lundi 9 janvier 2017

Burundi: C'est quoi le Dieu de Pierre NKURUNZIZA

Au juste c'est quoi le "Dieu" de @pnkurunziza?Un pasteur d'une grande église à Bujumbura a courageusement osé ce questionnement dans son sermon de ce dimanche. Dans une formule moins directe, il a déclaré "de notre part, nous ne connaissons pas ce « Dieu » qui, de notre époque, fait trembler la terre et le ciel pour détruire et brûler des gens parce qu'ils seraient inutiles". Il est courageux ce pasteur et il reste le témoignage vivant qu'en dépit de la terrible répression le courage ne quittera pas le peuple burundais!

A priori la question de la foi de Nkurunziza ne devrait pas être posée, dans une république, dans une démocratie, dans un Etat de droit. Chacun a le droit de croire en ce qu'il veut ou même de ne rien croire; personne ne devrait se permettre de juger la foi de l'autre. Dans la longue histoire de l'humanité, se permettre de juger la foi d'autrui a souvent conduit à des hécatombes sans nom. Loin de moi l'idée de juger une foi, je ne le ferai jamais. Mais quand il s'agit d'un président d'une république laïque qui dépense en une semaine plus 140 millions de notre impôt pour s'exhiber, raconter des histoires de cannibalisme familial et proclamer l'apocalypse, il y a lieu de se poser des questions. Quand un président de la république fonde, au 21ème siècle, sa légitimité sur des paroles prophétiques qu'il reçoit directement de "Dieu", la question dépasse le domaine privé de sa foi et appelle à un débat public.

C'est quoi le "Dieu" de Nkurunziza?

Nos ancêtres distinguaient deux dieux. Il y avait d'abord le "Bon Dieu", Créateur du ciel et de la terre, surtout « Dieu des bénédictions ». Chez les burundais, les bénédictions se manifestaient dans la progéniture (plus on avait d'enfants des deux sexes, plus on était béni), dans les troupeaux de vaches, dans les bonnes récoltes, dans la pluie abondante, dans l'absence des épidémies, dans la paix. Ce "Bon Dieu", nos pères l'appelaient "IMANA". En face, il y avait le "mauvais dieu", le dieu de toutes sortes de malédictions. Celui-là il se manifestait dans la stérilité, dans la mort des enfants, dans les folies, dans les maladies des animaux, dans les sècheresses et les famines, dans les calamites de toutes sortes, mais surtout dans la mort et l'insécurité. Ce "mauvais dieu", ils l'appelaient "RWUBA RWA BIGATA". Le Burundi a été par la suite fortement "christianisé" pendant la colonisation. Aujourd’hui, Pierre Nkurunziza se réclame du christianisme et aurait le privilège (lui, sa femme et ses enfants) de recevoir directement des messages spéciaux de Dieu pour la nation burundaise. La conception d'Imana que se faisaient nos ancêtres a tellement séduit les missionnaires blancs que le Dieu des chrétiens (tout comme celui de toutes les grandes religions) est toujours appelé "Imana" en Kirundi.
 Je suis chrétien, et le Dieu qu'on m'a appris est plutôt miséricordieux, un Dieu de paix et de bonté. Quand j'ouvre ma Bible, Dieu présente ainsi ses projets pour l'humanité: "Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit l'Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance" (Jérémie 29:11 Bible Version Louis Segon). J'y trouve aussi ce plus beau verset de Jésus-Christ: "Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites." (Matthieu 25:40). En réalité le Dieu des chrétiens appelle à l'amour du prochain, à la compassion et à la réconciliation des frères.

Mais le "Dieu" de Nkurunziza me parait bizarre. Son "Dieu" est trop sanguinaire : la majeure partie de ses croisades parle de "tuer les ennemis de Nkurunziza", d'extermination de ceux qui s'opposent au plan de "Dieu". Dans ses premières croisades en 2005-2006, ses nombreux prophètes avaient annoncé que la monnaie burundaise allait devenir "la monnaie la plus forte du monde" sous l'ère de Nkurunziza, 11 ans après le franc burundais connait le cours le plus bas de son histoire ; le visa burundais allait être le plus sollicité du monde, 11 ans après ce sont les fils et les filles du Burundi qui fuient la mère-patrie. De temps à autre, les croisades ont accordé à Nkurunziza des titres de rois ou autorités bibliques juifs, devenant à tour de rôle David, Saül, Moise, Salomon et tout récemment Josué. Au fil des ans, les bonnes promesses ont finalement fait place à des avertissements contre les opposants jusqu'à ce que Nkurunziza déclare en août 2015 que tous ceux qui contestent son mandat, le mandat de « Dieu », allaient finir comme de la traînée de poudre. Son épouse, "Pasteur Denise" a renchéri que « Dieu » venait de décréter la fin de toute contestation du troisième mandat présidentiel : "ce que nous avons vu au cours de ces huit premiers mois de 2015 viennent de finir, Dieu le déclare!" Ce n'est pas à moi de contester ce que "Dieu" a dit, mais je constate que la contestation continue plutôt de plus belle.

Décembre 2016, c'est le summum. Dans l'ouverture de sa croisade annuelle, Nkurunziza prononce ces paroles terribles: "Dans notre famille, le seul qui avait étudié c'était mon père, personne d'autre n'avait dépassé la sixième année de l'école primaire. Et ils ne priaient pas Dieu, ils étaient TOUS des sorciers. Moi, je les connais, certains sont encore vivants à Cahe. Ils nous ont tellement ensorcelés. Dieu merci, tout est désormais en ordre... Chez nous à Cahe, il n'y avait que des sorciers. Certains mangeaient de la viande humaine, ils se faisaient parfois attraper avec des jambes humaines. Une personne pouvait décéder et être enterrée dans la journée; mais le soir on retrouvait la même personne dans une maison, elle se ramenait elle-même de la tombe. C'est vraiment de la vérité, nous les attrapions, les autorités aussi les attrapaient. C'est du réel: une personne enterrée dans la journée était retrouvée le soir dans une maison où elle se ramenait elle-même et se faisait couper en brochettes. Ne badinez pas! Sachez-les, nous venons de loin. Dieu m'a réveillé moi aussi!... Avant c'était des sorciers, désormais ils sont devenus l'armée de Dieu".

Après ce témoignage fort étonnant sur une famille de sorciers anthropophages et des morts qui quittent les tombes pour se faire tailler en brochettes dans les maisons, les menaces ont commencé à pleuvoir. La cible de cette fin d’année, ce sont les opposants qui se cachent à l'intérieur du CNDD-FDD. L'ancien chef du protocole de Térence Sinunguruza, reconverti « Pasteur » après avoir trahi son maitre, annonce dans des mots très violents que des "chiens portant des peaux de moutons se cachent dans le troupeau du roi". Il a par ailleurs la faveur d’être le premier à annoncer le terrible châtiment de "Dieu" qui lancera lui-même, depuis le ciel, des pierres pour écraser les rares qui parviendront à s'enfuir en 2017. Le jour de clôture, c'est au tour de Pierre Nkurunziza d'annoncer lui-même l'apocalypse qui anéantira les "faibles" (probablement les modérés de son camp) et les "inutiles" (les opposants sûrement) !

La prière la plus importante des chrétiens commencent par "NOTRE Père qui es aux cieux". Normalement, tous les chrétiens se reconnaissent ainsi frères et sœurs en invoquant un "Père" commun, « NOTRE Père ». Ce « Père commun » enseigne la paix, le pardon et la réconciliation entre tous ses enfants. Je ne sais pas si, quand il prie, Nkurunziza dit « MON Père à MOI tout SEUL qui es aux cieux »... ou bien s'il s'agit d'un père à lui et à tous ceux qui pensent comme lui. De toutes les façons, il semble que le « Dieu » de Nkurunziza entend le protéger et exterminer tout le reste des chrétiens qui ne sont pas d’accord avec les lubies du fils bien-aimé de Mwumba. En tout cas, ce "Dieu" qui compte exterminer les modérés de son camp et tous ses opposants, ce "Dieu" qui lance des pierres depuis le ciel à tous ceux qui résistent à sa dictature sanguinaire, ce "Dieu" qui se réjouit des testicules de jeunes hommes broyées dans les cachots secrets du SNR, ce "Dieu" qui se plait à écouter les cris effroyables des femmes violées par les sbires de Nkurunziza, ce "Dieu" sans compassion des veuves et des orphelins, ce n'est pas le Dieu des chrétiens! Ce dont je suis sûr: le vrai Dieu des chrétiens demande à tous ses enfants du Burundi, pro et anti troisième mandat, de se réconcilier rapidement et de vivre ensemble, libres et heureux dans la Patrie qu'Il leur a partagé.

Enfin, que cela soit rappelé en passant. Le code pénal du Burundi sanctionne le cannibalisme et l'anthropophagie. Et depuis décembre 2016, il se trouve qu’à la présidence de la république siège un homme qui affirme connaître les "mangeurs de brochettes humaines". Dans cette situation, le minimum serait de mettre rapidement en place "une commission d'enquête" (ces gens aiment tellement les commissions d'enquête) sur toutes les personnes bouffées à Cahe. Le Procureur Général de la République ne nous dira pas, dans quelques années, qu'il n'a pas su que Pierre Nkurunziza connait bien et a vu de ses propres yeux des personnes enterrées la journée et qui revenaient le soir pour se faire tailler en brochettes dans les familles de chez lui. Dans sa famille où "TOUS étaient sorciers"! Alors, ou bien Nkurunziza a bien vu ces choses mystérieuses et il devient une source importante pour la justice, ou bien il n'a rien vu de cela et il a besoin d'un examen !

En attendant l'enquête sur les humains bouffés à Cahe, le monde devrait se rappeler que quand un président illuminé annonce l'apocalypse contre ses opposants, il faut le prendre au sérieux!

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