samedi 29 avril 2017

Le meurtre de Lambert Bitangimana rappelle la nature du régime NKURUNZIZA

#Burundi Lambert Bitangimana, le crime qui rappelle le vrai visage de Pierre Nkurunziza à la veille du 45ème anniversaire d' "IKIZA de 1972".

Ngozi, Hôtel Alleluia, samedi 22 avril 2017, 21 heures. Un jeune homme crie au secours, des hommes en tenue de police le tirent de force alors qu'il vient de commander son repas au restaurant de l'hôtel. Des clients reconnaissent des hommes du Service National de Renseignement (SNR) parmi ceux qui tirent le jeune homme. A 75 kilomètres de là, au quartier Kigobe de la capitale Bujumbura, une jeune femme de 22 ans vient de recevoir un texto "NSENGERA" (prie pour moi). Anxieuse, la jeune femme appelle rapidement son mari, le téléphone décroche mais personne ne répond, il entend son mari crier "muntwaye he? Nakoze iki?" (où m'amenez-vous, qu'est-ce que j'ai fait?). Puis le téléphone est éteint, pour toujours. Le lendemain, une camionnette double cabine blanche est découverte à Gashoho, sur le croisement des routes Ngozi-Muyinga et Ngozi-Kirundo. La camionnette semble avoir fait un accident, un corps sans vie se trouve à côté (certains disent à l'intérieur), la plaque du véhicule sur le corps de la victime, une carte d'identité de Thierry Ngendabanka et une carte sim rwandaise à l'intérieur de la camionnette. Le véhicule est vite identifié par la police: c'est la camionnette de l'Honorable Oscar Ntasano, ancien parlementaire du CNDD-FDD (sénateur de 2005 à 2010, député de 2010 à 2015) et patron de l'Hôtel Nonara Beach, porté disparu depuis jeudi 20 avril 2017. L'identification de la victime n'a pas non plus tardé le même dimanche, il s'agit de Lambert Bitangimana, le jeune homme arrêté la veille par le SNR à l'Hôtel Alleluia de Ngozi.

Jusqu'en octobre 2016, Lambert Bitangimana a vécu au Kenya où, bible à la main, il se présentait souvent comme un militant anti-troisième mandat recherché par les agents de Nkurunziza. Mais, curieusement, il avait été vu à plusieurs reprises avec des éléments de l'Ambassade du Burundi à Nairobi. La réalité est que Lambert se trouvait dans une mission du service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza; il infiltrait les opposants et surveillaient en même temps les "pro-Nkurunziza". Il était revenu au Burundi en octobre 2016, s'affichait ouvertement cette fois-ci avec des agents du renseignement burundais et habitait une villa de luxe à Kigobe sans que son emploi soit connu. Le 17 avril 2017, il s'est présenté à l'Honorable Oscar Ntasano comme "un vacancier burundais résidant au Canada" qui voulait investir au Burundi: ainsi il voulait louer une parcelle non exploitée de Ntasano. Le jeudi matin, 20 avril 2017, Oscar Ntasano accompagné de deux de ses employés (dont Thierry Ngendabanka) est allé montrer sa parcelle à Lambert Bitangimana. Depuis, Oscar Ntasano et ses deux employés sont introuvables. selon des sources, pendant cette opération, Lambert Bitangimana est resté en communication avec l'OPC1 Gaston Uwimana, chef du bureau renseignement de la police nationale.

Vendredi 21 avril 2017 à 23 heures, Lambert Bitangimana a reçu l'appel du Major Noël Banyiyezako, chef du renseignement privé de Pierre Nkurunziza. L'officier l'invitait à se rendre immédiatement à Ngozi (donc la même nuit) car une mission "très onéreuse" l'attendait le lendemain matin. L'épouse de Lambert se serait opposé à ce déplacement de nuit et Lambert a promis de s'y rendre le lendemain matin. A 1 heure, un autre appel du Brigadier Jonas Ndabirinde (le terrible bourreau au service de Nkurunziza) fait savoir que ce dernier attendait Lambert Bitangimana à côté des bureaux de la PAFE. Encore une fois, Lambert a refusé de se déplacer nuitamment et a formulé la même promesse de partir à Ngozi très tôt le matin de samedi. Comme promis, Lambert Bitangimana a pris le bus de 5h45 à la Gare du Nord à Kamenge et est arrivé à Ngozi deux heures plus tard. Rapidement reçu par le Major Noël Banyiyezako, Lambert a été logé à l'Hôtel Alleluia en attendant le retour du Major "qui aurait été appelé pour une urgence à Bujumbura". La journée, Lambert l'a passé en conversations téléphoniques avec beaucoup de ses proches: il était heureux, il était dans un bel hôtel, il était proche des puissants. Las d'attendre un Major qui ne venait pas, il a commandé son repas à 21 heures et l'attendait au restaurant de l'hôtel quand des éléments du SNR l'ont amené de force. Il a crié au secours, mais en vain. Dans un hôtel baptisé "Alleluia", on ne porte pas du secours à des gens enlevés par le SNR...En effet, au Burundi depuis 2005, "Alleluia" signifie "appartenant à Nkurunziza". Il n'y a pas que des hôtels, il existe aussi des équipes sportives "Alleluia". Chez Nkurunziza, on joue et on tue la Bible à la main.

Lambert Bitangimana est hutu. A 30 ans, il est mort étranglé dans la nuit du 22 au 23 avril 2017. Un accident de véhicule a été simulé par ses assassins, mais les traces de la corde sont restées dans sa gorge. Dimanche, un communiqué du porte-parole adjoint de la police l'a fait passer pour le chauffeur de l'Honorable Oscar Ntasano; mardi le porte-parole a rectifié qu'il s'agissait de Lambert Bitangimana. Sa famille n'a pas été informée officiellement du décès de Lambert; au contraire dès dimanche sa femme a été convoquée à expliquer au SNR la disparition de son mari. Elle n'a appris qu'elle était devenue veuve que mercredi matin. Le corps de Lambert Bitangimana n'a pas été remis à sa famille. De même, la famille n'a pas pu organiser le deuil car dès que la veuve a appris la mort de son mari, des éléments du SNR sont venus la chercher. La nuit, le tristement célèbre Mathias-Joseph Niyonzima alias "Kazungu" a fouillé la maison à la recherche de l'épouse de feu Lambert Bitangimana. Elle n'avait plus de choix, elle a fui le Burundi. Lambert s'était marié en décembre 2015, il laisse un bébé de 7 mois.

Il y a 45 ans, un jeune burundais de 8 ans a perdu étrangement son père Eustache Ngabisha. Hutu, ancien député et ancien gouverneur, (sûrement dans la trentaine) Eustache Ngabisha est mort étranglé par les services de sécurité de Michel Micombero en avril 1972. Sa famille n'a pas eu droit au deuil, a vécu des moments de desespoir et de pauvreté après cette disparition. Je ne sais pas si elle a eu l'occasion d'enterrer dignement le père de famille, mais nombre de familles hutu de l'époque n'ont jamais revu les leurs arrêtés par l'armée ou la milice. Son fils de 8 ans à l'époque s'appelle Pierre Nkurunziza et est devenu Président du Burundi en 2005. 45 ans après l'IKIZA, c'est lui qui inflige aujourd'hui les mêmes horreurs à de nombreuses familles. Des citoyens sont enlevés chaque jour, se font exécuter ou disparaissent carrément. Les familles n'ont pas droit ni aux corps des leurs exécutés par les sbires de Nkurunziza, ni au deuil. Hutu et Tutsi, opposants ou serviteurs comme Lambert Bitangimana ne cessent d'être victimes de cette barbarie sans nom. Dans 45 ans, le bébé de Lambert Bitangimana sera une grande personne, peut-être autant puissante que Pierre Nkurunziza aujourd'hui... Décidément, s'il n'y a pas de justice, il voudra probablement ressembler à Pierre Nkurunziza!

Chaque jour j'ai envie de demander à Nkurunziza: pourquoi as-tu tellement envie de ressembler à Michel Micombero? Et combien de morts te faudra-t-il pour comprendre que tu lui ressembles déjà?

Aux hutu, tutsi, ganwa et twa victimes de l'IKIZA de 1972; à toutes les victimes des tragédies burundaises et à leurs familles, j'adresse ma sympathie et ma solidarité. Notre génération a un devoir: mettre fin à ce cycle infernal, par la vérité et la justice.


Pacifique Nininahazwe, 29 avril 2017.

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