mercredi 23 août 2017

Burundi : disparition forcée du couple Alexis Nkunzimana et Emelyne Ndayishimiye

#Burundi Révoltant. Alexis Nkunzimana (31 ans) et Emelyne Ndayishimiye (30 ans) étaient mariés depuis deux ans, ils avaient un enfant d'une année. Le mari était membre du parti MSD et employé dans un bureau de change à Bujumbura, la femme était commerçante et ne militait dans aucun parti politique. Le couple venait à peine de rentrer d'exil...
Le 07 décembre 2015, autour de 15 heures, Alexis Nkunzimana a reçu un appel "d'un ami" qui voulait le rencontrer "Chez Kapa", un endroit très connu dans la ville de Bujumbura. Aussitôt arrivé à l'endroit convenu, Alexis a été brutalement enlevé par des personnes en tenue de la police d'appui à la protection des institutions API (garde présidentielle en quelque sorte) qui l'ont jeté à l'arrière d'une camionnette double cabine et l'ont couvert d'une bâche. Le chauffeur de la camionnette aurait été identifié comme un chauffeur du SNR (les services secrets). Dans la soirée, Alexis Nkunzimana a appelé son épouse Emelyne Ndayishimiye pour lui annoncer que les ravisseurs exigeaient deux millions de francs burundais (mille dollars américains à l'époque) pour le libérer. Le montant devait être payé le lendemain à Kinindo.

Emelyne Ndayishimiye avait peur et s'est confiée à son oncle Général Joseph Ndayizamba, alors Administrateur Général Adjoint du SNR qui a promis d'assurer sa protection. Le 08 décembre 2015 dans la matinée, Emelyne Ndayishimiye a collecté les deux millions avant de rejoindre son oncle au bureau du SNR sis à Ngagara, quartier 10. Craignant que sa nièce ne soit à son tour victime d'un enlèvement, le Général Ndayizamba a affecté deux policiers à sa protection. Les deux policiers devaient récupérer leurs armes au quartier général du SNR à Rohero, non loin de la Cathédrale Regina Mundi. Surprise: Emelyne Ndayishimiye a attendu plus d'une heure le retour des policiers, dans un véhicule à l'entrée du siège du SNR. Deuxième surprise: au lieu de deux, c'est quatre policiers qui sont revenus avec leur propre camionnette pick-up. Aussitôt, Emelyne a reçu une nouvelle consigne: le lieu de la livraison des deux millions, ce n'était plus à Kinindo mais plutôt à Kigobe à côté de l'entrée du Bar "Chez Gérard"; elle devait s'y rendre seule à moto. Elle s'est alors convenu avec les policiers qu'elle allait s'y rendre sur une moto-taxi et que la camionnette des policiers allait la suivre pour sa protection. Un policier aurait tenté de l'approcher pour lui communiquer une information, un collègue lui aurait alors asséné un coup de pied avec ces propos "Reka abana b'ishamba twikorere" (laisse-nous travailler, nous les enfants de la guerre). Un proche d'Emelyne Ndayishimiye qui l'avait transportée ce matin-là a été prié d'aller attendre ailleurs l'issue de cette affaire. Arrivée sur le lieu du rendez-vous, Emelyne n'a même pas pu payer sa course, elle a été brutalement enlevée par des hommes en tenue de police, armés de fusils et de lance-roquettes, à bord d'une voiture Toyota PROBOX. Ils l'auraient étendue sur le siège arrière et seraient partis assis sur elle.

Les 4 policiers du SNR n'ont pas intervenu pour protéger Emelyne Ndayishimiye et n'ont même pas suivi la voiture des ravisseurs. Légèrement interrogés par la Police Judiciaire, ils auraient expliqué qu'ils n'avaient pas connu le changement du lieu de livraison de la rançon et qu'ils se seraient rendus à Kinindo au lieu de Kigobe. Le numéro 2 du SNR n'a pu rien faire, ni pour rechercher les deux victimes ni pour poursuivre les policiers complices de cette double disparition forcée. En réalité l'officier n'était qu'un figurant: Général ex-FAB, Joseph Ndayizamba n'avait aucune autorité sur le SNR. Comme la plupart de ses collègues généraux et officiers ex-FAB placés dans des postes de responsabilité dans les corps de sécurité au Burundi. Ils n'ont aucun pouvoir à l'armée, dans la police et au SNR; ils ne peuvent protéger personne, ce qui constitue la plus grave violation de l'Accord d'Arusha (nous y reviendrons).
Le soir du 08 décembre 2015, Alexis Nkunzimana a appelé chez lui pour demander qu'on prenne soin de l'enfant et qu'on lui donne du lait. Ce fut le dernier signe de vie. Le téléphone d'Emelyne Ndayishimiye aurait été localisé à Mwumba en province de Ngozi, celui d'Alexis Nkunzimana à Muramvya. Depuis près de deux ans, il n'y a aucune nouvelle d'Alexis et Emelyne. La police et le SNR qui devaient assurer la protection d'Emelyne n'ont jamais communiqué sur cette double disparition forcée. La CNIDH leur a juste consacré un petit paragraphe dans son rapport annuel 2015 avec des indications différentes sur les lieux des évenements. Et c'est tout.

Encore une fois, nous demandons l'ouverture de l'enquête de la CPI sur les crimes innommables en cours au Burundi depuis avril 2015.

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