jeudi 8 septembre 2016

En mémoire de Lucia, Olga et Bernadetta assassinées à Kamenge les 7-8 septembre 2014

#Burundi #Italy Olga, Lucia, Bernadetta. Lundi 08 septembre 2014. Il y a deux ans, #Bujumbura se réveillait dans la torpeur. La veille, vers 17 heures, deux sœurs italiennes de la Paroisse Saint Guido Maria Conforti de Kamenge, Olga et Lucia avaient été mystérieusement assassinées, décapitées. La police avait alors "commencé les enquêtes" et sécurisé les lieux. Mais cette présence policière n'avait pas empêché l'assassinat d'une troisième sœur, Bernadetta, de la même manière. Octogénaires, les trois bonnes sœurs Xavériennes étaient très connues de la population de Kamenge, surtout dans les milieux des pauvres. Le lendemain, la population de Kamenge accourait de partout, s'entassait autour de la paroisse, elle réclamait la mort des assassins qui "étaient encore coincés dans les plafonds" de la résidence des sœurs. Il a fallu la calmer pour qu'elle accepte de rentrer.

Avec l'assassinat des trois sœurs, la popularité du régime Nkurunziza est complètement tombée. Quatre mois plus tôt, un sexagénaire très respecté de tous les burundais, Pierre-Claver Mbonimpa avait été mis en prison pour avoir osé dénoncer les formations paramilitaires des Imbonerakure à Kiliba-Ondes, à l'Est de la République Démocratique du Congo. Un mouvement populaire inédit avait alors pris naissance: Campagne du "Vendredi Vert". Tous les vendredi (jour de l'arrestation de Mbonimpa), de nombreux burundais devenaient des "Mbonimpa" en portant le vert, couleur de la tenue des prisonniers burundais, couleur aussi symbolisant l'espoir dans le drapeau burundais. Pour la première fois, les burundais défiaient ouvertement le pouvoir dictatorial de Nkurunziza. Loin de s'épuiser, le mouvement a tenu pendant quatre mois, s'est particulièrement étendu dans la diaspora et a entraîné une vague de pression internationale sur le régime de Bujumbura. Les trois sœurs italiennes étaient bien au courant des entrainements paramilitaires de ces Imbonerakure qui étaient d'ailleurs soignés dans leur centre de santé à Ruvungi en RDC. Le SNR aurait été au courant que la sœur Bernadetta avait pris des photos et qu'elle voulait les remettre à Mbonimpa. Les trois sœurs auraient été sur le point de témoigner, elles n'en revenaient pas de cette injustice faite au "Mutama National". Leur sort était ainsi scellé dans le Burundi de la terreur de Nkurunziza et d'Adolphe Nshimirimana : les 7 et 8 septembre 2014, elles étaient décapitées.

Cette fois-ci l'enquête de la police a été rapide. En une journée, elle savait tout: un jeune homme du nom de Christian Claude Butoyi avait tout avoué d'une voix "ostentatoire" et avait dit selon le porte-parole de la police: "je les ai violées puis je les ai tuées!". La police l'avait arrêté alors qu'il tentait de vendre le téléphone de sœur Bernadetta. Mais curieusement, le présumé assassin ne disait rien devant les micros de la presse, il gardait les yeux hagards tout en tenant en main une clé, celle qu'il aurait utilisée pour ouvrir la résidence des sœurs... Naturellement, personne n'a donné du crédit à cet exploit d'une police qui n'a jamais élucidé un dossier sensible. C'est alors que la RPA a commencé à dérouler les résultats de ses investigations. Christian Butoyi ? …un malade mental que la police avait choisi comme meilleur élément dans une opération de rafle de "tous les fous de Kamenge".

En assassinant Olga, Lucia et Bernadetta, personnages très respectés dans la culture burundaise de par leur âge, le pouvoir Nkurunziza voulait aussi donner un message aux burundais qui commençaient à s’émanciper : le pouvoir n’aura peur de personne et sera cruel et impitoyable contre tout contestataire. C’était oublier que le sang des innocents crie vengeance, que celui des saints est une malédiction. L’effet fit complètement inverse de celui escompté par le tyran de Bujumbura : le sang de Lucia, Olga et Bernadetta a précipité les choses et revigoré le civisme des burundais. Le 18 septembre 2014, le Parlement Européen a adopté une résolution condamnant la détention de Pierre-Claver Mbonimpa. Une semaine après, le 24 septembre, c'était autour du président américain Barack Obama de demander la libération du vieux défenseur de droits humains burundais. Le 29 septembre 2014, Pierre Claver Mbonimpa était libéré provisoirement par la justice burundaise. La contesation populaire gagnait une première victoire. Le ras-le-bol atteignit même le cerle des généraux ex-FDD à tel point que le 28 novembre 2014, Pierre Nkurunziza se résolut à limoger le terrible général Adolphe Nshimirimana, patron des services secrets burundais (SNR). Le 20 janvier 2015 le général Nshimirimana, qui avait gardé de l’influence, ordonna l'arrestation de Bob Rugurika, Directeur de la RPA, afin de mettre fin à la diffusion des révélations sur l'assassinat des trois sœurs italiennes. Peine perdue, une autre campagne de protestation fut aussitôt lancée "Mardi Vert" (mardi étant le jour de l'arrestation de Bob) et allait durer un mois jusqu'à la libération en triomphe du journaliste le 19 février 2015. Les citoyens marchèrent sur Bujumbura pour recevoir Bob Rugurika. C'en était fini, le peuple avait vaincu la peur qui le tétanisait depuis 10 ans. A ce vent qui tournait, Nkurunziza n’a rien compris. Le 25 avril 2015, il déclare qu'il sera candidat pour la troisième fois, en violant la Constitution et l'Accord d'Arusha du 28 août 2000. Le peuple lui résiste depuis.

Il ne fallait pas toucher au sang des saints. C'est une malédiction. Rest in peace Olga, Lucia et Bernadetta. Un jour, le Burundi libre honorera votre sacrifice.

#Sindumuja #StopNkurunziza

Rappel d'une enquête intéressante de Gratien Rukindikiza sur ce triple assassinat: https://burundi24.wordpress.com/2014/10/06/le-pouvoir-burundais-a-assassine-les-trois-religieuses/

Aucun commentaire: