lundi 9 décembre 2013

La vérité sur l’arrestation de BAMVUGINYUMVIRA Frédéric

NININAHAZWE Pacifique a rendu visite à BAVUNGINYUMVIRA Frédéric et nous relate la vérité sur les faits
Frédéric Bamvuginyumvira(le 08.12.2013, http://burundi24.wordpress.comEn fin d’après-midi, j’ai rendu visite à Frédéric Bamvunginyumvira, ancien Premier Vice-Président de la République et actuel vice-président du FRODEBU, en détention au Brigade Spéciale des Recherches (BSR). Je suis sorti amer, déçu par la médiocrité et l’amateurisme de certains de nos services, indigné par le traitement que nous pouvons réserver à une personnalité de son rang…
J’ai passé une heure et demie à l’entrée du BSR avant de rencontrer Frédéric. Un ordre venant des "chefs" interdisait tout accès aux détenus Frédéric et Joséphine…mais qui sont ces chefs? Mystère. Dans un premier temps, j’ai appelé le Directeur Général de la Police Nationale qui ne savait pas pourquoi il était interdit d’avoir accès à Frédéric et me renvoya au Procureur en Mairie de Bujumbura. Ensuite j’ai appelé le Procureur qui n’en savait rien non plus et me renvoya au Commissaire Municipal de la Police. Ce dernier s’est quelque peu étonné avant de promettre de venir en personne s’enquérir de la situation. Pourtant, quand il est finalement arrivé, il n’a posé aucune question à personne, il m’a simplement, sans aucune formalité, conduit vers le lieu de détention de Frédéric…
J’ai trouvé Frédéric assis sur une chaise devant une salle miniscule, sans fermeture, ni fénêtre, qu’il partage avec quatre autres détenus qui se trouvaient être tous des policiers sanctionnés. A côté, je trouvais Joséphine Nzeyimana, une veuve de 49 ans, militante active du FRODEBU (elle était chargée des fonds de campagne du FRODEBU en 2010), très proche de la famille Bamvuginyumvira. Elle était, elle aussi, assise sur une chaise (peut-être un signe de respect) devant une petite salle similaire qu’elle partage avec six autres femmes. Ces deux cachots ressemblent plus à des poulaillers, sans fermeture; la face de devant n’est pas construite, elle est faite de grillages. Lorsque la pluie tombe, les prisonniers se mettent tous dans un coin pour ne pas se mouiller, mais je ne sais pas ce qu’ils font de leurs petits matelas posés à même le sol et apportés par leurs familles respectives. Le vent et les moustiques frappent les détenus toute la nuit sans aucun moyen de protection. Les toilettes sont un peu éloignées, en mauvais état. Voilà les conditions dans lesquelles est détenu un ancien Vice-Président de la République!
Frédéric et Joséphine gardent leur moral, Frédéric sourit comme d’habitude. Je vous partage le récit qu’ils m’ont donné de leur mésaventure, je ne confirme ni n’infirme aucun fait.
Jeudi soir, 5 décembre 2013. Frédéric sort d’une audience chez le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies au Burundi Parfait Onyanga à 19h30. Il se rend ensuite au siège du MSD à Kinindo où il avait une rencontre ou réunion avec des jeunes. C’est lui en effet qui était chargé de la coordination de la marche de lundi. Il sort de l’endroit vers 21h30, et reçoit un appel de madame Joséphine qui l’informe de l’hospitalisation des membres de sa famille à la Clinique Prince Louis Rwagasore. Frédéric décide d’y passer et de la ramener à la maison dans son véhicule (lift). En cours de route, ils remarquent un véhicule qui les poursuit avant qu’un autre leur barre la route. La dame est rapidement tirée du véhicule et ramenée à l’un des deux véhicules. Elle crie au secours, craignant un enlèvement pour exécution extra-judiciaire. Ses derniers mots seront: "Président, prends soin de mes enfants!" entretemps, une autre personne s’installe tout à côté de Frédéric. Après un moment d’intenses discussions, Frédéric et Joséphine ont été amenés à la Mairie de Bujumbura. Il était 22h30.
A la Mairie, on fait asseoir Frédéric et Joséphine côte à côte sur un banc, d’autres prennent des photos (qui serviront de preuves?) Puis des séances d’interrogatoire sont organisées séparément, on leur apporte un procès-verbal à signer déclarant qu’ils ont été attrappés en flagrant délit d’adultère. chacun, de son côté, refuse de signer, en dépit de toutes sortes de ménaces. Joséphine affirme qu’elle a été longuement interrogée sur l’identité de son mari. Sa réponse: "mon mari m’a interdit de prononcer son nom et il exerce les mêmes fonctions que vous!" Rapidement ils informent par téléphone (qui?) que le mari de Josephine est un officier en Somalie (ce détail est très important puisque dans le droit burundais, l’infraction d’adultère n’existe pas entre adultes consentants quand il n’y a pas de plainte d’un époux de l’une des personnes incriminées). Or, Joséphine est une veuve depuis pas mal d’années! sans la plainte de Madame Bamvuginyumvira, l’infraction dont ils sont accusés n’est pas possible! Elle aussi a été rapidement informée au cours de la nuit que son mari avait été attrappé en pleine relation intime avec une femme d’un officier en Somalie…que ne sera sa surprise le lendemain en réalisant que la femme en question n’est autre que Joséphine!
Dans les effets saisis de Frédéric, il y avait une enveloppe contenant 200 mille francs, on a ajouté aux charges de Frédéric la tentative de corruption des policiers. Tous ces interrogatoires et autres tractations (dont je vous épargne le récit) dureront des heures. Vers 4h du matin, Frédéric et Joséphine arrivent au BSR.
Le lendemain, le Président du FRODEBU Léonce Ngendakumana se rend à la police pour s’informer de la situation de son vice-président. Il affirme qu’on lui a demandé de retirer le FRODEBU des partis qui marcheront lundi en contrepartie de la libération de Frédéric Bamvuginyumvira….Joséphine affirme à son tour qu’une des personnes qui l’ont interrogée lui a confié que l’ordre de leur arrestation est venu "d’en haut". Entretemps, la radio Rema FM continue à diffuser depuis vendredi des détails intéressants sur le flagrant d’adultère…de F.B le candidat de l’ADC aux présidentielles de 2015….Voilà le récit que j’ai juste reçu au cours de cet entretien, je n’en sais rien de plus!
A la fin, j’ai plus de questions que de réponses. C’est quoi l’infraction d’adultère quand il n’y a pas de plainte d’un époux? Quelle est la relation entre l’adultère et la manifestation de lundi? Et quand bien même on admettrait l’existence de cette infraction, quelles sont les raisons de la détention provisoire de Frédéric et Christine? Etant entendu que les détenus préventifs sont innocents tant qu’ils ne sont pas encore jugés et condamnés, la détention provisoire est normalement justifiée pour:
- éviter la continuation de l’infraction
- éviter que les prévenus fuient la justice
- éviter la falsification des preuves
- protéger
Elle est systématique dans certaines infractions graves. Comment peut-on justifier la détention de Frédéric et Joséphine?
Juste deux recommandations à la fin de ce récit:
1. Je recommanderai à Frédéric et Joséphine de porter plainte contre l’Etat du Burundi pour détention abusive
2. Je recommanderai aux plus hautes autorités du Burundi de visiter rapidement le BSR, d’améliorer son état car un jour elles pourraient s’y retrouver. Le Premier Vice-Président Bernard devrait, à mon avis, passer rendre visite à son prédécesseur Frédéric….
Un immense regret: nos services ne sont même pas capables d’un bon montage!
Un seul appel: Libérez Frédéric et Joséphine!
Je n’ai pas pris les notes de ce récit. Il peut arriver qu’un détail me soit échappé …
Pacifique Nininahazwe

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