pacifique Birikumana, puis le téléphone a été éteint jusqu’à ce jour. »

En dépit de tous ces indices, les autorités burundaises n’ont mené aucune enquête sur la disparition forcée de Pacifique Birikumana. Dans une douleur immense, la famille attend toujours : elle ne sait pas s’il faut débuter le deuil ou s’il faut continuer à espérer son retour.

La disparition forcée de Pacifique Birikumana est une preuve que le régime Nkurunziza poursuit les disparitions forcées en 2017, comme le montreront d'autres cas que nous publierons cette semaine.

Suivez l’intégralité de la déclaration du FOCODE sur : http://ndondeza.org/pacifique-birikumana/

mardi 27 juin 2017

Burundi: Disparition forcée de l'Adjudant Hippolyte Nzitonda, Greffier au Conseil de Guerre


#Burundi #Ndondeza Adjudant Hippolyte Nzitonda, Greffier au Conseil de Guerre et ancien combattant du FNL d'Agathon Rwasa, enlevé à #Mutakura le 03 juin 2016.

Le 03 juin 2016 aurait dû être un jour de joie dans la famille de l'Adjudant Hippolyte Nzitonda. L'adjudant s'apprêtait à aller accueillir à l'aéroport son épouse, également militaire, qui rentrait d'une mission de paix en Somalie. Ils s'étaient mariés en 2010, la femme avait été déployée deux ans à peine après leur mariage. Après tant de mois de séparation des deux jeunes mariés, le moment des retrouvailles était arrivé. Mais une heure avant l'arrivée de l'épouse à l'aéroport, Hippolyte a reçu un appel téléphonique peu avant l'arrivée d'une voiture Corolla noire aux vitres teintes, à bord duquel se trouvaient des personnes en tenue de police. Aux environs de 12h30 à Mutakura, l'Adjudant Hippolyte Nzitonda était enlevé. Il n'a été retrouvé dans aucun cachot officiel du Burundi. Un jour de joie est devenu celui d'un cauchemar qui dure une année déja.

Les hautes autorités de l'armée n'ont rien fait pour retrouver le Greffier du Conseil de Guerre disparu le 03 juin 2016. Elles n'ont même pas communiqué sur ce cas. Il semble que cela ne les intéressait pas. A ses proches qui posaient trop de questions, il a été répondu ironiquement qu'il fallait étendre la recherche aux prisons de la République Démocratique du Congo. La solde d'Hippolyte Nzitonda a été rapidement coupée alors que l'armée ne pouvait pas prouver le décès de l'adjudant; aucune contribution financière n'a été donnée à la famille de la victime.

Cette semaine, la Campagne NDONDEZA la consacre à ces cas de disparition forcée des militaires qui laissent indifférents la hiérarchie de l'armée. Un jour, le Chef d'Etat-Major Général et le Ministre de la Défense Nationale devront expliquer pourquoi ils n'ont jamais agi après des cas de disparition forcée des militaires. Comme s'ils en connaissaient déjà la cause.

Trouvez l'entièreté de la déclaration sur http://ndondeza.org/hippolyte-nzitonda/

lundi 26 juin 2017

Campagne contre le déploiement du Major Marius GAHOMERA dans l'AMISOM

#Burundi #1212Massacre #GahomeraUnfitForPK Marius Gahomera est indigne de participer dans une mission de maintien de la paix. Son pochain déploiement dans AMISOM sera une honte pour l'Union Africaine, l'Union Européenne et les Nations-Unies. Avec le hashtag #GahomeraUnfitForPK, nous lançons ce 26 juin 2017 une campagne citoyenne contre le déploiement du "Bourreau de Mujejuru", et de plusieurs autres présumés auteurs de violations graves de droits humains, dans la Mission de l'Union Africaine en Somalie AMISOM.




Le Major Marius Gahomera (SS0663, commandant du 221ème bataillon commando de Ruyigi) a été souvent cité dans plusieurs cas d'enlèvements, d'assassinats et d'exécutions extrajudiciaires d'opposants au troisième mandat de Pierre Nkurunziza dans les communes de Mukike, Mugongo-Manga et Mugamba. Le cas le plus emblématique est celui de sept jeunes, présumés rebelles de l'attaque du Camp Mujejuru le 11 décembre 2015, arrêtés et détenus au cachot de la police à Ijenda. Dans la soirée du même 11 décembre 2015, le Major Gahomera les a retirés du cachot de la police "pour un interrogatoire" au Bar NONOKA. Le lendemain matin, les corps sans vie des sept jeunes jonchaient la route sur la colline Kanyunya de la zone Rukina, commune Mukike. En avril 2016, le Lieutenant-Colonel Alexandre Mbazumutima, chargé du renseignement (B2) dans la 120ème brigade de Mujejuru, a décidé de déserter l'armée nationale après avoir échappé à trois tentatives d'assassinat selon ses proches: il avait dressé un rapport accablant sur l'exécution des 7 jeunes de Mujejuru par Marius Gahomera. Plus tard, Valentin Bagorikunda, alors Procureur Général de la République a reconnu publiquement que des jeunes arrêtés à Mujejuru avaient été exécutés et que les auteurs de ce crime faisaient objet d'une enquête. Le Major Gahomera est resté libre. Il vient d'être désigné pour une formation de "pré-déploiement dans les missions de l'UA ou de l'ONU". Selon des sources, le Major Gahomera sera dans le 44ème bataillon AMISOM qui sera déployé à la mi-juillet 2017. Nous profitons de cette occasion pour dénoncer encore une fois l'encouragement et la récompense des criminels burundais par leur déploiement dans des missions de paix. La campagne #GahomeraUnfitForPK ou "Gahomera est indigne pour les missions de maintien de la paix" va dénoncer plusieurs autres cas de présumés auteurs de violations graves de droits humains déployés dans les missions de paix.


Des militaires commencent à craindre de prendre part à des violations de droits humains car ils savent que cela aura un impact sur leur carrière. Le déploiement du Major Gahomera sera un encouragement à ceux qui commençaient à hésiter. L'Union Africaine, l'Union Européenne et les Nations-Unies porteront une très lourde responsabilité si elles continuent à récompenser de présumés auteurs de crimes contre l'humanité.

Une pensée spéciale aux sept victimes exécutées à Kanyunya:
1. Fabrice, élève de la 7ème année
2. Thierry, élève de la 3ème lettres Modernes
3. Lewis, finaliste des humanités générales
4. Jean-Marie, finaliste des humanités générales,
5. Gédéon, vendeur des unités téléphoniques au camp des déplacés de Kutwuya (Mayuyu)
6. Un inconnu arrêté en cours de route, venant de Rusaka et qui allait vendre la bière de sorgho (Impeke) à Ijenda
7. Un inconnu, originaire de Kirundo, qui travaillait à Ruzibazi

Les victimes ont été tuées d'au moins une balle dans la tête. Des sources ont évoqué une cruauté particulièrement inhumaine à l'égard des victimes hutus (au moins trois des sept victimes). Plusieurs balles ont été tirées dans leurs visages pour les défigurer; des parties du visage de Lewis auraient été nottamment amputées. Gahomera aurait ajouté à leur égard: "vous, vous êtes tués par votre bêtise!" (Mwishwe n'ubujuju bwanyu). Les corps auraient été enterrés deux à deux dans des fosses communes selon des sources à Mukike.

Mobilisons-nous!

#Sindumuja

---------------------------------------------
Rappel d'une publication du 14 décembre 2015

#Burundi #1212Massacre Major Marius Gahomera, un ancien de l'#Amisom, responsable d'exécutions extrajudiciaires à Mujejuru.

Vendredi matin, 11 décembre 2015, un petit groupe de rebelles a attaqué le Camp Mujejuru dans Bujumbura Rural. Les combats n'ont pas duré et sept rebelles ont été rapidement capturés. Dans la journée, le Commandant du Camp Mujejuru, Major Nzigamasabo, a remis les sept rebelles capturés à la police au centre d'Ijenda. Les rebelles ont passé la journée dans le cachot de la police.

18h. Le Major Marius Gahomera, Commandant du 221eme Bataillon Commando de Ruyigi arrive au cachot de la police Ijenda. Son camp est venu renforcer la 1ere région militaire et se trouve basé à Nyabiraba. Son nom est souvent cité dans des arrestations d'anciens manifestants contre le 3eme mandat de Nkurunziza. Arrivé au cachot, il réclame les sept rebelles et les amène, dans le véhicule du Commandant du 121eme Bataillon Para, à l'endroit communément appelé NONOKA. Qui lui a donné l'ordre et l'autorisation de récupérer des détenus déjà sous la responsabilité de la police et dont l'OPJ avait commencé à constituer le dossier? Qui lui a donné l'ordre de transférer à l'armée des prisonniers à 18 heures?

19h30. Des coups de feu au NONOKA. Le Major Marius Gahomera vient d'exécuter, à bout portant, les sept jeunes prisonniers. Sans aucune forme de procès. Dans la nuit, les cadavres sont jetés dans la route vers Mukike, à Kanyunya, pour terroriser une population réputée opposée au 3eme mandat de Nkurunziza. Le matin, la population découvre cette scène macabre de cadavres, parfois aux visages fracassés, jonchant la route!

Le Major Marius Gahomera est un ancien de l'Amisom. Il rappelle un autre bourreau, le Colonel Alfred Museremu, un ancien de la mission des Nations-Unies en Haiti, et bien d'autres qui deviennent célèbres dans les exactions contre la population après avoir participé dans les missions de l'ONU. Tout récemment Pierre Nkurunziza a promis aux plus zélés de l'armée de participer rapidement dans les missions de l'ONU pour gagner 13 millions ! Le Colonel Gaspard Baratuza vient de recevoir sa récompense : devenir porte-parole de la #Minusca après avoir justifié l'innommable #1212Massacre. Aujourd'hui plus que jamais, la question de la participation du #Burundi dans les missions de l'ONU est posée. Peut-on continuer à tolérer que les avantages onusiens deviennent l'émulation des assassins? Bientôt, la responsabilité même de l'ONU risque d'être engagée.

#Sindumuja

Lien: https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1525139377804503&id=100009253659534

vendredi 16 juin 2017

Burundi: Exécution extra-judiciaire du prévenu Rénovat Nimubona


Le corps inanimé de Rénovat Nimubona était au bord d'un sentier dans la vallée entre les quartiers de Shatanya et Mushasha au chef-lieu de la province de Gitega, dans la matinée du 14 décembre 2016. Les premiers passants l'ont trouvé les bras ligotés dans le dos, la tête partiellement fracassée "par un métal", le torse nu. Dans quelques instants après, la police a déclaré que Rénovat Nimubona avait été atteint par les tirs d'un codetenu. La veille, il avait obtenu une permission d'aller retirer de l'argent au bureau postal de Gitega, il était accompagné d'un policier Déo Manariyo alias NDINGA et du capita général des prisonniers de Gitega, Audace Nyandwi. Selon la police, il aurait par la suite partagé un verre avec ses deux compagnons et une femme non-identifiée dans une maison de passage à Gitega et aurait tiré sur le policier avant de s'évader. Tout l'après-midi du 13 décembre 2016, il était ardemment recherché par la police et l'administration... Comment peut-on être atteint mortellement par une balle et se retrouver ligoté? Le Focode Asbl a enquêté.

Rénovat Nimubona était policier de la garde présidentielle (API), il avait longtemps servi comme chauffeur dans le cortège présidentiel avant d'être affecté au Protocole d'Etat, toujours à la présidence de la république. Il avait été arrêté dans la soirée du 16 août 2015, torturé et secrètement détenu pendant 21 jours dans une toilette au siège du SNR (services secrets) à Rohero avant d'être transféré à la Prison de Gitega. Il était accusé d'avoir trempé dans l'assassinat du Général Adolphe Nshimirimana le 02 août 2015, accusations qu'il a toujours niées en prouvant qu'il était en congé chez lui à Rutana au moment de l'assassinat. Le Procureur n'a jamais pu prouver le contraire.

Rénovat Nimubona avait de précieuses connaissances sur des secrets des services de sécurité au Palais de Pierre Nkurunziza. Dans une correspondance intense qui aura duré 7 mois (mai 2016 à décembre 2016), Rénovat Nimubona a livré plusieurs informations au FOCODE. Il a notamment révélé l'existence d'un groupe de policiers qui serviraient à la fois de service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza ("Maneko" comme il disait) et d'escadron de la mort. C'est ce groupe de sous-officiers et d'agents de la police tout-puissants qui disposent de pick-ups, de voitures Toyota TI et Carina, de motos et d'autres moyens que leur envient mêmes des officiers commandants d'unités. Ce sont ces caporaux qui disposent d'une garde, d'armes lourdes et qui arrivent à louer de belles villas à Kigobe et Carama. Ce sont ces policiers intouchables qui peuvent commettre toutes sortes de crimes en toute impunité: enlèvements, disparitions forcées, viols de jeunes filles, exécutions extra-judiciaires, assassinats, etc. Ce sont ces noms qui deviennent de plus en plus familiers: Jonas Ndabirinde, Jean Nimenya alias John Ruhindigitero, Claude Nijimbere alias Matwi,... Selon Rénovat Nimubona, le groupe reçoit directement des ordres du Colonel Dominique Nyamugaruka (BSPI) ou du Colonel Jean-Marie Niyonzima alias Ndundi (API). Rénovat Nimubona a aussi fourni une liste de crimes qui auraient été commis par cette équipe: assassinat de Zedi feruzi en mai 2015, enlèvement et exécution du Colonel Cyprien Nihorimbere à Ngozi en décembre 2015, disparition forcée du policier Adelin Bizimana à Gitega en décembre 2015, enlèvements de beaucoup de jeunes en Mairie de Bujumbura, etc. Certaines de ces informations ont été confirmées par des enquêtes du FOCODE, d'autres cas sont encore sous enquête.

Selon les investigations du FOCODE, Rénovat Nimubona aurait été capturé dans la soirée du 13 décembre 2016 par un groupe de policiers conduits par un officier du SNR résidant à Gitega Gérard Ndayisenga (actuel responsable du SNR à Muyinga également cité dans plusieurs crimes dont ceux de Mukoni en janvier dernier). Il aurait été ligoté, interrogé et torturé avant d'être tué par le coup d'une clé de roue sur sa tête. Son corps aurait été jeté au bord du sentier dans la vallée de Gitega, dans les premières heures du 14 décembre. La police et la justice n'ont jamais enquêté sur cette exécution. Mais pourquoi ont-ils exécuté Rénovat Nimubona? Parce qu'ils ont réalisé que la justice ne sera pas capable de le condamner ou bien pour éliminer un homme qui en savait trop sur un système criminel au Palais? Seule une enquête crédible et indépendante pourra y répondre?

Rénovat Nimubona a laissé une jeune épouse et trois fillettes de 7, 5 et 2 ans qui se cacheraient depuis. Il est mort à 32 ans.

Lisez l'entièreté de l'enquête du FOCODE sur http://ndondeza.org/renovat-nimubona/

mardi 13 juin 2017

Les familles du Caporal-chef Chanel Ndikuryayo et de M. Christophe Ndabagoye appellent au secours

#Burundi #Ndondeza Le Caporal-chef Chanel Ndikuryayo et M. Christophe Ndabagoye sont introuvables depuis le 07 mai 2017. Le Caporal-chef Ndikuryayo, ex-FAB matricule 56763 et chauffeur au Camp Muzinda, était rentré en janvier 2017 de la mission des Nations-Unies en République Centrafricaine. Il était réputé proche du bureau de renseignement de l'armée G2. Christophe Ndabagoye, ancien militant du FNL selon ses proches, supervisait la construction d'une maison du Caporal-chef Ndikuryayo à Gasenyi.

C-C Chanel Ndikuryayo
Le 07 mai 2017, après avoir visité son chantier à Gasenyi, le Caporal-chef Ndikuryayo a partagé un verre avec un officier ex-FDD au Bar "Hezagirwa" (ou Chez Itonde) à Gasenyi. En fin d'après-midi, le chef de son chantier Christophe Ndabagoye est venu le prendre dans sa voiture Corona A0695A. Ils ont été vus pour la dernière fois, dans la même voiture, alors qu'ils dépassaient le Bar "Iwabo w'Abantu" à Kamenge. Depuis, leurs téléphones sont éteints, les personnes et la voiture sont introuvables.

M. Christophe Ndabagoye

Les familles appellent au secours. Focode Asbl appelle toute personne qui aurait des informations sur cette double disparition de nous écrire au whatsapp +25779910446 ou sur l'adresse email: ndondeza1@gmail.com

lundi 5 juin 2017

Burundi : Disparition forcée de Madame Belyse Ntakarutimana

#Burundi #Ndondeza Belyse Ntakarutimana n'avait que 32 ans, elle était mère célibataire d'une fillette de 7 ans. Elle avait à peine terminé l'école primaire, elle vendait du charbon de bois pour les ménages (amakara) à Mutakura. Les voisins parlent d'une jeune femme très courageuse, très dynamique et très gentille: elle pouvait s'occuper de tous les bébés de la parcelle quand il n'y avait plus de nounous. Tant qu'elle était là, toutes les mamans étaient rassurées. Et quand elle a disparu, les voisines se sont occupées de sa fillette; elles ont dû la placer dans un orphelinat car elle était traumatisée quand elle voyait des militaires. Ces militaires qui avaient brutalisé sa maman et l'avaient emportée pour toujours le 16 janvier 2016.

Belyse Ntakarutimana était une militante du parti de l'opposition MSD. Elle animait les rencontres du parti par sa voix exceptionnelle. Elle avait pris une part très active dans les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza à Mutakura, elle n'aurait raté aucun jour de la manifestation, elle l'avait animée des chants patriotiques. Rien que pour cela, elle était la cible du renseignement burundais. Son nom était évoqué dans des réunions des services de sécurité, notamment dans la réunion tenue le 14 janvier 2016 au Mess de Bujumbura par le Ministre de la Défense Nationale et le Chef d'Etat-Major Général de l'armée à l'endroit des officiers de Bujumbura. Le 16 janvier 2016, à 3 heures du matin, des militaires d'une position sise à la 3ème avenue de Mutakura conduits par le Capitaine Prudent Ntezimana, ont perquisitionné sa maison, l'ont brutalisée dans sa chambre et l'ont arrêtée nuitamment. Après un court moment à la position de la 3ème avenue Mutakura, elle a été remise à feu Lieutenant-Colonel Darius Ikurakure. Personne n'a revu Belyse Ntakarutimana.

Le FOCODE dénonce par cette occasion la confiscation de certains biens des exilés et des victimes de la répression par les services de sécurité. La position militaire à la troisième avenue de Mutakura est logée de force depuis mai 2016 dans trois parcelles d'un ressortissant rwandais, Vianney Hakizimana, qui a fui la répression. Les militaires ont pillé et vendu le matériel de la "Boulangerie Shalom" implantée dans les trois parcelles à Mutakura 3ème avenue n° 37, 39 et 44. L'armée y a d'ailleurs installé des cachots secrets et des lieux de torture. Le cas de cette boulangerie n'est pas unique, quelques autres exemples: la maison de Eddy Ndayisaba transformée en position militaire à Kinyankonge après sa disparition forcée le 29 décembre 2015. La voiture de Christa Benigne Irakoze saisie et utilisée par un élement du SNR après sa disparition forcée le 29 décembre 2015. La camionnette de Zedi Feruzi saisie et utilisée par le SNR après son assassinat le 23 mai 2015. La résidence de la famille de feu Colonel Laurent Ndabaneze à Kinindo saisie par la police en novembre 2015 et transformée en un cachot secret et lieu de torture en novembre-décembre 2016. Beaucoup de véhicules des personnes disparues n'ont jamais été restituées par le SNR aux familles des victimes. Etc. Freddy Mbonimpa, Maire de Bujumbura avait par ailleurs annoncé la saisie des maisons des exilés en fevrier 2016 (écouter sa voix sur http://infosgrandslacs.info/productions/bujumbura-toutes-les-maisons-inhabitees-seront-transformees-en-positions-militaires-et )

Le FOCODE condamne le processus en cours de légalisation de la perquisition nocturne, une pratique pourtant à l'origine des cas de viols des femmes, de vols des biens dans les ménages et des disparitions forcées des personnes arrêtées nuitamment. Le FOCODE demande la traduction en justice du Capitaine Prudent Ntezimana, le bourreau de Mutakura, et interpelle de nouveau la Cour Pénale Internationale.

Trouvez l'intégralité de la déclaration du FOCODE sur http://ndondeza.org/belyse-ntakarutimana/

mercredi 17 mai 2017

Burundi : Disparition d'Oscar Ntasano, un crime annoncé, un crime d'Etat. (1ère partie de l'enquête NDONDEZA)


#Burundi #DossierNtasano Ière Partie: Un crime annoncé, un crime d'Etat.

Oscar Ntasano a été Sénateur de 2005 à 2010, puis député de 2010 à 2015. Un grand financier du parti CNDD-FDD, certaines sources vont jusqu'à affirmer qu'il aurait offert au parti tous ses honoraires d'une décennie de parlementaire. Et bien plus. Pourtant, la disparition d'un tel homme ne préoccupe ni n'émeut aucune institution de la République, sous un pouvoir CNDD-FDD. Hon. Ntasano a disparu dans la matinée du 20 avril 2017, dans trois jours cela fera un mois. Le Sénat qu'il a servi pendant cinq ans n'a rien dit, même son président Révérien Ndikuriyo qui, dans sa campagne, aurait bénéficié des largesses d'Oscar Ntasano. L'Assemblée Nationale, qu’il fréquentait il y a moins de deux ans, n'a rien dit. Son parti, le CNDD-FDD qu'il a tant financé, ne s'est même pas souvenu de lui dans sa prière du 27 avril 2017. Le Deuxième Vice-président Joseph Butore, qui l'avait rassuré que le dossier du Nonara Beach Hotel allait rapidement trouver une solution dès le remplacement de Benomar comme envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies, n'a rien dit. Le Premier Vice-président Gaston Sindimwo, qui promettait de le rencontrer dès son retour de la retraite gouvernementale de Bukirasazi, n'a rien dit. Pierre Nkurunziza a menacé...

Hon Oscar Ntasano était menacé depuis qu'il avait signé un contrat de location de son Nonara Beach Hotel par les Nations-Unies. Selon une source proche des cercles criminels et secrets du CNDD-FDD, Oscar Ntasano a été présenté comme un ennemi du pouvoir dès décembre 2016, son nom a même été partagé dans un groupe Whatsapp de ce cercle. "Quatre mois avant sa disparition, dans notre groupe, on nous a dit qu'il collaborait avec ceux qui veulent amener des troupes étrangères. Quand une personne est accusée dans ce groupe, normalement elle doit être assassinée ou emprisonné quelques jours seulement après. Sa mort a déçu beaucoup de gens; il se dit qu'il n'avait jamais touché ses honoraires de sénateur ou de député et qu’il avait demandé que tout cela soit affecté à des projets de développement. Maintenant, chacun de nous est conscient qu'il peut être tué à tout moment."

Les futurs malheurs d'Oscar Ntasano avaient aussi été publiés par un compte Twitter pro Nkurunziza qui utilise un pseudonyme de Habona King @MariyaHabona. Une série de 11 tweets ont été publiés le 06 décembre 2016 et citait Oscar Ntasano parmi des "diables" ou des "PDC" (PDC était un parti opposé au Prince Louis Rwagasore dans les années 60) qui se cachent au sein du CNDD-FDD pour le détruire. Les tweets évoquent clairement le Nonara Beach Hotel comme ayant été acquis par fraude et demandent sa reprise par le gouvernement. Le dernier tweet est plus évocateur: "Burundi appartient à ses concitoyens et est régi par la loi, c'est inouï que ce même NTASANO s'arroge le droit d'exporter la terre du pays". Si le style des tweets rappelle les messages d'insultes extrémistes de certains Imbonerakure, il se distingue par la qualité de la rédaction qui tranche avec le niveau extrêmement bas d'autres tweets des Imbonerakure. Il est clair que l'auteur des tweets n'est pas n'importe qui.

Le 27 avril 2017, soit sept jours après la disparition d'Oscar Ntasano, le CNDD-FDD a organisé une séance de "prière" d'action de grâce deux ans après la désignation de Pierre Nkurunziza aux présidentielles de 2015. Curieusement, le parti n'a émis aucune préoccupation sur la disparition de son financier. Pierre Nkurunziza a délivré un message très proche des tweets anti-Ntasano. Il a notamment rappelé que les Judas étaient encore cachés dans le parti et que Dieu allait les détruire. Il a mis en garde tous ceux qui ne se soumettent pas aux ordres et aux conseils des dirigeants. Difficile de ne pas penser à ce moment-là au sort d'Oscar Ntasano, car il avait désobéi: il avait refusé d'annuler le contrat de location de son hôtel par l'ONU.

Avant sa disparition, Oscar Ntasano a reçu plusieurs messages, plusieurs menaces qui lui enjoignaient de mettre fin au contrat avec l'ONU. Les maçons qui rénovaient son hôtel ont été arrêtés... Mais Ntasano s'est entêté, il croyait à la protection de l'ONU et comptait sur la force de ses liens dans le parti au pouvoir. Le dernier à le menacer fut un colonel chargé du renseignement dans la police "Nubu nturaheba ya contrat?"...

Très prochainement, la 2ème partie de cette enquête du Focode Asbl dans le cadre de la Campagne NDONDEZA.