mardi 31 janvier 2017

#DossierMukoni : Aimée Laurentine Kanyana couvre les tortionnaires et s'en prend à Pierre Claver Mbonimpa

#Burundi #DossierMukoni Aimée Laurentine Kanyana prend fait et cause pour des tortionnaires et s'en prend à Pierre Claver Mbonimpa. Madame Kanyana est ministre de la justice de Pierre Nkurunziza. S'exprimant sur le procès de jeudi dernier à Muyinga, Aimée Laurentine Kanyana a réfuté catégoriquement hier que les prévenus avaient été torturés, allant jusqu'à avancer que les souffrances du caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse seraient le fait de la poussière et des rats du plafond de la maison où il s'était caché avant son arrestation. Que des gens soient condamnés en une journée à 30 ans de prison et sans aucune assistance d'un avocat, la ministre Kanyana estime que cela n'est pas grave et que ce sera corrigé en appel. Silence sur l'exécution de l'adjudant François Nkurunziza et de deux autres personnes non identifiées, rapidement enterrés sur ordre de l'administration de Muyinga. Aucune enquête en vue sur les allégations de torture. Kanyana sait tout à l'avance, et tout est bien!


Dans une interview donnée à RFI, Aimée Laurentine Kanyana s'en est pris ensuite, dans des termes graves et méchants, à Pierre-Claver Mbonimpa, le célèbre défenseur de droits humains qui ne demandait que des soins à procurer aux victimes de torture et rappelait la nullité des aveux obtenus sous torture.
Réponse de Kanyana sur RFI:
"Personne n'a été malmenée, ils ont été traités d'une façon humaine. Cet homme qui se dit défenseur des droits de l'homme, il ne faut pas qu'il continue à victimiser certains burundais en leur montrant qu'ils seront toujours dégagés de leur responsabilité. Il a trompé les jeunes burundais; ils croupissent en prison; il est à l'étranger et il continue à les victimiser... ça s'est pas vraiment honnête, qu'il le sache!"
Des propos graves. D'une part, elle reconnaît que son gouvernement détient injustement et de ma nière indigne ("qui croupissent") des jeunes en prison qui auraient été "trompés". D'autre part, elle feint d'ignorer les raisons de la présence de Mbonimpa à l'étranger. Mbonimpa est là pour se faire soigner après une tentative d'assassinat tandisque que les auteurs de ce crime n'ont jamais été poursuivis par la justice d'Aimée Laurentine Kanyana.

Le journal en ligne SOS Media Burundi a rapporté mot par mot les mots de Madame Kanyana:

Question de la presse - Il y a une dizaine de personnes qui ont été condamnées à trente ans de prison dernièrement à Muyinga, une peine que certains considèrent comme lourde, on dit qu’elles ont volé. Qu’ont-elles volé au juste ?

Réponse de la ministre - "Ils étaient accusés de tentative de vol à main armée en bande organisée. Et le juge a constaté que c’était vrai. Il est vrai qu’ils n’avaient pas encore soutiré aucun bien mais l’intention était là, ils avaient commencé l’exécution de l’infraction, donc l’infraction était déjà consommée".

Q - Certains des militaires arrêtés n’étaient pas à Muyinga, l’un était à Gitega, un autre à Ngozi. Comment peuvent-ils participer à un vol commis à Muyinga alors qu’ils n’étaient pas sur place ?

R - "Ça peut arriver. Lorsqu’on organise un crime comme celui-là, c’est tout à fait normal qu’il y ait des planificateurs, ceux qui donnent des moyens matériel et financiers, ceux qui contribuent à l’espionnage. Il y a toute une planification de l’opération, même de l’extérieur, on peut planifier un crime qui va se commettre au Burundi".

Q - Un juge est normalement censé garantir le droit. Or les informations que nous avons font état de personnes qui ont comparu avec des signes de torture, certains ne pouvant même pas se mettre débout. Est-ce qu’il est normal qu’un juge puisse entendre des personnes dans un tel état ?

R. "D'après les informations que j’ai, il n’y avait aucun prévenu qui avait été torturé et l’audience était publique".

Q - Madame la ministre vous le dites justement, l’audience était publique. Et les témoins ont justement vu le caporal Fulgence Ndayikengurukiye qui ne pouvait pas s’asseoir ni se mettre debout. Que dites-vous ?

R. "Nous considérons les circonstances dans lesquelles ce monsieur a été arrêté. Je crois que c’est tout à fait normal qu’il ait un malaise. Imaginez quelqu’un qui est resté dans le plafond d’une maison des heures et des heures, détenant des fusils et grenades, il n’était pas à l’aise. Et vous savez à l’intérieur du pays, dans des plafonds il y a de la poussière, il y a des rats. Et puis aussi quand il devait quitter ce lieu là il devait tomber à partir du plafond, tout cela pouvait créer un certain malaise de sa part….. et puis aussi il y a les circonstances dans lesquelles d’autres ont été arrêtés. Ils étaient entrain de courir, tentant de se sauver, quand ils tiraient ils étaient dans un endroit de roche".

Q - Et pourquoi est ce qu’on leur a refusé l'assistance d’un avocat ?

R - "Heureusement, il y a encore une voie de recours. Ils pourront interjeter appel et demander à ce qu’ils puissent être assistés par un avocat".

Fin de l'entretien.

Les propos d'Aimée Laurentine Kanyana me rappellent une anecdote africaine. Un ami d'un président africain lui avait demandé la faveur d'être nommé Ministre du Pétrole.. Et le Président de s'étonner:
- Ministre du Pétrole alors que nous n'avons pas de Pétrole?
- Pourtant, Monsieur le Président, vous avez nommé un ministre de la Justice!

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