mercredi 10 mai 2017

Burundi: Disparition forcée d'Albert Kubwimana, un élève enlevé par la garde présidentielle depuis 19 mois.

#Burundi #NDONDEZA Disparition forcée d'Albert Kubwimana. Un récit triste et révoltant.

22 ans, élève en 3ème scientifique au Lycée Municipal de Cibitoke, Albert Kubwimana était le seul, de sa famille de 5 enfants, à avoir atteint un tel niveau scolaire. Son grand frère et ses deux grandes soeurs n'avaient pas trouvé les moyens financiers pour continuer les études, sa petite soeur était encore à l'école primaire. Veuve et pauvre, sa maman avait tant investi dans son petit Albert si sage et si porté à ses cours. L'après-midi du 26 octobre 2015, il révisait ses notes de cours à la maison (Cibitoke, 7ème avenue n°46) quand des policiers de l'API (unité police de la Garde Présidentielle) ont frappé, ménaçants, à sa porte: "ouvre ou nous tirons!" Il a ouvert et il est sorti innocemment, son cahier de cours à la main. Les policiers l'ont arrêté et l'ont amené, sans explication. A l'extérieur de la parcelle, d'autres policiers ont protesté: "non, celui-là n'est pas des deux que nous poursuivons..." Un autre, un chef, a rétorqué : « Pfa kuzana n’uwo nico kimwe. Abo nibo bariko badutera ama grenades » (Amenez-le aussi, ils sont tous les mêmes. Ce sont eux qui nous lancent des grenades). Albert a été embarqué à l'arrière d'un pick-up de police, avec trois autres compagnons d'infortune, sous la responsabilité du tristement célèbre BPP1 Jonas Ndabirinde, une figure du renseignement secret de Pierre Nkurunziza.

La dernière fois qu’Albert Kubwimana a été vu, c’était à la frontière des zones Cibitoke et Kamenge au niveau de la 12ème avenue. Dans un langage codé, Jonas Ndabirinde a passé un appel téléphonique en ces termes : « Ngomba ndabasigire umuzigo, nsange mwiteguye ngaho kw’ihêmà kuko jewe nca nduga i Ngozi. Mubona harimwo igitoro co gushika i Ngozi ? » Ce qui se traduit : «Je vais vous laisser un bagage, apprêtez-vous là au niveau de la tente car moi je monte immédiatement à Ngozi. Y a-t-il assez de carburant pour le trajet vers Ngozi ? ». Les captifs auraient transité par le Centre Jeunes Kamenge avant d’être acheminés au Bar «Iwabo w’Abantu » appartenant à feu Lieutenant Général Adolphe NSHIMIRIMANA, où ils auraient été exécutés pendant la nuit du même jour. Les voisins du bar affirment avoir entendu des cris de détresse à l’intérieur dudit bar pendant la nuit du 26 au 27 octobre 2015.

La maman d’Albert n’a appris l’enlèvement de son fils que le soir en rentrant de son travail de chargé de propreté à l’église méthodiste libre de Ngagara. Effondrée, Madame Eugénie Bacamurwanko a pris, dès le lendemain matin, les photos de son fils enlevé et s’est rendue partout où elle croyait trouver la moindre bribe d’information capable de lui renseigner sur les traces de son enfant. A pieds, elle a été à tous les cachots imaginables de Bujumbura (les cachots des zones, à la PJ de Jabe, à la Prison de Mpimba, à la BAE, aux bureaux du SNR à Rohero et Ngagara), elle a sollicité la CNIDH, elle a vérifié les cadavres dans les morgues. Pendant des mois, elle s'est rendue à chaque lieu de bujumbura où un cadavre a été signalé. Dieu seul sait le nombre de cadavres qu'elle a dû retourner pour vérifier que ce n'était pas Albert Kubwimana ! Mais peine perdue, Albert est resté introuvable. Cette quête lui a laissé un trouble qu'elle risque de porter tout le reste de sa vie. Avec la disparition forcée de son fils bien-aimé, Eugénie a perdu ce qui faisait encore son bonheur sur cette terre.

Dès le lendemain de l'arrestation d'Albert Kubwimana, les élèves du Lycée Municipal de Cibitoke ont observé un mouvement de grève, soutenu pour une fois par la direction et le personnel scolaires, pour réclamer la libération immédiate et inconditionnelle de leur camarade de classe et le déplacement de la position militaire logée à l'école. Les ménaces de l'Administrateur Communal, Rémy Barampama, n'ont pas tardé: l'administration de l'école a été la première à se désister, les élèves ont tenu pendant trois semaines. Pendant des semaines, Jonas Ndabirinde n'a pas nié qu'il avait arrêté Albert Kubwimana et promettait de le libérer rapidement puisqu'il ne trouvait pas de charges à son encontre.19 mois après, il n'a toujours pas honoré sa promesse de "libération prochaine".

BPP1 Jonas Ndabirinde. Un sous-officier tout puissant, ayant le droit de vie et de mort sur des milliers de citoyens burundais. A sa disposition un pick-up offert par Pierre Nkurunziza selon des sources à l'API, une garde rapprochée d'au moins six policiers, des motos et une voiture Toyota TI pour son équipe. De nuit comme de jour, il sillonne le Burundi à la traque des "ennemis" de Pierre Nkurunziza, son dieu. Jonas a un pouvoir illimité sur tous les cachots secrets du SNR et personne ne peut le contredire. Même "Kazungu" du SNR serait un petit devant lui. Pourtant, officiellement, il n'est qu'un simple sous-officier de la garde présidentielle. La réalité est qu'il fait partie d'un système de renseignement privé de Pierre Nkurunziza, concurrentiel du SNR et des renseignements militaires et de la police. Un groupe de méchants, de tueurs, à la solde du "président-dieu".

Albert Kubwimana n'avait jamais manifesté contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Il n'appartenait à aucun parti politique. Son seul péché a été d'être un jeune résidant dans un quartier ayant fortement contesté la violation de la Constitution du Burundi par Pierre Nkurunziza.

Trouvez à ce lien l'entiereté de l'enquête du Focode Asbl sur la disparition forcée d'Albert Kubwimana: http://ndondeza.org/albert-kubwimana/

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