vendredi 2 août 2013

Déclaration du FOCODE: "Non au monopole sur les media publics!"

« NON AU MONOPOLE SUR LES MEDIA PUBLICS !»

Le Gouvernement du Burundi et le CNC doivent garantir l’accès équitable de tous les acteurs
socio-politiques à la télévision nationale et à tous les media publics

Le Conseil National de la Communication (CNC) a communiqué jeudi le 25 juillet 2013, par la voie des ondes, son rapport sur le fonctionnement des media burundais au cours du premier semestre de l’année en cours. Comme d’habitude, le CNC a fourni des conseils importants aux media privés, notamment sur le fait qu’ils portent peu d’intérêt aux activités gouvernementales. On note également dans ce rapport quelques remarques à la presse publique écrite et des félicitations à la télévision nationale qui aura accordé la parole à tous les acteurs politiques.

Le FOCODE s’étonne que le Conseil National de la Communication semble ignorer une partie  importante de sa mission constitutionnelle ainsi édictée : « Le Conseil National de la Communication a, à cet effet, un pouvoir de décision notamment en matière de respect et de promotion de la liberté de presse et d’accès équitable des diverses opinions politiques, sociales, économiques et culturelles aux médias publics. » (Article 284 alinéa 3 de la Constitution de la République du Burundi).

Face à cette situation, le FOCODE vient d’adresser une correspondance au Président du CNC pour dénoncer le comportement scandaleux de la télévision nationale et pour lui demander de casser le quasi-monopole du Chef de l’Etat, du Gouvernement et du parti présidentiel sur la télévision nationale et les autres media publics. Le FOCODE demande au CNC de décider sur les éléments ci-après :

1.       Il n’est pas normal que le Président de la République ait de manière exclusive un moment d’expression avant chaque édition de l’actualité sur la télévision et la radio nationales comme à l’époque du parti unique. Si des paroles doivent être faites avant chaque édition du journal, cette tranche devrait être alternativement et équitablement accordée, sur une thématique précise, à un représentant du gouvernement (le Chef de l’Etat notamment), à celui de l’opposition et à celui de la société civile. Parfois le Président de la République passe ainsi des semaines entières à critiquer certaines catégories de citoyens burundais sans que ces derniers aient la moindre possibilité de répondre à ces critiques. Cela est injuste et ressemble plus à de la propagande digne des temps révolus de la pensée unique ! A titre d’exemple, le Chef de l’Etat vient de passer un peu plus d’une semaine (cela signifie des centaines de fois si l’on compte toutes les éditions parlées de l’actualité dans toutes les langues) en train de fustiger les citoyens qui collaborent dans l’élaboration de certains rapports des organisations internationales. On devrait, en toute logique, accorder le même temps de parole aux citoyens injustement accusés ou bien aux experts pour qu’ils fournissent leurs justifications ou la lumière à l’opinion publique. Le CNC doit mettre fin à ce monopole et à ces injustices.

2.       Depuis un certain temps, la télévision nationale enchaine des informations, notamment les weekends, portant sur les travaux communautaires et les visites des membres du parti CNDD-FDD à certaines familles en difficultés. Dans une même édition, on peut avoir trois reportages sur les travaux communautaires (descentes du Chef de l’Etat, de son épouse, d’un vice-président de la république ou d’un des présidents des chambres du parlement) suivi d’un ou plusieurs reportages sur les activités du parti au pouvoir (une réunion du parti par ici, une remise d’un sac de riz à une famille sinistrée par des responsables de la jeunesse Imbonerakure par là). La télévision nationale, la seule de surcroît qui émet sur tout le territoire national, est ainsi devenue un outil de propagande pour un homme, pour un parti. Le CNC doit prendre des décisions pour amener la télévision nationale et les autres media publics à assurer un accès équitable aux différents acteurs de la vie nationale.

3.       Depuis un certain temps, le gouvernement organise une nouvelle forme de communication à travers une conférence de presse simultanée des porte-paroles du Président de la République, du Gouvernement, de tous les ministères, de la Cour Suprême et des deux Chambres du Parlement. Cette forme inédite de communication entretient rapidement le flou et la confusion. D’un côté les citoyens burundais attendent la parole de celui qu’ils ont élu, à savoir le Chef de l’Etat et du Gouvernement, ou tout au moins des décideurs directs (les ministres en l’occurrence) pour les informer sur l’état et les orientations du pays ainsi que les décisions qu’ils prennent quotidiennement. D’autre part, cette communication entretient la confusion des pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs comme s’il s’agissait d’un seul corps dirigé par le Président de la République. Nous pensons que le CNC devrait appeler les plus hautes autorités à organiser régulièrement de véritables conférences de presse à l’instar des autres démocraties. De même, les deux heures de communication gouvernementale devraient être suivies, sur toutes les antennes concernées, de deux heures de commentaires des proclamations gouvernementales par les autres acteurs en l’occurrence les partis de l’opposition, la société civile et les experts.

4.       De même, les messages à la Nation par le Chef de l’Etat devraient être suivis systématiquement d’un débat sur différents media par les acteurs de l’opposition, de la société civile et des experts. Cette demande s’adresse aussi bien au CNC qu’aux autres responsables des media.  Une société sans débat contradictoire de qualité a cessé d’être réellement démocratique !

5.       La télévision nationale et la presse écrite publique s’évertuent à ignorer complètement certains événements importants organisés par les organisations de la société civile. A titre illustratif, la quasi-totalité des conférences de presse liées à la campagne Justice pour Ernest Manirumva ont été boycottées par la télévision nationale, même lorsqu’une équipe de la télévision les avait couvertes. Cette campagne qui vient de fêter ses quatre ans est complètement absente des colonnes du quotidien Le Renouveau alors que celui-ci constitue une source privilégiée des chercheurs sur les événements ayant marqué notre histoire ! La couverture d’importantes activités de la société civile par la télévision nationale sont généralement conditionnées par des frais importants de publicité, ce qui limite drastiquement l’information du public sur nombre de sujets. Le CNC devrait attaquer cet état de choses.

6.       Le gouvernement prend de plus en plus l’habitude des initiatives légales très importantes sans aucun débat avec les citoyens. De même, les débats au parlement ne sont pas suffisamment couverts pour une bonne information des citoyens du Burundi. Nous proposons au CNC de prendre des dispositions pertinentes pour une bonne couverture des débats au Parlement. En attendant la concrétisation de l’idée d’une radio et télévision du Parlement, une troisième chaîne peut être créée à la radio nationale pour couvrir spécifiquement les débats parlementaires tout comme le CNC peut faciliter la transmission en direct des débats importants au parlement par différents media du pays.

En terminant, le FOCODE rappelle que les media publics, financés par l’argent du contribuable, sont une propriété de tous les citoyens du Burundi et ne peuvent être le monopole de qui que ce soit. Le débat contradictoire constitue un pilier important de la démocratie et le CNC doit le préserver en garantissant un accès équitable de toutes les opinions aux media publics !  Le FOCODE lui demande de fournir régulièrement le rapport sur les tranches de paroles accordées aux acteurs de la société civile et de l’opposition comparativement à ceux du Gouvernement.


                                                                                                           Fait à Bujumbura, le 02 Août 2013

                                                                                                                         Pour le  FOCODE,

                                                                                                                     Pacifique NININAHAZWE


                                                                                                                           

                                                                                                                                 Président

1 commentaire:

Anonyme a dit…

DaonFMerci Pacifique pour cette plaidoirie démocratique, ce que le FOCODE as dit est une pure vérité. Quant au Ministre NDUWIMANA qui réagit a une correspondance qui ne lui est pas adressée, qu'il saches que la terreur n'enfreindra pas la démocratie acquise après versement du sang du peuple. Nombreux sont nous tous qui vous soutiennent dans cette marche vers la démocratie.