lundi 24 avril 2017

Hommage à l'écrivain burundais Sébastien Katihabwa une année après sa disparition

#Burundi Il y a une année disparaissait Sébastien Katihabwa. Un Homme, un patriote, un sage, un écrivain, un fervent défenseur de la culture burundaise. Une "bibliothèque" a brûlé le 24 avril 2016, comme dirait Hamadou Hâmpaté Bâ. Un grand homme s'est éteint, dans l'anonymat total, aussi simplement qu'il avait vécu.

Je ne me souviens plus dans quelles circonstances j'avais rencontré pour la première fois l'écrivain Sébastien Katihabwa, je pense que c'était au Centre Culturel Français de Bujumbura (CCF de l'époque). J'avais lu, dans mon adolescence, son recueil de nouvelles "Magume ou les Ombres du Sentier", il m'impressionnait par son humilité. Aussitôt que nous avons échangé, il est devenu un grand ami à moi et, très rapidement, au Focode Asbl. Il nous a souvent rendu visite et flattaient nos membres en les comparant à la génération des militants de l'indépendance. Quand il parlait, c'était avec une telle douceur et une telle sagesse qu'on avait envie de le supplier de ne pas s'arrêter. Il avait offert à notre école deux de ses livres "Magume ou les Ombres du Sentier" et la "Revanche du Destin". Nous garderons précieusement ces dons.

Sébastien Katihabwa avait initié l'association des écrivains du Burundi qu'il a continué à animer dans le dénuement, participait assidûment à l'animation des cafés littéraires comme "Samandari". Très attaché à la préservation de nos valeurs culturelles, il avait notamment participé au processus de réhabilitation de l'institution d'Ubushingantahe, aux côtés de l'Abbé Adrien Ntabona. Il avait un sens de l'honneur à la burundaise et méprisait la course effrénée aux richesses matérielles. L'Etat du Burundi n'a jamais compris la valeur des hommes comme Sébastien Katihabwa, les résultats on les voit par la déchéance morale dans la direction du pays. Le peu de richesses qu'il avait lui suffisait pour vivre, mais à lui seul il était tout un trésor. Je n'ai pas connu ses derniers moments, sûrement qu'il souffrait énormément de la crise actuelle.Le 24 avril 2016, un grand patriote burundais a terminé son parcours sur cette terre à 69 ans. Il est rentré en noble. J'espère que la postérité finira par reconnaître son oeuvre, à titre posthume comme souvent malheureusement.

Repose en paix cher Sébastien !

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Un extrait de "Magume ou les Ombres du Sentier" :

[...] il faut que tu le saches, si tu veux t'élever, te détacher du présent qui se meurt, tu devras en payer le prix. La société ne pardonne pas à qui veut émerger du cercle des tourneurs en rond. Elle est agacée, voire irriter. Tes faits et gestes seront interprétés avec zèle, d'une façon malveillante. La plus petite de tes faiblesses sera démesurément gonflée. Les gens s'évertueront à établir la vanité de ton entreprise, mettront en cause ta loyauté.

Des histoires rocambolesques seront inventées de toutes pièces et propagées, alimenteront leurs commérages dans le but de te saper le moral, t'éloigner de tes amis et te couper de tes branches. bref, en n'adhérant pas à la folie collective ambiante, c'est toi qui sera traité de fou.

Mais si tu te tiens ferme, tu finiras par te faire respecter en te montrant ferme et déterminé dans toutes les circonstances et toutes les sphères. Au milieu des conflits d'intérêts et des difficultés entrecroisées, va, la tête haute mais sans étourderie, toujours droits aux faits. Ne cherche pas l'unanimité, ne crains pas de te faire des ennemis sur le chemin de ta droiture.

Tu dois éviter la complaisance et la compromission avec tout venant. De toutes les façons, ne t'en fais pas, pendant que les troupes du mal utiliseront leurs armes basses pour te punir pour avoir agiter leurs mauvaises consciences, les agents anonymes du bien, où qu'ils seront, se joindront à ton action.
Ta persévérance finira aussi par te faire gagner la partie passive qui se ralliera tôt ou tard à toi. Les graines que tu auras semées, sans même le savoir, dans le sillon des cœurs encore rocailleux, seront en train de germer, croître et former peut-être de grands ficus dressés et dominant cet espace apparemment monotone, insouciant, voire hostile.

Ne t'avoues jamais vaincu, même si les ennemis réussissent sur toi quelques coups. Considère cela comme la perte d'une bataille qui ne fera que te stimuler pour poursuivre la guerre. Car, pour un homme courageux, la chance et l'adversité sont comme sa main droite et sa main gauche. Il se sert de l'une comme de l'autre. Les incompréhensions, tu les rencontreras même dans ta famille. En effet, la famille est une société en miniature [...]

Sébastien Katihabwa (1990); Magume ou les ombres du sentier.

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