mercredi 2 août 2017

Adolphe Nshimirimana, 2 ans déja: héros et bourreau à la fois.

Adolphe Nshimirimana, 2 ans déjà. Un homme des paradoxes, héros et bourreau. Il a refusé la justice aux autres, le régime Nkurunziza la lui refuse aussi. Il y a 2 ans, j'ai publié un texte le jour de son enterrement que je reproduis ici. Je comprends la douleur immense de ses proches, je donne un écho aux cris de ses nombreuses victimes.

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Il a été inhumé aujourd'hui. Il était l'un des trois officiers à avoir porté le grade le plus élevé de l'armée burundaise depuis notre indépendance: Lieutenant-Général Michel Micombero, Lieutenant-Général Germain Niyoyankana et Lieutenant-Général Adolphe Nshimirimana. Il s'était durement battu toute une décennie pour le rétablissement de la démocratie après l'assassinat du Président Ndadaye, il s'est ardemment attelé pendant la décennie suivante à détruire tout ce qui faisait la démocratie burundaise. Avec le Général Niyoyankana à l'Etat-Major Général de l'Armée il avait brillamment contribué à la construction d'une armée nationale au sortir de la guerre civile, avec le projet de troisième mandat de Nkurunziza il s'est systématiquement transformé en un véritable fossoyeur de l'armée nationale. Il était très généreux, aux bons soins de tous ceux qui lui demandaient de l'aide, très affable, bon enfant parfois. Il savait aussi être impitoyable, son nom était cité dans les crimes les plus innommables des dix dernières années. Pour Kamenge il avait construit un très bon hôpital qui soignaient gratuitement les misérables, contre Kamenge il aurait commandité l'assassinat de trois soeurs octogénaires italiennes qui soutenaient et soignaient des misérables. Il aurait planifié et raté l'assassinat de l'Archevêque catholique de Bujumbura (qui pour le moment n'est pas au pays), ce matin il a reçu les bénédictions de l'Eglise Catholique à la Cathédrale Regina Mundi pour son dernier voyage. Il est probable qu'il était à la fois catholique et pas catholique (il fréquentait plus des églises évangéliques). Comme l'indique cette tenue inconnue de l'armée burundaise et pourtant portée un mois avant sa disparition, Adolphe était toujours à la fois dedans et dehors, très bon et extrêmement méchant!

D'où vient en effet la tenue militaire qu'il portait le 29 juin 2015? L'homme portait rarement une tenue militaire, détaché comme Chargé de missions à la présidence de la République il n'avait plus de fonction qui explique une tenue militaire. Curieusement, le jour de la mascarade des législatives, il a été voter à Kamenge dans une tenue inconnue de l'armée nationale burundaise. Une belle uniforme taillée sur mesure, des bottines très souples de couleur beige. Seul le béret était burundais, mais pas porté à la burundaise. Quel message voulait-il donner ce jour-là? A quelle armée appartenait-il en réalité? A une armée ou à un groupe armé? Les généraux ont-ils le droit de porter une tenue non officielle? Malheureusement, il n'y aura jamais de réponses à ces questions comme il n'a jamais été possible qu'il comparaisse en justice sur le dossier de l'assassinat d'Ernest Manirumva, sur le dossier des massacres de Gatumba, sur les nombreux dossiers d'exécutions extrajudiciaires des militants de l'opposition, sur le dossier de l'assassinat des trois soeurs italiennes. Il n'y a même pas de dossiers sur l'incendie du marché central de Bujumbura ou sur les exécutions des manifestants anti-troisième mandat. A lui seul il était la terreur et la loi.

Je garde jalousement et douloureusement un message que j'ai reçu d'une maman en détresse un jour après le drame du 1er juillet à Mutakura: "...ntiyari bwice amahasa, ariko arya azomuhumira" (il n'avait pas encore tué des jumeaux, mais ceux-là seront une malédiction pour lui). Sans enquête, on ne peut rien confirmer mais ces mots m'ont semblé prémonitoires juste un mois plus tard.

Personne sur terre ne mérite la mort ignoble qui l'a emporté. Aucun enfant du Burundi ne devrait voir son père disparaitre de cette manière-là, aucune femme ne devrait perdre son mari aussi inhumainement. A mon avis, il s'est courageusement sacrifié pour la Patrie, il a aussi gravement trahi la Patrie. Seul Dieu, le Très juste, est désormais son juge.

Je condamne son assassinat, je regrette qu'il part sans être jugé.

#Sindumuja

P.S: J'apprends qu'il y a un autre Lieutenant-Général, Vincent Niyungeko, dernier ministre de la défense sous Buyoya et Ndayizeye.

Pacifique Nininahazwe, 22 août 2015

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