dimanche 2 avril 2017

Disparition forcée de l'OPC2 Jérôme NDIKURIYO

#Burundi #Ndondeza OPC2 Jérôme Ndikuriyo. En quittant les Forces Armées Burundaises (FAB) en 1996 pour rejoindre les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), branche armée de la rébellion du CNDD-FDD, il avait tout sacrifié et voulait se battre pour la démocratie. Un adjudant des FAB, ce n'était pas n'importe qui en 1996; rejoindre une rébellion qui n'avait rien, c'était un acte de courage et de conviction. Trois ans plus tôt, Melchior Ndadaye, premier Président démocratiquement élu au Burundi, avait été assassiné par l'armée à majorité Tutsi, trois mois seulement après sa prise de pouvoir.. Cet assassinat rappelait à la majorité Hutu la grave tragédie de 1972. Des milliers de personnes arrêtées par les services de sécurité et qui n'ont jamais été retrouvées (donc des disparitions forcées), les exécutions extrajudiciaires, plusieurs fosses communes, des procès rares et iniques, un État sanguinaire, la terreur. Une petite clique de militaires avait pris le pays en otage et tous ceux qui s'opposaient à Michel Micombero étaient des "ennemis du Burundi ", "Inyankaburundi", "Abamenja". 1993 avait réveillé les vieux démons du Burundi. En 1996, Adjudant Jérôme Ndikuriyo a quitté l'armée qui avait "décapité la démocratie" et espérait que les FDD allaient libérer le Burundi et instaurer définitivement un système démocratique, un pays de justice. 4 ans plus tard, l'Accord d'Arusha a été signé et a jeté les bases d'un État de droit, d'un pays démocratique et réconcilié. Sur cette base, le mouvement de Jérôme Ndikuriyo, le CNDD-FDD a signé un accord de cessez-le-feu en 2003 et a largement gagné les élections générales de 2005. L'ancien adjudant des FAB est devenu officier dans la nouvelle Police Nationale du Burundi (PNB). Son dernier grade est OPC2, équivalent de Lieutenant-colonel dans l'armée.

Le 26 mai 2016, vers 21 heures, l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo rentrait à pieds de son bar "KWIBUYE" sis sur la RN1 à la Gare du Nord, à Kamenge, pas très loin de sa résidence à Gasenyi. Une camionnette du SNR (services secrets) l'a suivi discrètement et l'a doublé à moins de 100 mètres de chez lui, une deuxième camionnette était garée à quelques mètres de la première. Des personnes en uniforme de la police nationale et en tenue civile se trouvaient à bord des deux véhicules. Une personne dans la cabine de la première camionnette l'a appelé, c'était une voix connue. Aussitôt que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo a répondu à l'appel, des personnes à l'arrière de la camionnette ont sauté pour le saisir et l'embarquer de force. Le colonel a crié et a appelé au secours, il n'y avait personne pour le secourir. Les deux camionnettes se sont engagées, à toute allure, sur la route Bujumbura - Bugarama. Personne n'a plus revu l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo. Ainsi, un père de famille de 5 enfants, un officier supérieur de la police nationale, un grand combattant de la démocratie a brusquement disparu en moins de cinq minutes. Le lendemain, le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye a juste annoncé que la police avait une piste privilégiée : un conflit sur une parcelle à Gihanga. La police n'a même pas poursuivi la personne en conflit avec le colonel disparu. Des sources au SNR ont confié que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo aurait été exécuté et enterré à Mutimbuzi. Les deux camionnettes du SNR étaient sous la responsabilité de deux grands bourreaux : Mathias Niyonzima alias "Kazungu" et Mathias Nduwimana alias "Atiya".

Loin du "conflit foncier " brandi par la police, les proches de l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo sont convaincus qu'il a disparu à cause de ses convictions politiques. Il était opposé au troisième mandat inconstitutionnel de Pierre Nkurunziza. Son oncle et son demi-frère étaient déjà détenus à la prison centrale de Mpimba, accusés de participation aux mouvements rebelles. Jérôme Ndikuriyo avait reçu des menaces des responsables du CNDD-FDD à Makamba (sa province d'origine), de certains parlementaires de Makamba, et surtout de Reverien Ndikuriyo. On l'accusait de "frondeur" et de "putschiste". Oui, l'ancien adjudant n'avait pas changé, même devenu Colonel. Il tenait encore à l'idéal de la démocratie, de la réconciliation et de l'Etat de droit.

En disparaissant le 26 mai 2016, l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo a laissé un Burundi qui lui rappelle celui de 1972. Les prisons sont pleines à claquer, les procès sont rares et iniques. Plusieurs centaines de personnes arrêtées par les services de sécurité et aujourd'hui introuvables (disparitions forcées). Des milliers d'assassinats et d'exécutions extrajudiciaires. Plusieurs fosses communes. La milice Imbonerakure quadrille les quartiers et les villages, arrête et fait l'ordre, comme la JRR il y a 45 ans. Des centaines de milliers de réfugiés burundais dans les pays limitrophes. Une clique de généraux à la tête du pays et un système policier de terreur sur la population. Un président vénéré comme un dieu qui, lui seul, est devenu la démocratie et la patrie. S'opposer à Pierre Nkurunziza s'appelle devenir "ennemi du Burundi", "ennemi de la démocratie", "ennemi de Dieu" et "chien errant" (Mujeri). Ce que l'OPC2 Jérôme Ndikuriyo n'a pas su : comme en 1972, sa famille n'a pas droit au deuil, elle est très surveillée pour ça.

Trouvez les résultats de l'enquête du FOCODE sur cette disparition forcée en cliquant sur http://ndondeza.org/jerome-ndikuriyo/

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